‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 15 sur 163 · I. Glasnik de Belgrade, 1856, 8e cahier · texte numérisé non relu

I. Glasnik de Belgrade, 1856, 8e cahier

LES BALSCHIDES.

Servie et à se retourner vers le prince angevin. Us lui envoyèrent des députés, en lui offrant de se soumettre à son autorité. Charles accepta cette offre volontaire en février 1 292, et, par des lettres patentes, confirma les privilèges de l’Aibanie1. En 1320, Miloutin s’étant mis à persécuter les catholiques, les barons albanais, ayant à leur tête Mancoul Moussachia, comte de Clis— sani, André Moussachia, maréchal du royaume d’Albanie, et Vladislas, comte de Dioclée et de Primorie, soutenus par Philippe de Tarente, Mladen, ban de Bosnie, et Charles, roi de Hongrie, déclarèrent la guerre au prince serbe, le vainquirent et le forcèrent à reconnaître de nouveau l’autorité du Pape.

Peu de temps après, Étienne Ourosch 111, relevant la puissance de la couronne de Servie, soumit de nouveau l’Albanie septentrionale à son sceptre, et réduisit les rois de Naples à la possession de la seule ville de Durazzo. Mais les quarante ans de la domination des princes angevins avaient été suffisants pour que l’influence française s’introduisit dans le pays d’une manière ineffaçable. D'ailleurs, dans cet espace de temps, un grand nombre de gentilshommes français et napolitains, parmi lesquels comptait le fils de Bertrand de Baux, avaient passé en Albanie, y avaient acquis des châteaux et des seigneuries, et s’étaient alliés aux anciennes familles nationales.

Le fils du souverain qui avait reconquis l’Alba-

1. Huchon, Nouvelles recherches sur la principauté de Uorie, recueil de diplômes, p. 316, dipl. n° xu.

LES BALSCHIDES.

nie, Etienne Douschan, surnommé Silni ou le Puissant, vit sous son règne l'apogée de la puissance des Serbes, puissance éphémère dans une étendue aussi grande que celle où il la porta, et que son immensité même amena rapidement au déclin. 11 fit la guerre avec succès aux Grecs, aux Turcs, aux Hongrois, auxBulgares, conquit l’Épire, la Macédoine, la Thessalie, une partie de l’Archipel, toute la Bulgarie. Le titre de roi de Servie ne convenant plus à d’aussi vastes états, il se proclama Empereur de Roumélie, Slavonie et Albanie, et créa dans sa cour les mêmes charges qu’à celle des Empereurs de Constantinople. La mort le surprit en 1356, au moment où il se préparait à marcher contre cette dernière ville et à substituer définitivement, en Orient, un empire slave à l’empire grec.

Pour gouverner plus facilement ses immenses domaines, Étienne Douschan y avait créé des grands feudataires, à l’exemple des empereurs latins et des empereurs grecs restaurés à Byzance. La Rascie, l’Étolie, la Macédoine, l’Albanie, la Bulgarie, formaient autant de principautés vassales de sa couronne. Sur les frontières des populations slaves et albanaises, ou schkypes, Douschan avait institué un de ces grands fiefs appelés Zêta, habité presque dans la même proportion par des hommes des deux races, dont la capitale était Scutari (la Scodra du roi Gentius vaincu par les Romains), et qui comprenait les villes de Dougla, Drivasto, Dagno, Dioclée ou Podgoritsa, Anlivari,Dulcigno, Alcssio, c’est-à-dire, outre le Monténégro de nos jours, le midi de l’Herzegovine, la partie du pachalik actuel de Scu-

LUS balschides.

tari, qui embrasse les districts de Podgoritsa, de Sou tari, de Zappa etZadrima, d’Antivari, d’Alessio, ainsi que les montagnes habitées par les tribus semi-indépendantes des Malisors jusqu’au fleuve Drin.

C’est dans cette contrée que se développa la puissance du rameau de la maison provençale des Baux, dont nous avons entrepris d'exposer l’histoire. Nous avons déjà dit plus haut quelle nuit absolue enveloppe plusieurs des degrés de filiation de cette race. On ne la voit reparaître au jour que vers l'année 1356*. Lesdescendants des vieux barons des Alpines, non plus connus sous leur nom véritable et originaire de Baux, mais désignés par l’appellation slavisée de Balschas, possédaient alors simplement quelques châteaux dans la Guégarie ou portion la plus septentrionale de l’Albanie. Ils avaient même donné à l’un de ces châteaux le nom de la cité de Provence d’où ils tiraient leur origine, nom qui s’est conservé dans le village de Balsch, auprès de Scutari. La dissolution rapide de la monarchie serbe, après la mort d’Étienne Douschan, et les troubles sanglants qui furent la conséquence de cette mort, permirent à fun d’eux, qui portait le prénom de Balscha, assez habituel en Albanie, et identique à son nom de famille, d’acquérir un certain pouvoir. Il fit la guerre successivement aux diverses maisons seigneuriales de son voisinage, leur prenant des villes et des châteaux. Puis, son audace croissant avec son pouvoir,

1. Voir aux Pièces justificatives , n° 111, le tableau généalogique de cette branche de la maison des Baux depuis le milieu du siècle.

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il combattit son suzerain, Etienne Ourosch Y, Empereur de Servie et fils d’Etienne Douschan, qui voulait s’opposer à ses empiétements dans l’Albanie 1 . En 1 363, il s’unit aux Ragusains et fit avec eux, pendant deux ans, une guerre heureuse au seigneur d’Ouschitsa, dans la Dalmatie, Nicolas Altoman, vassal comme lui, de la couronne de Servie 2.

Balscha mourut en 1367, laissant trois fils, Straschimir, Georges, et un second Ralscha. Tous les auteurs qui ont écrit jusqu’ici l’histoire du Monténégro placent dans l’année 1368 la mort de Balscha I"r ; cependant nous voyons, par des lettres patentes conservées aux archives de Vienne3, que, dès le 17 janvier de cette année, ses trois fils étaient en possession du pouvoir et faisaient acte de souveraineté. C’est donc certainement à la fin de 1367, ou, au plus tard, dans les premiers jours de 1368, que le premier connu delà branche slave de la maison des Baux descendit dans la tombe.

Les trois jeunes princes se partagèrent la couronne et exercèrent en commun la souveraineté paternelle. Un de leurs premiers actes fut de revenir au giron de l'Église catholique, que leurs ancêtres, bien que d’origine latine, avaient abandonnée depuis plusieurs générations pour le schisme oriental, probablement à l’époque où Étienne Douschan, non content de s’étre séparé

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