‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 25 sur 163 · Orbini, p · texte numérisé non relu

Orbini, p

2. Milakovitj, Istoria Tsrnogorié (Zara, 1856), p. 36. — Andritj, Gesc/tichte des h ùrsle/Uhums Monténégro, p. 6. — Monuin. serb., a° 490.

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visions intestines depuis la mort d’Étienne Douschan, succomba définitivement sous le cimeterre d’Osmanlis.

Le Tsar ou Empereur Lazare avait été déjà obligé, quelques années auparavant, de reconnaître la suzeraineté du Sultan en se contentant du titre de kral ou roi, et même il avait dû fournir un corps de Serbes à l’armée de Mourad. Mais, en 1388, profitant de ce que le Sultan était occupé en Asie, Lazare de Servie et Schischman, roi de Bulgarie, secouèrent le joug qu'ils n’avaient accepté qu’à regret et réclamèrent leur indépendance les armes à la main.

Mourad laissa passer un an presque entier sans agir ; mais, au commencement de l’été de 1389, il lança sur la Bulgarie une immense armée, qui en quelques mois dispersa les soldats de Schischman et plaça son royaume sous l'autorité directe du Padischah. Il rejoignit ensuite ses troupes et marcha en personne contre les Serbes. Après quelques engagements indécis, les deux armées, turque et chrétienne, se rencontrèrent dans la plaine de Kossovo ( Kossovopolié , la Plaine des merles), sur les confins de la Servie et de la Bosnie.

L'année ottomane était de beaucoup inférieure à celle des chrétiens, qui se composait des contingents des princes et seigneurs de Servie, de Bosnie, d’Herzcgovine, de Zêta et d’Albanie. Toutes les fractions de la race serbo-dalmatc avaient envoyé leurs meilleurs soldats pour cette lutte solennelle. Mourad rassembla ses généraux et délibéra avec eux pour savoii si on livrerait bataille malgré la supériorité numérique des chrétiens.

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L'incertitude n'était pas moins grande dans le camp des princes chrétiens coalisés avec Lazare. Un conseil de guerre y avait été tenu, et l'avis avait été ouvert par plusieurs généraux d'attaquer les Turcs pendant la nuit; mais cette proposition avait été combattue vivement par un seigneur albanais nommé Georges Castriote, qui avait prétendu que, les ténèbres favorisant la fuite de l’ennemi, il lui serait facile d’échapper à une destruction complète.

Le combat s’engagea au point du jour. Du côté des chrétiens, Lazare commandait le centre, son neveu, Vouk Brankovitj, l’aile droite, etTvartko, roi de Bosnie, l'aile gauche ; du côté des Turcs, le Sultan Mourad en personne était au centre et les ailes étaient conduites par ses deux fils. Le premier choc fut terrible ; des deux côtés, la fureur et le courage étaient égaux ; l’aile gauche des Ottomans fut même un moment enfoncée, mais Bayezid y courut et rétablit le combat.

• Déjà, dit l'historien turc Sead-Eddin, les lames brillantes comme le diamant avaient été changées, par le sang quelles avaient versé, en lames de la couleur de l’hyacinthe; déjà l’acier des javelots s’était transformé en rubis étincelant, et le champ de bataille, jonché de tètes et de turbans aux mille nuances, en un immense carré de tulipes. Tout à coup un noble serbe, Milosch Kobilovitj, s’ouvre un chemin à travers les morts et les combattants. En passant au milieu des tchaouschs et des gardes du Sultan, il s’écrie qu’il veut lui révéler un secret important. Mourad ordonne qu'on le laisse approcher; alors le Serbe se prosterne comme

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pour baiser les pieds du Sultan et lui enfonce son poignard dans le cœur. Les gardes se précipitèrent sur l’assassin ; mais celui-ci, doué d'une force et d’une agilité prodigieuses, en tua plusieurs et parvint, après d’incroyables efforts, à échapper trois fois à la foule des assaillants. Mais enfin, n’ayant pu atteindre son cheval, qu’il avait laissé sur le bord de la rivière, il succomba, vaincu par le nombre, et fut massacré *. »

Malgré sa blessure mortelle, Mourad eut encore assez de force pour donner les ordres qui décidèrent du sort de la bataille. Lazare, fait prisonnier, fut conduit dans la tente du Sultan, qui expira en prononçant l’ordre de mettre à mort son ennemi.

Tel est le récit des historiens turcs sur la mort du Sultan Mourad. Les traditions serbes2, d’accord avec le témoignage de Jean Ducas, donnent des faits une version un peu différente.

D’après ces traditions, la veille de la bataille de Kossovo, Lazare donna un grand festin à tous les généraux de son armée. A la fin du repas, lorsqu’on se mit à porter les toasts, ou sdravitsas, le roi, s’adressant à Milosch Kobilovitj ou Obilitj, contre lequel on lui avait porté plusieurs dénonciations, lui dit : « Bois à ma santé dans ce vase, quoiqu’on t’accuse de vouloir nous trahir. » Milosch répondit : * J’accepte la sdravitsa et je te remercie; demain à l’aurore je te donnerai la preuve de ma fidélité. » Au point du jour, Milosch fait

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