Miloutinoviij, Isloriu Tsrnngorié, p
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la longue campagne , accourut en Albanie, abjura l’islamisme, reprit Croïa, la ville de ses pères, et dressa l'étendard de la lutte contre la Turquie. L’Albanie entière répondit à son appel et se leva en armes pour la défense de la foi et de la liberté. Dans ce mouvement, Etienne Tsernoïevitj ne perdit pas un instant pour se déclarer ; il accourut un des premiers à l’assemblée générale d’Alessio, dans le commencement de 1444, où Skanderbeg, d’une commune voix, fut proclamé Prince d’Albanie.
Nous n’avons pas à raconter ici l’histoire du Machabée de l’Albanie catholique , de ce héros des guerres chrétiennes devant qui vinrent se briser tous les efforts de Mourad et de Mohammed II. Qu’il nous suffise de rappeler qu’Étienne Tsernoïevitj, tant qu’il vécut, fut constamment associé à ses merveilleux exploits, et que soit, lui soit ses fils, pendant les vingt-quatre ans que dura la guerre, combattirent aux côtés du Prince d’Albanie dans soixante-trois batailles 1 . Pour resserrer encore les liens qui les unissaient l’un à l’autre, Georges Castriote lui donna pour femme sa fille Voïsava2. 11 mourut en 1409, laissant le pouvoir à ses fils Ivan le Noir et Georges III 3. Celui-ci soutint également, les armes à la main, son grand-père Castriote; en 1 450, lors du pre-
1. Miloutinovitj, p. 2. — Vassili, Istoria o Tsrnoié Gorié (Moscou, 1754), p. 15.
2. Du Cange, Illyr. vet. et nov., p. 128 et 137. — Vassili, p. 15.
3. 11 règne dans les traditions serbes et monténégrines une certaine confusion à propos des surnoms de ce prince, confusion tenant à ce qu’il était à la fois Tsernoïevitj par sa famille, et surnommé lui-même Tserny, le Noir.
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mier siège de Croïa, il fit subir au Sultan Mourad II en
personne une défaite terrible dans les défilés de Keïnovska * ; enfin il avait épousé, du vivant de son père, la fille d’Étienne Tvartko, roi de Bosnie.
On raconte que lorsque Mohammed II apprit la mort de Georges Castriote il s’écria, dans l’exaltation que lui causa cette nouvelle : « A moi maintenant l’Europe et l’Asie! Malheur au christianisme! 11 a perdu son épée et son bouclier ! »
Ce fut par l’Albanie qu’il voulut commencer ses conquêtes; mais Skanderbeg, avant de mourir, avait placé son fils sous la tutelle de Venise, et le Sultan trouva le pays dans un tel état de défense qu’il dut se retirer sans avoir rien entrepris. Mohammed se retourna d’un autre côté et vint assaillir les Vénitiens dans l’Eubée et dans la Morée, qu'il leur enleva en se souillant des plus odieuses atrocités. On connaît l’histoire du meurtre de Paul Erizzo, provéditeur de Négrepout, couvert par une capitulation dans laquelle Mohammed avait garanti sa vie, celle de sa file, déshonorée et assassinée après, et cette autre histoire des cinq cents prisonniers faits à Modon, que le Sultan fit scier entre deux planches.
Ivan le Noir avait profité des années de repos laissées à l’Albanie et aux contrées environnantes par les guerres d’Eubée, de Morée et d’Asie, pour accroître notablement son territoire. Il avait rompu avec son beaupère, Étienne Tvartko, et lui avait enlevé, dans l’extré-
1. Vassili, p. 15. — Miloutinovitj, p. 3. — Medakotitj, p. 29,