‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 36 sur 163 · Vatslik, p · texte numérisé non relu

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Vlatko réduit à la possession de quelques châteaux, et tout le pays réuni à l’Empire Ottoman, dans lequel il forma le sandjak d Hersek.

A la fin de la même année, Mohammed réalisa le plus ardent de ses rêves, l’entrée du croissant en Italie. Le 1er novembre 1476, une grande bataille eut lieu dans les environs de Gradisca et de Fogliana, vers l'extrémité du golfe de Venise, entre les Turcs, conduits par Omar-Beg, et les Vénitiens, que commandait Geronimo Novello. Vainqueur, le général ottoman exerça dans Je Frioul d’horribles cruautés : de l’Isonzo au Tagliamento, tout fut réduit en cendres ; un immense incendie dévorait les villes et les campagnes. N’ayant pu forcer les portes d’Udine, Omar se consola en saccageant tout le pays. Du haut de leurs tours, les Vénitiens virent leurs villas et leurs fermes livrées aux flammes. Cependant la résistance des places fortes obligea les Turcs à se retirer, en enlevant un énorme butin.

Mohammed résolut de tenter par un autre côté la conquête de l’Italie; mais il lui fallait posséder les ports de l’Albanie, pour y embarquer ses troupes. La soumission de ce pays fut résolue. Quoique l’Albanie eût perdu le bras invincible qui la défendait, quoique toutes les forces de la Turquie fussent concentrées contre elle, il fallut encore deux ans pour la réduire. La première campagne, en 1 478, fut presque entièrement remplie par le siège de Croïa, où les restes des compagnons de Skanderbeg, accablés par le nombre, déployèrent vainement un courage digne de leur ancien chef. A la fin de l’année, ce fut Scutari, défendue par

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les Vénitiens, sous la conduite de l’héroïque Antonio Loredan, que Mohammed vint assiéger en personne. Le général de Venise avait déjà repoussé, dans la même ville, une attaque des Turcs en 1474; il se montra, dans ce nouveau siège, à la hauteur de sa réputation.

Malgré le feu incessant d’une formidable artillerie qui, en un mois, lança 2,534 boulets, du poids de trois à onze quintaux, la ville non-seulement résistait, mais ses défenseurs causaient à l’ennemi de très-grandes pertes. Déjà deux assauts avaient enlevé à Mohammed l’élite de son armée, le drapeau de Saint-Marc flottait toujours sur les murailles criblées de projectiles. Et cependant Scutari ne renfermait que 1 ,600 citoyens, 250 femmes et 1 ,600 soldats vénitiens, qui rivalisaient tous de courage dans la défense.

Furieux, confus de ses échecs, Mohammed resta deux jours entiers enfermé dans sa tente, invisible pour tous. Ce fut là qu’il résolut de convertir le siège en blocus et d’attendre de la famine une victoire que ses batteries ne pouvaient lui procurer. Il partit donc, laissant devant la place Ahmed-Evrenos-Pacha avec 40,000 soldats.

Réduits à dévorer d’abord les chevaux, puis leschiens, les rats et les vieux cuirs, les défenseurs de Scutari ne faiblissaient pas. Mais Venise avait reconnu qu’il lui serait impossible de sauver cetteplace.GiovanniDario, secrétaire de la République, vint proposer la paix au Sultan.

Mohammed attendait ce moment avec impatience. 11 avait besoin de se réconcilier avec Venise pour exécu-

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ter scs projets sur Naples, sur Rhodes et sur l’Égypte. Aussi la paix fut-elle signée, le 26 janvier 1479, aux conditions suivantes : Scutari serait livrée au Sultan ; la Seigneurie Vénitienne renoncerait pour toujours à ses prétentions sur Lemnos et sur Négrepont, et remettrait à Mohammed la forteresse de Calamata, près du cap Matapan. En outre, Venise devait envoyer annuellement à la Porte 8,000 ducats d’or pour prix du droit de trafiquer dans la Mer-Noire. (Mais, en échange, le Sultan rendait à la République toutes les villes qu’elle possédait avant la guerre, en Morée, en Dalmatie et en Albanie, à l’exception de Scutari et de Croïa.

En vertu de ce traité, la garnison de Scutari, réduite par les pertes du siège à 450 hommes et 150 femmes, évacua la ville et traversa l’armée turqueaux cris d'admiration de ses ennemis.

Ivan Tsernoïevitj, demeuré seul en possession du pouvoir depuis la mort de son frère Georges, survenue en 1450, avait fait, pendant toute la durée du siège, avec ses faibles forces, de véritables prodiges pour essayer de débloquer Scutari. La place une fois tombée, la colère des Turcs se tourna contre lui. En 1480, toute la côte orientale du lac était conquise par les musulmans, et Jabliak enlevé au prince de Zêta sans que les Vénitiens, oublieux de ses services, voulussent écouter les appels qu’il leur adressait.

Comment auraient-ils, d’ailleurs, pensé à soutenir le petit prince qui régnait sur une poignée de Slaves, lorsque, oubliant tout pour jouir de la paix qu’ils venaient d’obtenir, ils laissaient s’accomplir en Italie des

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événements bien autrement menaçants pour l’Europe?

Mohammed venait, en effet, d’exécuter son plan d’invasion dans le royaume de Naples. Ahmed-Pacha, parti d’Avlona, était débarqué en Calabre sous les murs d’Otrante. Après dix-sept jours de siège, le H août 1480, malgré la belle résistance de la garnison et la bravoure du commandant Giovanni Francesco Zurlo, la ville fut emportée d’assaut. Sur les 22,000 habitants, 12,000 furent massacrés, les jeunes filles enlevées, les femmes, particulièrement les religieuses, soumises aux derniers outrages, les prêtres égorgés dans les églises, l’archevêque écorché vif, le commandant scié entre deux planches. A la nouvelle de tant d’horreurs, l’épouvante fut générale en Italie, chacun ne songea plus qu’à fuir devant le conquérant. Un moment même, le Pape Sixte IV eut l’idée de se réfugier en Provence et de transférer une seconde fois le Saint-Siège à Avignon.

L’héroïsme des chevaliersde Rhodeset de leur grand maitre Pierre d’Aubusson sauva l’Europe; et enfin, Mohammed mourut, en 1481 , le 3 mai, jour de l’exaltation de la Sainte-Croix, jour que la Providence avait paru choisir exprès pour rendre plus frappante, par cette coïncidence, la mort d’un des plus implacables ennemis du nom chrétien.

Ivan profita de cet événement pour tomber sur les Turcs et reconquérir Jabliak1. En 1482, menacé de nouveau par des forces supérieures, il négociait avec

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