Andritj, p
LES MaRAMONT-TSERNOIEVITJ.
disent pas un mot, et quoique les chroniqueurs français ne mentionnent pas formellement à cette occasion le Tsernogore, que Georges Tsernoïevitj ne dut pas rester indifférent aux projets que Charles VIII, en 1495, lorsqu'il conquit le royaume de Naples, forma d’envahir l’Albanie et les contrées environnantes et de les soulever contre les Turcs. On dit que les peuples esclavons de cette région étaient prêts à fournir leur concours au Roi de France, et l’on aurait vraiment droit de s’étonner que les belliqueux habitants de la Montagne Noire, toujours prêts à combattre les Ottomans, ne fussent pas au premier rang parmi ceux de ces peuples qui entrèrent dans la conjuration, et qui, avec les Albanais, chargèrent l’archevêque de Durazzo, Paolo Angelo, de venir en leur nom solliciter le roi.
Le lecteur nous saura gré, pensons-nous, de le reposer quelque peu de notre prose en citant ici dans son entier le passage où Commynes raconte avec son style inimitable l’histoire de cette entreprise, avortée avant même d’avoir été tentée.
• Le Turc eust été aussi aysé à troubler que avoit esté le roy Alfonse : car il est encores vif et homme de nulle valleur ; et eut le Roy son frère1 entre les mains (qui vesquit peu de jours, apres la fuyte du cardinal de Valence, et se disoit on qu’il fut baillé empoisonné), qui estoit l’homme du monde qu’il craignoit le plus ; et tant de milliers de crestiens estoient prestz à se rebel-
1. Djem ou Zizim, frère du sultan Bayezid, célèbre par ses malheurs et sa fin tragique.
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1er, que nul nescauroit penser. Car d Olrante jusques à laValonne* n'y a que soixante mils, et de la Valonne en Constantinoble y a environ dix-huit journées de marchans, connue me comptèrent ceulx qui souvent faisoient le chemin ; et n'y a nulles places fortes entre deux, au moins que deux ou trois, le reste est abbatu : et tous ces pays sont Albanois, Esclavons et Gréez, et fort peuplez, qui sentoient des nouvelles du Roy par leurs amys qui estoient à Venise et en Pouille, à qui aussi ilzescripvoient, et n'attendoient que messaiges pour se rebeller. Et y fut envoyé ung archevesque de Duras2, de par le Roy,quiestoit Albanois; mais il parla à tant de gens que merveilles, prestz à tourner, qui sont enfans et nepveux de plusieurs seigneurs et gens de bien de ces marches, comme de Scandelber3 4, ung fllz de l'empereur de Constantinoble propre1, des nepveux 5 du seigneur Constantin 6 (qui de présent gouverne Montferral) : et sont nepveux ou cousins du roy de Servie.
« De Tessalle, plus de cinq mil fussent tournez; et encore se fust pris Scutery et Croye, et par intelligence, par la main du seigneur Constantin (qui plusieursjours