CHAPITRE
Georges Tsernoïevitj, en partant pour Venise, abandonna le pouvoir politique et l’administration de son petit état au métropolitain de Tsettinié, qui en était déjà le chef spirituel. Cette transmission se fit solennellement, en présence du peuple assemblé dans une skoupchtina ou diète nationale1. Ainsi s’établit le pouvoir, moitié politique et moitié ecclésiastique, des vladikas *, qui s’est perpétué de main en main pendant plus de trois siècles, jusqu’à l’avénement du prince Daniel, et qui rappelait à notre époque le pouvoir de certains évêques souverains du Moyen-Age 3.
). Miioutiuovitj, p. 23. — Medakovitj, p. 84.
i. 1.0 litre honorifique de vla'Hka , correspondant exactement an jirei: Sîtrot r(;, est celui que portent tous les évêques des pays slaves du Midi.
3. Voir aux Pici.cs justificatives, sous le n° VI, la liste des vladikas jusqu'à l’avénement de la famille des Petrovitj.
s', LES CREMIERS VLADIKAS ÉLECTIFS.
Cependant il y avait un grand nombre d’actes que le caractère ecclésiastique de l’évêque devait l’empêcher d’accomplir. A cette intention, une autre autorité, purement civile, fut instituée à côté de la sienne : ce fut celle du régent ou gouvernadour (ainsi nommé par une corruption de l’italien gorernatore ), chargé de l’administration et de la guerre sous les ordres du vladika. Cette autorité fut inféodée au poste d’obor-knèze de la Katounska-Nahia, c’est-à-dire du district où était situé la capitale du petit état monténégrin
Le premier prince-évêque du Tsernogore se nommait Vavyl ou Babylas; il était déjà investi du titre de métropolite sous Georges IV, et on trouve la mention de son épiscopat dans la suscription des livres imprimés à Oboden 1494, ainsi que dans celle d’un évangéliaire publié en loi 2, sous Etienne 11 i 2. 11 ne jouit pas longtemps de la souveraineté. Sous son successeur German,créé métropolite en 1520 3, une attaque fut dirigée contre la frontière, en 1522, par un renégat delà maison de Tsernoïevitj nommé Pierre, fils cadet d’Ivan II et frère deGeorges V4, que le Sultan Soliman 1" avaitenvoyé à la tête d’une armée5. Fut-il complètement vaincu ou bien remporta-t-il un certain succès ?
1. Voir aux Pièces' justificatives, sous le n°VII, la liste des réfreiUs civils depuis 1516 jusqu’en 171$, époque où cette fonction perdit presque toute sou importance. Elle est extraite du Srbski Lietopis , 1842, part, iv, p. 156.