‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 67 sur 163 · Valslik, p. IC · texte numérisé non relu

Valslik, p. IC

SUZERAINETÉ TUROUE. 135

émigration se fit sous la protection d'un corps de troupes tsernogortses envoyé à la demande du Patriarche

La guerre continua avec des vicissitudes diverses. En 1691 , Keuprilu-Zadé-Moustafa fut tué dans la sanglante bataille de Salankemen : les Impériaux reprirent Grosswardein;en 1694, les Turcs furent encore battus devant Peterwardein. Mais l’année suivante, les armes chrétiennes éprouvèrent une série de revers. Le nouveau Sultan, Moustafa 11, prit en personne le commandement de ses troupes dans la Hongrie. 11 emporta d assaut la ville de Lippa et battit près de Dugos le général Veterani, qui fut fait prisonnier et décapité. En même temps, la Pologne fut envahie et ravagée jusqu'à Lemberg; le tsar Pierre 1er se vit forcé de lever le siège d’Azof, après avoir perdu près de 30,000 hommes. Enfin, sur mer, la flottte ottomane conduite par Mezzomorto, ancien pirate de Tunis, battit celle des Vénitiens dans deux rencontres et leur enleva l’ile de Chio.

En 1696, les succès des Turcs contre les Impériaux et les Vénitiens continuèrent, bien que compensés par la prise d’Azof par les Moscovites. Enfin , l'année suivante, la fortune changea décidément de face. Le prince Eugène de Savoie fut mis par l’Empereur à la tète de l’armée autrichienne. Après des marches et des contremarches savantes, il tomba sur les Ottomans au passage de la Theïss, auprès de Zenta ; 20,000 Turcs restèrent sur le champ de bataille; 10,000 périrent noyés

1. Raitj, Istoria Bnlgarov, Hormtnv i Srhov , t. IV, p, 135-143. — Vassiii, p. 23. — Andritj, p. 23. — Vatslik, p. 16.

SUZERAINETÉ TURQUE, en cherchant à repasser la rivière; le grand vizir fut tué, le Sultan prit la fuite. Quelques jours après, les vainqueurs entrèrent en Bosnie.

L’Empire Ottoman semblait perdu. Un rejeton de cette grande famille des Keuprilu, qui depuis un siècle faisait toute sa force, fut chargé de le sauver. Keuprilu- Housseïn, nommé grand vizir, parvint à arrêter la marche triomphante du prince Eugène. Bientôt l'armée impériale repassa la Save et prit ses quartiers d’hiver en Hongrie.

Des négociations commencèrent alors; elles remplirent toute l’année 1698, et au début de 1699 la paix fut signée à Carlovitz.

La Turquie y cédait à Léopold la Hongrie et la Transylvanie avec leurs limites naturelles, depuis la Podolie jusqu’à la Valachie; elle conservait seulement le territoire entre la Theïss et la Maros. Dans le Syrmium on traça une ligne conventionnelle, marquée par une suite de fossés et de poteaux, depuis le confluent de la Theïss et du Danube jusqu’à l’embouchure de la Bossout dans la Save. A partir de ce point, le cours de la Save forma une frontière naturelle, continuée ensuite par l’Ounna. La Pologne, dans le même traité, recouvra Kaminiets, la Podolie et l’Ukraine. La Russie fut reconnue souveraine d’Azof. Venise ne rendit que les conquêtes qu’elle avait faites au nord de l’isthme de Corinthe ; elle garda la Morée jusqu’à l’Hcxamilia, presque toute la Dalmatie et l’ile de Sainte-Maure.

Au milieu de tous ces arrangements qui consommaient la première humiliation de la puissance otto-

SUZERAINETE TURQUE.

mane, les Monténégrins furent oubliés par leurs puissants alliés. Ils avaient cependant combattu jusqu’au dernier jour de la guerre, et leurs utiles diversions avaient constamment occupé une partie des forces turques. Rien ne fut stipulé en leur faveur, aucune garantie pour leur indépendance, pas même une amnistie *. Tous les avantages qu'ils avaient tirés de leurs dernières batailles furent perdus. L’autorité ottomane fut rétablie presque sans résistance dans les vallées qui en avaient pour quelques instants secoué le joug, et l’odieuse obligation du kharatch continua à peser sur les habitants. Un découragement complet succéda aux espérances qu’ils avaient nourries par suite de leur alliance avec Venise et avec l'Empire. Tout paraissait devoir confirmer cette loi de servitude. Mais bientôt après elle fut noyée dans le sang.

i. Guthrie et üray, t. VI, p. 409. — Vassili, p. 17.

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