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CHAPITRE VI

LES VLADIKAS SAYA ET YASSILI

Daniel Petrovitj étant mort, son neveu Sava fut proclamé à sa place, par la Skoupchtina nationale, évêque souverain ‘.Ainsi la famille desPétrovitj, consacrée par l'affranchissement du pays, s’implanta définitivement sur le trône, moitié ecclésiastique et moitié politique, du Tsernogore, sur lequel elle est encore assise aujourd’hui dans la personne du prince Nicolas. Sept générations de cette famille ont successivement porté le titre suprême depuis le commencement du xviii® siècle jusqu’à nos jours. Seulement, comme la dignité épiscopale, dont étaient revêtus les souverains du Monténégro jusqu’au prince Daniel, les empêchait de contracter mariage et d’avoir des enfants, c’est toujours de

\. Andritj, p. 37.

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l’oncle au neveu ainé que le pouvoir s'est transmis dans la race. On chercherait vainement dans l’histoire des autres peuples l’exemple d’une succession collatérale analogue prolongée pendant autant de générations. Et, par une circonstance bien extraordinaire, quand Daniel Il se fut institué prince civil et-eut contracté mariage, il n’eut qu’une fille, ce qui fait qu’après sa mort c’est encore son neveu Nicolas qui a hérité de son sceptre.

Sava était à peine en possession du pouvoir quand le patriarche serbe d’Ipek, Arsène Ivanovitj, menacé de mort par les Turcs à la suite de l’explosion de fanatisme que venait d’exciter la déclaration de guerre avec l’Autriche, vint, suivi de 80,000 de ses ouailles, chercher un asile dans le Tsernogore '. Ce prélat n’avaitpas conçu le projet d’y fixer sa demeure ; il voulait se réfugier sur le territoire autrichien. Mais il venait demander au vladika, son surbordonné dans l’ordre spirituel, de lui prêter le secours de ses vaillants montagnards pour traverser en sûreté les provinces ottomanes. Lesplèmes des Koutchi, des Bratonojitj, des Pipéri et des Vassoïevitj, soumis en ce moment à l’autorité du vladika Sava, ainsi que la tribu albanaise des Clementi, qui venait de rentrer dans l’alliance des Tsernogortses, fournirent leurs plus braves guerriers pour former l’escorte du patriarche. On se mit en marche et on gagna sans encombre Nisch, l'antique Nissa, occupée

1. Vouk Karadzitj, Danilsa (Vienne, 1847) . p. 77. — Raitj, t. IV, p. 203.

depuis peu par les troupes impériales. Les généraux autrichiens accueillirent Arsène avec empressement, et en 1741 il fut nommé par l’Impératrice Marie-Thérèse archevêque de Carlovitz1. Quant aux montagnards qui l’avaient, escorté, ils regagnèrent paisiblement leur pays. Ni à l’allée, ni au retour, leur marche ne fut inquiétée ; leur fière contenance avait imposé aux Turcs dont ils traversaient les domaines. La tradition, plaçant même à cette occasion dans leur histoire un épisode analogue à l’enlèvement des Sabines, veut qu’ils aient ravagé à leur retour le district de Bihor et qu’ils y aient enlevé toutes les jeunes filles musulmanes pour en faire leurs épouses2.

En 1739, le pacha de Scutari, Hoda-Verdi-Mahmoudbegovitj, entreprit de soumettre, avec une armée de 13,000 hommes, non pas le Tsernogore proprement dit, mais le district de Koutchi. 11 détruisit Medoun de fond en comble, et il allait pénétrer plus avant quand, assailli de trois côtés par les capitaines monténégrins Savitj de Rovats, Ilia Drekalovitj et Diouro Iovovitj, il dut renoncer à ses projets d’invasion et se replier avec une perte de 500 hommes. Jurant de se venger, il appela à son secours les gouverneurs des provinces voisines, et pendant sept ans huit pachas réunis serrèrent la Montagne-Noire d’un étroit blocus. La situation était d’autant plus grave qu’après une guerre désastreuse de deux ans l’Autriche venait de signer l’humi-

1. Karadzilj, Danitsa, p. 114. — Srbski Lietopis, 1826, part, u, p. 17.

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