Miloulinovitj, p
2. Voyez le texte de cet oukaze au n° XV des Pièces justificatives.
étendre sa domination sur les autres races chrétiennes
de l’Orient, aussi bien dans l’ordre religieux que dans l’ordre politique. Tandis qu’avec Mavrocordatos et ses successeurs les Grecs détruisaient le privilège des provinces roumaines de n’être gouvernées que par des hommes de leur propre race et faisant des deux hospodarats des fermes exclusivement exploitées par les phanariotes, dans le domaine des choses religieuses, le patriarcat de Constantinople, tout en répétant les vieilles déclamations contre l'ambition du siège de Rome, travaillait activement, en opposition avec l’esprit traditionnel de l’Église orientale, à détruire toutes les organisations de petites Églises nationales, à s’ériger en sorte de Papauté grecque et à substituer des Grecs aux indigènes dans tous les évêchés des provinces slaves ou roumaines. Politique déplorable par laquelle les Grecs espéraient fondre en un seul tout dépendant d’eux les races non musulmanes de l’Orient, et qui n’eut d’autre résultat que de créer contre le nom hellénique les haines et les méfiances qui se traduisirent en 1821, lors de la guerre de l’indépendance grecque, par la trahison de Vladimiresco en Yalachie et par l’inaction de Milosch Obrenovitj en Servie.
Déjà la retraite d’Arsène III sur le territoire autrichien, en 1737, avait désorganisé le patriarcat serbe et permis aux intrigues du patriarcat de Constantinople de s’y développer sur une grande échelle. En 1765, les Turcs, poussés par les Grecs, forcèrent le Patriarche d’ipek, Vassili Ivanovitj Berkitj, à se démettre de ses fonctions. Son neveu, Arsène Plamenats, fut élu pa-
triarche. Mais ce n’était que le début d’actes destinés à détruire l’autonomie de l’Église serbe. Deux ans après, en janvier 1767, Arsène Y, circonvenu par des intrigues dont le centre était à Byzance, abdiqua son autorité et en même temps tous les prélats d’origine grecque soumis à son siège, c’est-à-dire les évéques de Castoria, Vodéna, Corytsas, Tibériopolis, Sisanium et Grévéna, adressèrent au Patriarche OEcuménique de Constantinople une supplique demandant la suppression du siège d’Àchrida et sa réunion au patriarcat grec. L’acte était pleinement irrégulier, car il n’y avait pas eu de synode véritable de l’Église serbe, et sur treize archevêques et évêques dépendant du patriarche d’Ipek, six n’avaient pas donné leur avis. C’étaient tous ceux d’origine slave qui occupaient les sièges de Pélagonia, Belgrade, Stroumnitza, Prespa, Débra Khora et Vélissa. Mais le patriarcat de Constantinople n’y regardait pas de si près pour un acte qui flattait son ambition et que ses manœuvres préparaient depuis plusieurs années. Un acte synodal rendu à Constantinople supprima l’Église nationale des Serbes et des Bulgares, et le Patriarche Arsène se retira dans le monastère de Bertchéla 1 .
Son prédécesseur démissionnaire, Vassili, réclama contre l’anéantissement des droits de la Servie et
1. Voyez au n° XVI des Pièces justificatives la traduction des documents relatifs à la suppression du patriarcat d’Achrida, eitraits du Traité de la juridiction canonique du Trône Patriarcal OEcuménique sur l'Église orthodoxe de Bulgarie, par Grégoire, archi-secrétaire du Saint-Syuode de l’Église de Constantinople.
reprit le titre de Patriarche. Mais, menacé de mort par les Turcs, qui voyaient dans chaque progrès de l’unité de juridiction de l’Église orientale une facilité de plus pour leur domination, il dut s’enfuir d’Ipek. Le Tsernogore lui offrit un asile, et il y passa plusieurs années. Plus tard, il se retira en Russie, mais après avoir délégué ses pouvoirs spirituels au vladika Sava. C’est à dater de ce moment que les évêques du Monténégro se sont considérés comme indépendants de tout supérieur ecclésiastique et comme possesseurs des droits des anciens Patriarches d’ipek, qu’ils réclament encore aujourd’hui.
Le second incident, survenu immédiatement après la mort du vladika Yassili, fut d’une importance moins capitale, mais eut un caractère plus original et plus romanesque, et rappela sur le Monténégro l’attention de l’Europe, dont ce pays était entièrement oublié. 11 n’y a peut-être pas une histoire de Russie ou de Turquie dans laquelle on ne cite cet épisode, mais presque toujours il est dénaturé de la manière la plus étrange, et, selon l’esprit des écrivains, il prend les physionomies les plus contradictoires. Nous en citerons deux exemples, tirés de livres où le public ne va que trop souvent chercher ses renseignements.
Gastéra, dans son Histoire de Catherine II, parle des faux Pierre III de Russie, qui apparurent en assez grand nombre de 1766 à 1772. « Dans le pays de Montenero, « tributaire du Grand-Seigneur, dit-il, un médecin, « nommé Stephano, profita de l’enthousiasme que le « nom russe inspirait aux chrétiens grecs de cette pro-
« vince, pour leur faire croire qu’il était Pierre III. Les « eu loyers, l’évèque le secondèrent avec chaleur, et * cette fourberie occasionna un soulèvement parmi le « peuple. Mais bientôt les janissaires obligèrent Ste- « phano à prendre la fuite. Plus heureux que les au- « très faux Pierre III, il évita l’échafaud'. »
Voici maintenant ce que nous lisons dans Y Histoire de la Turquie de M. Lavallée, qui n’a fait qu’abréger le récit de M. de Hammer1 2 : ■ Les agents de Catherine, « au moyen de la propagande religieuse, préparaient la - voie à l’invasion russe dans les provinces grecques « de la Turquie. Dès 1760, le czar Pierre leur avait en- « voyé de zélés émissaires. L’un d’eux, Grec de Thes- « salie, Papas-Oglou, officier d’artillerie au service de « la Russie, parcourut les côtes de l’Adriatique, la « Thessalie, la Morée; un autre, le moine Stephano, « choisit pour théâtre de ses prédications la Servie et « la Croatie. — Ni l’Allemagne, ni la Hongrie, disait-il « aux raïas, ne peuvent rien faire pour vous; la France . dort, la Pologne se meurt; seule, la Russie pense à « vous, veille sur vous, vous tend la main; car seule « elle est orthodoxe. Ne reconnaissez-vous pas en elle « la race blonde qui doit vous sauver? — Animés par « ses discours, convaincus par ses aumônes et ses lar- « gesses, les chrétiens de l’Albanie, de la Servie, du « Monténégro se levèrent en armes; mais les Russes « n’étaient pas encore prêts; l’insurrection, abandon-