LES ENNEMIS DE LA FRANCE O
logne, effrayé par Tattentat contre Furstemberg; celui de Trêves, les ducs de Brunswick-Lunebourg (Celle, Wolfenbuttel et Osnabruck).
On verra plus loin dans quelle mesure chacun d'eux prit part aux opérations.
La Saxe fournit son contingent, mais seulement pour la défense de l'Empire, et se refusa à lui laisser passer le Rhin (1). Ses troupes figureront à Sinsheim; elles resteront ensuite en réserve.
La Saxe-Gotha et le prince de Reuss envoyèrent aussi un modeste appoint à Tarmée impériale. Les petites principautés restèrent neutres, les unes parce qu'elles étaient très voisines de la France et que leurs princes craignaient nos représailles; les autres, au contraire, trop éloignées du théâtre du conflit, s'en désintéressaient. Trois États allemands : la Bavière, le Hanovre et le Wurtemberg, restèrent fidèles à l'alliance française.
L'évêque de Mayence fut contraint de donner passage -dans ses Ëtafts aux forces impériales; mais il se refusa à fournir un contingent aux alliés. Aux irstances les plus pressantes, il répondait que son conseil délibérait sur la question.
Les écrivains allemands s'efforcent d'établir qu'en cédant aux injonctions de la cour de Vienne, les divers États qui participaient à l'élection de l'Empereur, obéissaient au sentiment national allemand. La vérité est que chacun d'eux agissait pour son propre compte et suivait le parti qui paraissait celui du plus fort. Plus d'un recevait des subsides du Roi ou de l'Empereur, parfois même de l'un et de l'autre successivement, comme le Grand Électeur de Brandebourg.
Chaque souverain était guidé par le souci de ses intérêts ; l'impossibilité de concilier ceux-ci amenait entre les États •des conflits où l'idée d'une commune patrie allemande ■était absente. Il suffira, pour affirmer cette opinion, de
(l) KORTZFLEISCH, Op. Cit., p. 25.
b TURENNE EN ALSACE
rappeler le but poursuivi par les princes engagés dans la lutte.
L'Empereur voulait reconquérir l'Alsace, alors que le duc de Lorraine songeait à ses États perdus et à la Franche- Comté. L'Électeur palatin bornait ses désirs à l'évacuation de son territoire par les troupes françaises et à la prise de Philippsbourg, que nous tenions, comme une tête de pont sur la rive droite du Rhin. L'Électeur de Brandebourg faisait la guerre pour acquérir de la gloire à sa Maison et de la puissance à ses États; il était prêt à porter des coups partout où il y trouvait avantage. Mais on paraissait, à Vienne, peu soucieux de lui laisser prendre trop d'importance; aussi, loin de lui donner la direction des opérations, l'Empereur ordonnera-t-il à ses généraux de tenir conseil et d'agir selon la majorité des voix.
Nos ennemis étaient nombreux; les troupes qu'ils pouvaient mettre en ligne s'élevaient à un effectif important, mais l'union leur faisait défaut. La mésintelligence éclatera parmi eux et deviendra pour nous un puissant auxiliaire.
Un autre de nos avantages était l'excellente organisation de notre système d'information. Auprès de chacune des cours allemandes, amies ou neutres, nous avions un agent ofBciel ou secret. C'étaient : à Mayence, l'abbé de Gravel ; Persode de Maizery à Francfort; le duc de Vitry à Munich (1). Nous avions même, dans l'armée du Grand Électeur, un précieux correspondant dans la personne de Podwils, qui servait à la fois son souverain par les armes et son ancien général, Turenne, en lui adressant des renseignements
(1) Au cours de la campagne, Turenne entretient une correspondance suivie avec nos agents diplomatiques; il les tient au courant de ses opérations et, d'une manière générale, de tout ce qui peut être utile à leur mission. L'examen des papiers du duc de Vitry (Aff. étr., vol. 281) est fort intéressant à ce point de vue. C'est ainsi qu'après être repassé sur la rive gauche du Rhin, Turenne sent le besoin de calmer les inquiétudes qui se produiront à Munich. Il écrit le 29 juin, du camp de Neustadt (n» 366), pour énumérer les forces dont il dispose et il ajoute : « Vous voyez bien comme l'on serait en état de porter la guerre delà le Rhin quand quelque raison y appellerait. » Les relations des batailles qu'il envoie à nos agents sonnent plus haut que celles destinées à la cour : il n'altère pas la vérité, mais il prend soin de faire ressortir les succès rempoi tés par nos a -mes.