‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 9 sur 41 · LES ENNEMIS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LES ENNEMIS DE LA FRANCE

L^année 1673 n'avait pas été heureuse pour les armées françaises, nous avions dû abandonner presque complètement les Pays-Bas. Turenne avait été contraint d'évacuer la rive droite du Rhin et, sur la rive gauche, le pays au nord de l'Alsace. Bonn, faute d'un secours suffisant, était tombé aux mains des Impériaux.

Le congrès, réuni à Cologne pour traiter de la paix, traînait en longueur et les intrigues auxquelles se livraient <;ertains de ses membres allaient fournir bientôt un prétexte pour rallumer la guerre avec une force nouvelle.

Le comte de Lisola, représentant de l'Espagne, se rendait à Liège et tentait d'y soulever la population contre son souverain légitime, l'archevêque de Cologne. Louvois se proposait de le châtier, lorsqu'un attentat contre le droit d^s gens fut commis parles troupes impériales. Le 14 février, en piein jour, le prince Guillaume de Furstemberg^ repré-

sentant de Tarchevêque de Cologne, était enlevé et conduit

à Vienne en prisonnier. On n'avait à lui reprocher que ses

sympathies pour le roi de France. Peu de temps après,

l'Empereur faisait piller un convoi d'argent destiné à la

garnison française de Neuss. Louis XIV retira son pléni-

. potentiaire- (lu congrès, la guerre était de nouveau dé-

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de nouveaux ennemis allaient se joindre à eux.

Un de ceux autour duquel se nouaient le plus d'intrigues : l'Électeur palatin, allié à la Maison de France par le mariage de sa fille avec Monsieur, frère du Roi avait souffert du passage de nos troupes dans ses États. En représailles, il avait conclu avec l'Empereur un traité secret par lequel il lui livrait Germersheim et acceptait de recevoir les troupes impériales.

La situation des États de ce prince et notamment celle de la place de Germersheim leur donnait une importance capitale pour la suite des affaires. Aussi Louis XIV essayat-il de ramener l'Électeur Charles-Louis à de meilleurs sentiments et, dans ce but, il lui dépêcha le marquis de Béthune en ambassadeur.

Le but assigné à ce dernier était de détacher l'Électeur de la cause de l'Empire. Pour y arriver, il devait offrir l'appui du Roi à l'Électeur palatin dans le règlement du différend survenu entre lui et l'Électeur de Mayence, à propos de la succession du duc de Simmern.

Il exprimerait à l'Électeur la peine que S. M. avait éprouvée en apprenant les désordres commis par ses troupes, il offrirait de l'en dédommager pécuniairement sur l'indemnité que le Roi tirerait des Hollandais après la guerre et promettrait au besoin un subside immédiat. Il ferait connaître enfin que le Roi n'ignorait rien du traité conclu par l'Électeur avec l'Empire et mettrait en relief les dangers qui menaçaient le Palatinat si la guerre éclatait. En abandonnant l'alliance avec l'Empire, l'Électeur s'assurerait,

LES Er^MEMIS DE LA FRANCE

au contraire, les bonnes grâces du Roi et obtiendrait son appui dans tous se^ intérêts (1).

La diplomatie du marquis de Béthune échoua dans cette entreprise difficile et l'Électeur resta fidèle à son traité avec TEmpire. Les négociations se poursuivirent d'ailleurs en même temps que les premières opérations de la campagne.

Le roi d'Angleterre, Charles II, notre allié de l'année précédente, avait signé avec les Hollandais un traité de paix. Le 19 février, il se retirait de la lutte. Toutefois, il laissait dans nos rangs, celles de ses troupes qui s'y trouvaient déjà, et on verra, par la suite, avec quelle vaillance elles combattirent.

L'Empereur chercha à amener à la défense de sa cause le plus grand nombre possible d'États allemands; dans ce but, il assembla à Ratisbonne la diète de l'Empire (2) et obtint d'elle, le 24 mai 1674, la déclaration de la guerre fédérale contre la France.

Il réussit à entraîner l'Électeur de Brandebourg, dont le concours était éminemment désiré en raison de l'importance des forces qu'il pouvait mettre en ligne. Frédéric- GuUlaume avait, le 6 juin 1673, à Vossem, conclu avec le roi de France un traité aux termes duquel il s'engageait (art. I) « à ne donner à l'avenir aucun secours aux ennemis de Sa Majesté quels qu'ils puissent être ». Mais, en vertu de l'article IX, il avait les «mains libres» en cas d'attaque de l'Empire, « à condition toutefois que S. M. ne sera pas censée attaquer ledit Empire, si elle se trouvait obligée de porter ses armes en Allemagne et d'agir contre tout prince (ftnàià Empire, quel qu'il pût être, qui voulût attaquer

(1) A. Lebon, Instructions données aux ambassadeurs de France, t. VII, p. 385 et suiv.

(2) Frédéric II {Histoire de mon temps, t. I, p. 49) caractérise ainsi la haute assemblée de l'Empire : c Les diètes de Ratisbonne ne sont qu'une espèce de fantôme qui rappelle la mémoire de ce qu'elles étaient jadis. C'est une assemblée de publicistes, plus attachés aux formes qu'aux choses. Un ministre qu'un souverain envoie à cette assemblée est l'équivalent d'un mâtin de basse-cour qui aboie, à la lune... >

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Sa Majesté, ou donner assistance à ses ennemis, contre le traité de la paix de Munster». Grâce àTambiguïté de cette rédaction, le Grand Électeur crut pouvoir reprendre sa liberté et venir en aide à TEmpereur sur un théâtre d'opérations où il avait Tespoir de commander en chef (1).

Mais, si son désir de briller était assez grand pour lui enlever toute hésitation, une autre circonstance ralentissait son zèle : il se sentait menacé par la Suède, notre alliée, dont l'intervention à Test de ses États était toujours à craindre; aussi la marche du contingent de Brandebourg fut-elle lente; on ne le verra intervenir qu'à l'automne de

D'autres princes allemands suivirent la bannière impériale; on a cité déjà l'Électeur palatin; il faut y ajouter : l'évêque de Munster, dont les troupes depuis plusieurs années combattaient à côté des nôtres; l'Électeur de Co-

(1)M. Waddington {op. cù.), à qui est emprunté le texte ci-dessus du traité de Vossem, relate les jugements contradictoires auxquels a donné Heu la conduite du Grand Électeur abandonnant en 1673 ses alliés de Hollande et d'Espagne pour leur ennemi le roi de France. H conclut (p. àl3) que « la vérité est entre les extrêmes » et que l'Électeur « a cru la paix indispensable et s'y est résolu avec la promptitude de son tempérament d'impulsif ». Examinant plus loin (p. 347) la volte-face opérée par ce prince, le 1®' juillet 1674, lorsqu'il conclut une nouvelle alliance avec la Hollande et l'Empire contre la France, il admet que « l'obscurité de l'aiticle IX de Vossem permettait des interprétations contraires et que l'Électeur y trouva un prétexte commode de rupture >, et il ajoute : « Si on ne peut le laver de l'accusation de duplicité, on ne doit pas non plus le condamner sans réserve. »

Sans prétendre trancher ici un différend à propos duquel d'éminents historiens ont émis des opinions contradictoires, on fera observer que l'une des clauses du traité de Vossem était le paiement par la France d'un gros subside : 800.000 livres, dont 300.000 à la ratification du traité et 100.000 par an, à partir de 1674. Ce paiement ayant été retardé par Louis XIV, qui n'était pas disposé à accorder un subside « pour une simple neutralité », l'Électeur se refroidit sur l'alliance française. L'année suivante, après son changement de front, il reçoit 200.000 thalers des Pays-Bas et de l'Espagne et ces deux États s'engagent à subvenir aux dépenses d'entretien de la moitié de son armée. Si on ne peut dire que l'Électeur était l'ami de ceux qui le payaient, il est au moins établi que ses alliés lui accordaient des subsides.

Dans ses Mémoires pour l'Histoire de la Maison de Brandebourg, Frédéric II dit que « les Hollandais et les Espagnols lui promirent (au Grand Électeur) de le soulager en partie dans l'entretien de ses troupes. Comme Louis XIV attaquait l'Empire, la résolution que l'Électeur prit dans cette occasion de le secourir n'était pas contraire aux engagements qui subsistaient avec la France depuis la paix de Vossem » (t. I, p. 148).

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