‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 3 sur 41 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

auquel on attribue cette parole dont en 1674 il sut faire une vivante réalité : « Il ne faut pas qu'il y ait un homme de guerre en repos en France, tant qu'il y aura un Allemand en deçà du Rhin en Alsace (1). »

Deux siècles plus tard, hélas ! de douloureux événements sont venus détruire l'œuvre de Turenne et arracher à la France les provinces d'Alsace et de Lorraine.

Dans la lutte soutenue en 1870, un grand patriote s'efforça, lui aussi, de ne point laisser un homme en repos, tant que l'ennemi foulait notre sol. S'il n'a pu accomplir sa tâche, il nous a tracé du moins le devoir (( d'y penser toujours ».

Il a semblé que l'étude de la campagne de 1674, suggérée par l'inscription de Bussang, répondait à cette pensée. On y trouve de réconfortants enseignements, dont la portée dépasse la période à laquelle ils se rattachent.

Une guerre de Louis XIV évoque, en général, l'idée d'un siège; les places fortes sont alors si nombreuses en France et dans les pays voisins, qu'une campagne ne peut se poursuivre sans attaque et défense de forteresse, ouverture de tranchée, couronnement de chemin couvert, assaut et chamade battue.

Vauban a si bien perfectionné l'art d'attaquer les places qu'il peut prédire presqu'à coup sûr la durée de leur résistance. Le Roi prend plaisir à cette guerre où

(1) La Fare, Mémoires, p. 131.

AVANT-PROPOS VÎI

son ingénieur lui assure un succès certain, il s'engage volontiers en personne dans ces opérations, où sa dignité n'aura pas à souffrir d'un échec.

Les courtisans, qu'on trouve partout, même à Tarmée, les ministres flattent le penchant du Roi; ils y trouvent leur compte, puisqu'à mener ainsi la guerre on n'éprouve presque jamais de déceptions.

Cependant, une au moins des campagnes de Louis XIV sort du cadre dans lequel on s'est habitué à les voir enfermer. Elle se passe dans un pays semé de villes fortes, et l'on semble les ignorer. Au lieu de se couvrir en occupant des postes, l'armée française marche droit à l'ennemi, l'attaque et toujours avec succès. L'hiver venu, nos troupes s'enfoncent dans la montagne, exécutent une longue marche et, tandis que, selon la coutume, l'adversaire s'établit en quartiers, elles le surprennent et lui infligent une défaite qui le chasse du royaume.

Le Roi n'est pas présent à cette armée, il conduit pendant ce temps la seconde conquête de la Franche- Comté où, l'une après l'autre, les places fortes tombent devant lui. C'est en 1674, et tandis que l'ancienne province des États de Bourgogne, soumise une première fois par Condé en 1668, se réunit définitivement à la France, notre frontière d'Alsace subit un rude assaut. Là sont des provinces tout récemment acquises, que leurs anciens possesseurs voudraient reconquérir. Le Roi, au début, ne peut opposer à ses ennemis que des forces restreintes, mais conduites par un chef qui, à lui seul, vaut une armée. Turenne eat alors âgé de soixante-trois ans, il fait la guerre depuis un demi-siècle; chez lui, la vigueur du corps

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