AVANT-PROPOS
est intacte et semble donner une seconde jeunesse à la pensée.
De sa longue expérience, le maréchal va dégager une méthode de guerre nouvelle; elle rompt en visière avec celle qu'on pratique alors. Comme Condé à Rocroi, comme Bonaparte en Italie, il sortira des chemins battus; ce n'est point par ignorance; nul mieux que lui ne les connaît et n'en a relevé les défauts. C'est un éclair de génie qui illumine son cerveau et va une fois de plus en faire jaillir la victoire.
Bussy-Rabutin, qui ne l'aimait guère, mais qui, toutefois, lui rendit justice après sa mort, dit de lui :
« Jusqu'aux huit dernières années de sa vie, il avait été plus circonspect qu'entreprenant, mais, voyant que la témérité était à la mode, il ne se ménagea plus tant qu'il avait fait : et, comme il prenait mieux ses mesures que les autres, il gagna autant de combats qu'il en donna.
« Sa prudence venait de son tempérament et sa hardiesse de son expérience (1). »
Ceci est une esquisse; voici maintenant un portrait de maître, que son auteur a placé dans le tableau de la bataille des. Dunes; on peut l'en détacher pour servir de frontispice à l'étude de la campagne de 1674.
(( Nous avons déjà essayé de mettre en relief certains traits de ce robuste génie. Ici encore, ils vont reparaître plus nettement accentués : la précision du calcul, la sûreté du jugement, le don d'apprécier le temps aussi exactement que la distance, la faculté plus rare encore de ne laisser échapper aucun indice
(1) Mémoire», année 1653, t. I, p. 345. Édition L. Lalanne.