‹ Turgot et ses doctrinesChapitre 12 sur 56 · LA CORVÉE — LES RÉQUISITIONS MILITAIRES · texte numérisé non relu

LA CORVÉE — LES RÉQUISITIONS MILITAIRES

réformes, raviver les sources depuis longtemps taries de la prospérité publique. « Pauvres paysans, pauvre royaume! » avait dit Quesnay, et Turgot avait pris à cœur de rendre la vie plus soutenable à ces mallieureux, en allégvant les fardeaux qui de tous côtés les accablaient.

Origine de celle Dc toutcs Ics imijositious, la coi'ocL' était ccrtaine-

imposjlion. ... » , . ,, ,

ment une des plus nuques. A peu presjusquala fin du dix-septième siècle, ce mot de « corvée » avait servi à désigner les services que la plupart des seigneurs exigeaient de leurs vassaux jiour la culture de leurs domaines ou l'entretien de leurs chemins. Quand, au commencement du dix-huitième siècle, la création de grandes routes entre Paris et les provinces fut décidée pour établir des communications aussi faciles que nécessaires, ce fut, sans doute, au nom du Roi que les intendants requirent les corvéables comme le seigneur féodal les requérait pour les besoins de son propre service. Ce fut donc un iin})6t i\m s'établit de fait et non en vertu d'une loi générale; ce fut aussi un abus, qui s'érigea en institution, et ce sont les impôts de cette sorte, malheureusement, qui durent le plus longtemps.

Sur qui Le premier acte royal qui fasse mention officielle

retotnbail-elle? ", . . i r-r-,i

des corvées est précisément celui qui, en n /b, en ordonna la suppression. Sur qui retombait le poids des corvées '? Sur ceux qui étaient déjà accablés par la taille. Des privilèges sans nombre étaient devenus des titres d'exemption. On demandait à des communautés plusieurs journées de travail jjour la

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construction des routes. Des hommes qui n'avaient que leur salaire pour vivre, se trouvaient condamnés à vivre sans salaire. Pendant tout le temps que duraient ces corvées, que devenaient les fnniilles de ces pauvres gens? Privées du travail du chef de la maison, elles restaient livrées à toutes les misères, à tous les maux, à la faim. Dans les cam^ ■pagnes, les animaux employés à la culture étaient enlevés à leurs travaux; qu'importaient les besoins des cultivateurs? « Ces malheureuses paroisses ont été écrasées : une partie de leurs bestiaux, trop fatigués par les travaux des chemins, a péri ; et peut-être un chef de famille, d'une nécessité indispensable à ses enfants, n'a pu résister au désespoir et à la misère qa'ont occasionnés douze ou quinze jours de travail sans rétribution et sans salaire. » Tel est le triste tableau que traçait le marquis de Mirabeau, dans sa Lettre sur les coroccs (1).

Quant à la l'épartition dans chaque paroisse, ui^iianiiion arbielle s'effectue de la façon la plus arbitraire. C'est le pauvre, le failjle qui souffre le poids du fort. C'est le malheureux sans ressource « qui fait le chemin, paye les garnisons et les amendes (2) ». C'est surtout le cultivateur.

11 semblait naturel d'exempter les nobles de la corvée et il ne serait pas venu à l'idée d'un intendant d'y soumettre les gentilshommes, même au moyen d'une contribution pécuniaire. Quant aux

(1) Lettre insérée dans VAmi des hommes, t. VI, |>. 10 ri 11, 2» par- Ue, éiliUon (le Ilamljoura;, 17G2.

{i) L'Ami des hommes, t. VI, p. 12 cl 13.

traire.

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cultivateurs, les réquisitions venaient les troubler à l'iniprovisle ; au moment même où les travaux des champs rri-lninnicnt le [ilus iniiiéricuscment leur labeur, ils étaient requis de fnin' des travaux dniit ils ne |irotit;ueiit |i;is.

injiisiicp. I,;i, corvée ét.-ut cnnlr.iiri^ .''i, Imiles les !i''i;islalinns :

et inutilité de . ... • n • i • i

cet impôt. SI elle était injuste, si elle violait les premiers principes de l'équité, de la légalité, était-elle au moins établie dans l'intérêt du pays? Non. Elle aboutissait à des constructions incomplètes, mal ordonnées, mal faites : le travail des corvéables coûtait plus cher que s'il avait été fait par des ouvriers rétribués et travaillant à la tâche. Les journées de voiture et celles de bras ayant une valeur réelle, et pouvant être évaluées en argent, il n'était jnis nii adiniiiistrateiir (|ui ne put exécuter, avec une somme de 400,0lJU livres, un travail qui coûtait un million en corvées (1).

Les constructions et l'entretien des routes pour lesquels les corvées étaient commandées, exigeaient de continuelles réparations.

Ce qui était fait Tout cc (|ui était fait, il fallait le refaire. Les

était

à refaiio. phues d'Iùvcr, Ics ouragaiis de l'été, effondraient les routes; les terres s'éboulaient; les fossés se comblaient. Il aurait peu coûté de prévenir en temps utile ces dégâts; mais, pour cela, il eût fallu que les riches consentissent à mettre la main à l'ceuvre; qu;int aux pauvres, « bien sûrs d'èlre

(1) D'IIiiguos, /i\.v/(i sur l'diliiiiiiisiniliiiii dr l'arijnl, [i. U);i. Pari-;, Giiill:uiiiiiii.

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