L.V COriVÉE — LES IIÉQUISITIONS MILITAIRES
requis pour la corvée à l'automne ou au printemps suivant, ils se gardaient d'anticiper sur leur besogne future, et de sacrifier l'intérêt particulier de leur cham[> à l'intérêt public du chemin (1). »
Ou sait que de tout temps les économistes ont L'opinion
, ,, ,, , . , ^ , des éoouumistes.
blâme r usage des corvées pour les travaux des routes. Leur abolition était énergiquemcnt réclamée. Le marquis de Mirabeau, Condorcet, condamnaient un inu)ot si mal établi (2). Depuis longtemps Projet de re
forme
déjà, Trudaine, le père, voulait les réformer et deTrudaine. inclinait à remplacer ces impositions par une contribution pécuniaire. 11 avait présenté à tous les contrôleurs généraux un mémoire tendant à réaliser ce changement, mais il paraît avoir hésité à donner suite à ses projets, craignant que le gouvernement n'employât à un autre usage les revenus de rim[)osition levée sur les chemins. Avant que Turgot Réforme taite n'entrei)rit cette réforme dans le Limousin, un orceau de fod-
' telle.
intendant de Caen, Orceau de Fontette, avait proposé à ses administrés, pour leurs chemins en construction^ l'oiition entre la prestation en nature et le racliat en argent, au marc la livre de la taille, de l'adjudication i]ui en serait faite. La grande majorité des corvéables avait adopté ce dernier parti. Grâce à cet arrangement, les chemins furent construits et réparés, sans que les travaux de la culture en fussent interrompus.
(1) D'Muguc's, Essai sur l'administralion de Turijot. Ibidem.
(2) Maniuis de Miralieau (t'\mi des hommes), Lettre sur les corm'cs, et Condorcet, i'iji- l'aliolition des corvées (U'Aieres, t. XI, p. 00).
82 LA convÉE — LES nÉQuisiTiONS imilitaiiies
Réfurmesde Turgot adopta Ics viiGs de Fontctte, mais il voulut faire un pas de plus en perfectionnant son plan pour l'adapter à la généralité de Limoges.
Il commença par convertir la corvée en argent, afin de la généraliser et d'en augmenter le produit. Puis, s'appuyant sur une ordonnance de 1737 qui permettait aux intendants de faire exécuter les travaux par les entrepreneurs, aux frais des paroisses, il décida, par un simple arrêté local, qu'à l'avenir les chemins seraient construits par des entrepreneurs, aux frais des provinces corvéables et que les sommes dues pour l'exécution de ces travaux seraient réparties, sur toutes les communautés, au marc la livre de la taille.
Comment elles Lc gouvememcnt le laissa faire : presque toutes accueillies, les paroisscs acceptèrent la l'éforme; dans quelquesunes, elle fut mal accueillie ; on craignait que l'intendant ne voulut, par cette transformation, « tirer plusieurs moutures d'un sac ». Les habitants ne s'imaginaient pas qu'un intendant pût avoir tant de souci de leurs inlérèts et ils se demandaient « s'il n'y avait pas quelque piège caché sous cette opération (1) ». De son côté, Condorcet écrivait à Turgot : « 11 est singulier que souvent il ne soit pas besoin de courage pour nuire aux hommes ; ils se laissent tranquillement faire du mal ; mais quand on s'avise de vouloir leur faire du bien, alors ils se révoltent, et trouvent que c'est innover (2). »
(1) Dupont de Nemours, Mémoires sur lu vie et les onvraijes de M. Turgot, 1™ partie, p. 67.
(2) Œuircs deConUorcct. Corrcsimnduncc avec Tunjol, t. I, p. 17.
LA COnVÉK — LES RÉQUISITIONS SIILITAIUES 83
Cg n'était pas, en réalité, du côté des imposables que venait l'opposition à lu réforme tentée par Turgot : c'était bien plutôt du côté des avocats et des gens de loi. « La facilité, disait-il, que le voisinage de la cille donne aux habitants de mes paroisses de consulter des gens de justice, les rend méfiants sur tout ce qu'on peut proposer (1). »
Dans d'autres communes , la délibération fut refusée jusqu'à trois fois et le commissaire ne parvint à l'emporter qu'après avoir promis aux habitants que, aussitôt les rôles de l'année délivrés, leur curé vérifierait l'état des impositions, le comparerait à celui de l'année précédente et pourrait ainsi leur démontrer que le rachat des corvées ne leur occasionnerait aucune augmentation (2).
Turgot finit par avoir raison do toutes les résis- Les rouies daas
.,..■, . , ■ le Limousin.
tances. Avec le système des corvées, on ii avait pu, en quatre-vingts ans, terminer la portion de la route de Paris à Toulouse comprise dans la généralité do Limoges. — En onze ans, il fit faire 160 lieues de routes dans les pays les plus difficiles : Paris à Toulouse par Limoges ; Paris à Bordeaux par Aiigiiulême ; Bordeaux à Lyon par Limoges et Clermont ; Limoges à la Rochelle par Angoulême ; Limoges en Auvergne par Eymoutier et Bort ; il fit une partie de la route de Bordeaux à Lyon par Brives et Tulle ; une partie de celle de Limoges à Poitiers, d'Angoulème à Libourne par Saint-Aulayc ; il rendit
(1) Lcllre à Turgol de M. do Boisbodeiiil, subdéléguù h Angoulême.
(2) Noteliréo des Archives de l'intendance.