‹ Turgot et ses doctrinesChapitre 28 sur 56 · TURGOT MINISTRE DE LA MARINE · texte numérisé non relu

TURGOT MINISTRE DE LA MARINE

chroniques du temps ajoutent qu'il était fort embarrassé dans ce département « où il se trouvait tout neuf (1) ». Aussi ne voulait-il avancer qu'avec beaucoup (le pi'écaution. Il commença par réunir des mémoires sur toutes les marines des autres pays pour comparer les divers systèmes en usage et juger des améliorations qu'il pouvait effectuer en France. Des écoles de marine avaient été instituées au Havre; sa première démarche fut, dit le chancelier Maupeou dans son journal, « de s'en faire rendre compte et de juger si l'utilité l'emportait sur les inconvénients ».

S'il ne connaissait pas la marine, il savait très bien, ajoute Condorcet, la géographie comme marin, comme négociant, comme politique, comme naturaliste. Il avait étudié la théorie de la manoeuvre; il connaissait celle de la construction et de tous les arts employés à fabriquer un vaisseau, à le gréer et à l'armer. Les opérations astronomiques qui servent à diriger la route des navires, les instruments pour rendre ces opérations exactes lui étaient connus; il était en état de juger entre toutes ces méthodes. En se comparant à d'autres hommes, il eût pu se croire très instruit; mais ce n'était pas ainsi qu'il se jugeait.

« Il sentait qu'il lui mamiuait l'expérience de la navigation, l'habitude d'observer ces mêmes arts dont il n'avait pu saisir que les principes, enfin des connaissances mathématiques assez étendues pour entendre ou ap^iliqucr les savantes théories sur

(1) Jounitd historique du chaiicelier Maupeou, 1. VI, p. U9.

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lesquelles une pai'tie importante do la science navale doit être appuyée. »

Il fit payer aux ouvriers do Brest une année et demie de leur paye qu'ils ne cessaient de réclamer en vain; il abolit les impositions qui grevaient les pensions de marins et tit rendre l'argent qui avait été retenu.

Il tit traduire en français et imprimer à Paris, sous le titre do Théorie complète de la construction et de la manœuvre des vaisseaux, un ouvrage d'Euler qui avait été écrit en latin sous le titre de : Scientia navalis seu traetatus de construendis ac dirigendis navibus.

Il fit imprimer également « une traduction de l'édition allemande du traité d'artillerie de Benjamin Robins que l'illustre mathématicien avait enrichi de notes savantes (1)». Il proposa au roi d'accorder à Euler une gratification de trois mille roubles.

D'après Dupont de Nemours, il avait conçu des Législation

. ' . . etadniinistration

projets grandioses sur la législation et I adminis- des colonies. tration des colonies. Il pensait que la principale utilité des possessions lointaines devait être d'offrir un asile et du travail à l'excédent de la population parce qu'elles forment ainsi des provinces nouvelles qui viennent s'ajouter aux autres; elles permettent aussi aux capitaux de s'employer très fructueusement dans ces pays nouveaux, lorsqu'ils ne trouvent pas de profits suffisants dans l'exploitation des terres ou dans le commerce de la mère patrie.

(1) FoQcin, Essai sur Tiinjut, \i. 44.

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La politique La politiquc coloiliale des Anglais lui |iai'aissait

coloniale . . . ,,,

des Anpiuis « egoiste, iiiiuste, vexatoire (1) ».

et le commerce. . , i i- i . 1-11.

11 aurait voulu abolir le régime colonial , laisser au coninierce une liberté complète , ouvrir aux vaisseaux étrangers toutes nos possessions maritimes, moditier le système d'administration liscalc qui s'y trouvait en vigueur, et faire des îles de France et de Bourbon de grands centres commerciaux, en donnant la franchise à leurs ports et en les ouvrant au commerce de toutes les nations. Il pensait que les colonies, pour être prospères, devaient jouir de la liberté du commerce et qu'elles ne devaient supporter d'autres impositions que celles qui seraient absolument nécessaires aux frais de leur propre administration.

La culture H était iiartisau de la culture du sol colonial par

(lu sol colonial. i , , 1 -

des nommes libres, ne doutant pas que « la supériorité du travail et de l'intelligence de ceux-ci rendant la culture jiar les esclaves beaucoup ]ilus coûteuse que celle exercée librement, détruirait ainsi l'esclavage pour jamais et sans retour ("2) ».

Dupont de Nemours ajoute que le choix de l'homme qui devait diriger à l'Ile de France les établissements et les institutions que Turgot croyait nécessaires d'y installer et établir était fait et qu'il avait déjà reçu ses premières instructions.

Cette mission de conliance devait être contiée à Bernardin de Saint-Pierre (|ui axait imbliè, en IITÀ, son Voyiujc à l'Ile de Fnincc. Ami de Condorcel,

(1) Foucin, /••'.s'.vdî sur Tiinjut, p. Aô.

Ci) Unpoul do Nemours, Mémoires, t. 1, \<. l^'J.

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reçu chez M"" de Lespinasse, Bernardin fnt chaudcdement recommandé à Turgot qui iiromettait do chercher sûrement à l'emi)loyer (1). ■>

Tel fut le passage do Turgot à la Marine. Il aurait Turgot

e.'-t a[ipelé au

désiré y faire plus de bien; mais, en quittant ce conuùie ginerai

"' ' '■ ^ des finances.

ministère « il paraissait délivré d'un p(.)ids qui l'accablait». Il craignait d'avoir quelquefois à se prononcer sur des objets qu'il no connaissait pas assez, et « malgré tout ce qu'il prévoyait d'obstacles, d'oppositions, de dégoûts môme (2) ce fut avec un grand soulagement qu'il quitta ce poste «moins orageux, moins sujet que celui des finances auxinfluences de Paris et de la Cour (o) a pour accepter cekii auquel les études et les travaux de toute sa vie l'avaient préparé et dans lequel il espérait pouvoir tenter une application complète de ses idées et de ses réformes.

(1) CunJoi'cet, OEurrcs. Ed. Ai-ago, p. 1244.

(2) Condorcel, Mcmoircx^ p. GS.

(3) Dupont de Nemours, Mt'moircs, p. 138.

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