I. union des c.ipitaux
il avait eu soin de prévenir les t'undatcurs do cet établissement qu'il n'empêcherait personne de les imiter; que son intention était de laisser à tous une liberté absolue à ce sujet (i); ce qui séduisait aussi Turgot c'est que la Caisse d'escompte devait se livrer « à toutes les opérations qui tendaient à faire baisser l'intérêt de l'argent ».
La division La dicisioii clu t/'uccul cst encorc un des plus
du travail. Ses . , • i • i i-iii
résuiiats. puissants moycHs de production de richesses, bile engendre cette série de résultats : simplification, abréviation, vitesse, quantité, perfectionnement, économie dans les frais de production.
Toutes les mesures que nous avons précédemment rapiielées sont autant d'hommages indirects rendus par Turgot à ce principe. La plupart des ouvrages d'économie politique font remonter à Adam Smith l'honneur d'avoir démontré le premier les avantages économiques et sociaux de la division du travail. II suffit de lire les réflexions de Turgot sur la formation et la distribution des richesses, ouvrage antérieur de neuf ans à celui d'Adam Smith, pour voir que les deux auteurs sont complètement d'accord sur les progrès de la société qui ont amené la division du travail et les avantages qui sont résultés et ijui résulteront encore de cette division.
Les machines.
Par nKirhincs, il l'nut entendre, au point diî vue économique, tous les appareils, toutes les améliorations, toutes les réformes mécaniques, adminis-
(1) Dupont de Nemours, Hliimoircs, t. I, p. 180.
QUESTIONS ÉCONOMIQUES S'iO
tratives, législatives, qui augmentent la puissance de l'homme dans la production, soit en suppléant à son travail jiar remjiloi des forces naturelles, soit en multipliant ce travail ou en l'utilisant d'une manière plus efficace.
Si Turgot avait connu les mcrvcillos di' l'industrie moderne, s'il avait }iu voir (|uollo inlhience considérable les progrès mécani(|U('S, les grandes découvei'tes du dix-neuvième siècle, la vapeur et l'électricité , ont exercée dans le monde entier, son opinion, nous en sommes convaincu, eût été absolument conforme aux maximes actuelles de l'économie politique.
Il n'en pouvait être autrement de l'intendant qui faisait améliorer les routes de sa généralité et en créait d'autres plus rapides et plus commodes; de l'administrateur qui faisait distribuer des métiers aux femmes que les travaux du ménage retenaient à leur logis ; du ministre c(ui accordait une gratification par chaque mulet ou cheval propre à la charrue et au labour (1) ; du savant qui s'occupait de géométrie avec l'abbé Bossut, de mécanique et de physique avec l'abbé Rochon qu'il aidait de ses conseils « pour l'invention ào, plusieurs machines ingénieuses qui ont été mises sous les yeux de l'Académie des sciences et ont mérité son api)robation C^)». Turgot, s'il avait traité spécialement ce sujet des machines, ne se fût pas écarté des doctrines économiques que l'on professe de nos jours.
(1) AiTÛt du Coiisoil (l'Etat du 8 janvier 1775. (a) Mémoire sur la vie el sur les ouvvages de M. Turgot. Pliiladelpliie, 1782.
Montesquieu et Turgot.
Aurait-il pensé, comme Montesquieu, que n les machines dont l'objet est d'abréger l'art ne sont pas toujours utiles; que si les moulins à eau n'étaient pas partout établis, ils ne seraient pas aussi utiles qu'on le dit, parce qu'ils ont fait reposer une intinité de bras, qu'ils ont privé bien des champs de l'usage des eaux, et ont fait perdre la fécondité à beaucoup d'autres (1) » "^
Découvertes et inventions.
Assurément non. Les dccoucertes et iiwetitions, les procèdes moraux ou matériels ayant pour résultat final de faire mieux, plus vite et à meilleur marché dans toutes les branches de l'activité humaine, auraient reçu son approbation et ses encouragements.
l in.
La distribution , La dcuxième grande division de l'économie poli-
l'échangc; et . . .
la circulation des tique Comprend Ics questions qui se rapportent a la distribution, l'échange et la circulation des richesses.
r.fîgles
qui rè;;issent la
production
des ricliesses.
Cette étude complète celle de la production. Nous allons rechercher si Turgot a méconnu les règles qui la régissent, c'est-à-dire Vcehaïuja, opération commune à toutes les industries, les reliant entre elles et servant de débouché à la production.
Les opérations de crédit qui facilitent l'emploi des capitaux, « les font sortir des mains où ils chôment
(1) Esprit iles luis, l. XVIII, oh. xv
pour passer dans celles i|ui les font fructifier (1) » et multiplient l'activité sociale tout entière.
ha iiiu/uKiic qui sert à traduire la valeur en jirix et n'est pas, comme on le dit vulgairement, la richesse, car « elle n'en est qu'un des (Méments, son dénominateur commun, sa représentation, son véhicule (2) » .
Enfin, la liberté des échanges, par opposition aux systèmes connus sous le nom de balance du commerce ou système mercantile, et système protecteur ou prohibitif — c'est-à-dire, au point de vue international, la libre faculté qu'ont les producteurs ou commerçants d'une nation de porter leurs marchandises sur les marchés étrangers et, réciproquement, celle qu'ont les producteurs ou commerçants étrangers d'apporter leurs produits sur les marchés de cette nation.
Qu'est-ce que X'ccIiuikjc f C'est l'acte par lequel L'échange. un homme se procure ce dont il a besoin contre remise à un autre individu d'un produit qu'il a à sa disposition.
La multiplicité des besoins a amené l'échange des productions de la terre contre d'autres productions; la nécessité des préparations a amené l'échange des jjroductions contre le travail. C'est ainsi « que le besoin réciproque a introduit l'échange de ce qu'on avait contre ce qu'on n'avait pas. On échangea une denrée contre une autre, les
(1) J.-U. Say, Traili' d'dconomie politique, p. 507. Eiiilioa Guillaumin, 1881.
(2) Frédéric Passy, Journal des économistes, p. 24, juillet 18S3.
denrées contre le travail (1) » . Il n'y a pas de plus courte ni de plus juste définition. Turgot qui pensait que la propriété est la base de toute société considérait que l'échange en était le lien indispensable. Nulle production n'est possible sans échange; c'est par l'échange que les hommes se procurent les produits et les services qui leur coûteraient trop cher par la production directe ou ceux qu'ils ne pourraient même pas obtenir ainsi. Un laboureur, dit Turgot, « tuera-t-il un bœuf pour avoir une paire de souliers"? coupera-t-il un arbre pour se faire une paire de sabots f On peut dire la même chose de tous les autres besoins de chaque homme, qui, s'il était réduit à son champ et à son travail, consumerait beaucoup de temps et de peines pour être très mal équipé à tous égards et cultiverait très mal son terrain (2). »
Cette même pensée, qui démontre les avantages sociaux de l'échange, se trouve développée par Adam Smith dans la conclusion de son premier chapitre sur la division du travail (3). « Observez, dit-il, dans un pays civilisé et florissant, ce qu'est le mobilier d'un simple journalier ou du dernier des manœuvres, et vous verrez que le nombre des gens dont l'industrie a concouru pour une part quelconque à lui fournir ce mobilier, est au delà de tout calcul possible. »
(1) E. Daiva, Ih'/lcxions sur la formai ion cl la distribiitioii des richesses (Œuvres de Tunjut), t. I, p. 23.
(2i E. Dairc, lic/texions sur la formalion et la dislribuiioii des richesses [Œuvres de Turgot), t. I, p. 9.
(3) Adam Sniilli, Heche.rches sur la nature el les causes de la richesse des nations, liv. 1, ch. i, p. 102. Paris, 1851).
Plus tard, dans ses Harmonies ccoiioinit/iies, Frédéric Bastiat s'inspirera de Turgot et d'Adam Smith, eu montrant de la façon la plus expressive comment, par suite du développement des échanges, chaque membre do la société, même s'il est d'une condition inférieure, reçoit intinimcnt [)lus d'avantages qu'il n'en procure à ses semblables; consomme <( dans une seule journée des choses ([u'il ne pourrait iiroduire lui-même dans dix siècles... a plus de satisfactions en un jour qu'il n'en pourrait [H'oduire en plusieurs siècles (Ij >.
Turgot a expliqué admirablement le mécanisme Le mécanisme
, ,,. , , r • 1 • • il Je l'échange.
de I ecliange et en a analyse les princqies et les conséquences. La naissance du commerce est venue du besoin des échanges; les produits ainsi échangés se sont placés ou écoulés en échange d'autres produits ou services; il a fallu créer des (Icboiichcs ou marchés pour la vente de ces produits.
La inomiaie intervient à son tour dans l'échange. La monnaie,
- , ,, i i 1 11- .ses fonctions,
« L or et 1 argent sont deux marchandises comme les son roie
et ses qualités.
autres et moins précieuses que beaucoup d'autres, puisqu'elles ne sont d'aucun usage pour les besoins de la vie (2). » Les deux propriétés essentielles de la monnaie sont « de servir de commune mesure de toutes les valeurs et d'être un gage reprèstMitatif de la commune mesure de pareille valeur ». Tous les métaux, dès qu'ils ont été découverts, ont été admis
(1) Bastial, lluniwnU'S i'co no iniques, ch. i"'', Orgauisalifiii naturelle.
(2) RélUxionn sur la formation et la (lixlribulioii dt-s richesses.
dans les éclianges, à raison de leur utilité réelle. Comme ils sont susceptibles de toutes les divisions imaginables, il n'y a aucun objet dans le commerce dont la valeur, petite ou grande, ne puisse être cxactenicut pavée par une certaine rpiantité de métal. A cet avantage de se prêter à toutes sortes de divisions, ils joignent celui d'être presque inaltérables, et ceux qui sont rares, comme l'or et l'argent, ont une très grande valeur sous un poids et un volume très peu considérables.
L'or et l'argent, par la nature des choses, se sont constitués monnaie et monnaie universelle, « et cela sans aucune convention arbitraire des hommes, sans rintcrventioii d'aucune loi ». Leur usage, comme nionnaie, en a augmenté la valeur comme matière. Us varient de prix, comparés avec les autres objets du commerce, et entre eux, à raison de ce qu'ils sont plus ou moins abondants. Quand une denrée est chère, on dit iju'il faut })lus de métal pour l'acquérir; on dit (ju'clle est à meilleur marché, quand il en faut moins; maison pourrait dire tout aussi bien que c'est l'argent qui est à meilleur marché dans le premier cas, et plus cher dans le second. L'usage des payements en argent a donné lieu à la distinction entre le vendeur et l'acheteur : « le vendeur était celui (pii donnait la denrée pour de l'argent et rachctcur celui (pii donnait l'argent jinur avoir la denrée ».
Cette succincte ;uialysc du mémoire de Turgot suffit à démontrer cju'il est un de ceux qui ont le mieux compris les fonctions de la monnaie, son rôle et ses qualités.
Il a posé comme principe que la valeur des monnaies ne peut être arbitrairement llx.ee; que les métaux précieux sont à la fois le signe et le gage des marchandises; qu'ils en sont la mesure la plus commode, malgré leur dépréciation progressive ; que l'or et l'argent ne constituent pas seuls la richesse. Sur tous ces points, la théorie de Turgot est aussi complète que le comporte la science d'aujourd'hui.
L'économiste qui connaissait et définissait avec autant do précision le mécanisme des échanges, le rôle de la monnaie, ne devait pas méconnaître les avantages du crédit et des opérations qui en sont la conséquence, dans la distribution et la circulation de la richesse. C'est encore dans ses Réjlexions sur laj'ormationet la distribution des richesses que nous chercherons quelques-unes de ses doctrines sur le crédit.
Turgot montre l'emploi des capitaux dans le commerce et dans l'industrie et dépeint avec une extrême justesse, la manière dont le commerce s'est établi; comment il serait impossible d'entreprendre un commerce sans des avances de capitaux proportionnées à son étendue. « C'est cette avance et cette rentrée continuelle des caiiitaux qui constitue, dit-il, ce qu'on doit appeler la circulation de m circuiaiion l'argent, cette circulation utile et féconde qui aniixie et i.i circulation tous les travaux de la société, qui entretient le mouvement et la vie dans le corps politique, et qu'on a grande raison de comparer à la circulation du sang dans le corps animal. »
Toutes les entreprises de travaux, surtout celles de t'abri(]ue et de commerce, n'ont [)U être que très
du San"
356 QUESTIONS KCONOMIQUKS
bornées avant rintroduction de Tor et l'argent dans le commerce ; et comme les ca^ntaux « sont la base indispensable de toute entreprise », puisque l'argent est un « moyen principal » pour économiser de petits gains, amasser les profits et s'enrichir, ceux qui n'ont point de caintaux, mais veulent travailler, partagent volontiers les profits de leurs entreprises avec les capitalistes qui leur fournissent les fonds dont ils ont besoin. D'où cette conséquence : la liberté du prêt de capitaux à intérêt. On peut louer son argent aussi légitimement qu'on peut le vendre. Toute limitation du taux de prêt est une violation de la propriété, nuisible au prêteur, à l'emprunteur et à la société en général (1).
iiinuence C'cst cncorc à Turgot que nous devons la démons-
de l'inlérei des • i n- r< i n •
capiuux. tration de 1 niriuence de 1 intcrèt des capitaux élevé ou bas, sur le commerce et riiidiistrie. D'après lui, la baisse de rintérèt des capitaux est le résultat de leur abondance et de la prospérité d'un pays; elle est aussi une des causes les plus efficaces de cette prospérité.
Nous avons déjà cité l'heureuse comparaison par laquelle il démontre que l'abondance des capitaux ranime toutes les entreprises, et que le bas intérêt de l'argent est tout à la l'ois le fait et l'indice de cette abondance. Mais aucune comparaison n'est strictement exacte, et les doctrines économiques ne sont plus, de nos jours, aussi absolues, sur ce point, que celles de Turgot.
(1) liéfli'.rions sur la formation et lu ilislril'ulion drx richoxses. Mémoire sur les prèls d'argent.
QUESTIn^'S ÉCONOMIQUES 357
Il peut so faiiv, en elTot, que la hausse de rintôrèt soit un bon indice; quand cette hausse résulte du développement des affaires commerciales et industrielles, de la concurrence des entrepreneurs de travail qui sollicitent le capital; mais, par contre, la baisse du taux de l'intérêt de l'arg'cnt peut être un fort mauvais signe, rpiaud elle résulte de la langueur industrielle et de la difficulté de trouver un placement pour les capitaux.
Turgot, du reste, a très bien défini les causes Les causes
. • 7 7j ■ / . r^ • ., de la variation
générales de la varration de l intérêt. Le prix, a-t-il de rintéra. dit, dépend immédiatement du rapport do la demande des cmjinintcurs avec l'offre des prêteurs; ce rapport dépend principalement de la quantité des richesses mobilières accumulées par l'épargne des revenus et des produits annuels pour en former des capitaux.
Il est indifférent que ces capitaux existent en métal ou en autres effets, pourvu que ces effets aient une valeur dans le commerce. Ce sont ces épargnes accumulées, ajoute Turgot, « qui sont offertes aux emprunteurs, et plus il y en a, plus l'intérêt de l'argent est bas, à moins que le nombre des enq)runteurs soit augmenté à proportion ». C'est, en somme, la loi de l'ulf'i-c et de la demande qui se produit entre i.a i»!
■-' ^ '■ , do l'ollre el d^
les possesseurs et les « employeurs » de capitaux, i» demande, selon l'expression de J. Garnier (I); et cette loi peut être ainsi formulée : « L'intérêt ou le loyer du capital s'élève ou s'abaisse en raison inverse de
(1) J. G.ni'iiicr, Ti'uiW 'l'cconoDiu' iiuliiiqiii', ch. xix, p. û25.
la quantité des capitaux disponibles, et en raison directe des emplois que Tindustrio leur offre. »
La sagesse Turgot a iudiqué aussi, avec grand talent, les
dans , "",,.. .
l'adminisiraiion. avautagcs quc la sagesse dans 1 admniistration,
l'économie dans les dépenses, procuraient à un
L'espril pays : « L'esi^rit d'économie dans une nation tend à
d'économie.
augmenter sans cesse la somme de ses capitaux, à accroître le nombre des prêteurs, à diminuer celui Le luxe. dcs emprunteurs; l'habitude du luxe fait précisément le contraire (1). » Ainsi, travailler et économiser, épargner pour acquérir, capitaliser et amasser encore davantage, éviter les folles dépenses, rester maître de ses passions, de soi-même, telles sont les prescriptions qui se dégagent à chaque instant des œuvres de Turgot, prescriptions que l'économie politique a depuis longtemps adoptées et suivies.
Les avantages Lc bas prîx dc l'IutérAt de Tarifent a été, iiour
du bas prix '" *
''^ r'ar'ent' '''^ Turgot, uuc préoccupatîon constante, car il voyait dans cet abaissement du loyer des capitaux une source de bienfaits pour le pays.
Coiuersinn d'emprunts.
C'est à ce sentiment qu'il obéissait, lorsqu'il autorisait les États de Bourgogne et du Languedoc à rembourser des emprunts contractés au denier 20 pour emprunter à nouveau au denier 25, c'est-à-dire rembourser des capitaux qui coûtaient 5 0/0 pour en emprunter d'aulrcs à i 0/0 (2); lorsqu'il appruu-
(1) lii'Pi'xions sur lu formiilion cl lu (lislrilni iiin' dex richessex, l LXXX.
(2) Ari'Gls do décembre 177j el février 177o.
vait la crcalioii de la Caisse d'escompte dmit le Iml était de « faire baisser l'intérêt de l'argent »; lorsqu'il négociait avec des capitalistes hollandais un emprunt à i 0/0 pour rembourser des prêts qui coulaient au Trésor un intérêt bien plus élevé.
Au point de vue linancier, les maximes de Turgot Maximes nnan-
oit'res
sont l'ordre et l'économie. Lorsqu'on les compare de coiiipit
el de Turgot.
à celles de Colbert, on remarque que, sur la matièrc des finances, il n'y a pas de différence entre les oj)!nions de ces deux ministres.
On peut rapprocher les mémoires sur les affaires do finances de Colbert du programme de Turgot, lorsqu'il fut appelé au Contrôle général; les principes financiers sont les mêmes (1).
De même que Colbert, Turgot voudra aljolir 1rs ordonnances du comptant, les affaires extraordinaires, c'est-à-dire tous les emprunts déguisés ou toutes les dettes flottantes; il mettra en régie ^ilusieurs fermes; il réduira le nombre des places inutiles, les offices de finances et de greniers à sel, et comme son illustre modèle, il procédera avec la même sagesse, la même modération et la même justice; le décès ou la démission des titulaires d'un même emitloi entraînait l'extinction de leurs charges, et il n'était conservé qu'un seul office par arrondissement.
Le remboursement des offices supprimés se fai-
(1) Comparez : Mémoires pour rendre compte au Roi, etc. Manuscrits, supplément français 3695 (avril 1GG3) ; d» n" 3G92-2 i Mémoire pour rendre compte au lîui de l'estat de ses niiniieesi. — Lcllre de Tiiryut au Roi (août 177'i). Œuores de Turyot, I. H, p. IGû.
360 QUESTIONS ÉCON'OMIQUES
sait de la même façon que sous Colbert. Tous deux enfin ont coniju-is qu'il n'y avait pas, pour un État, de partie plus importante que celle des finances. « C'est une matière, disait Colbert, qui entre en toutes les affaires, soit qu'elles regardent la subsistance de l'Estat en son dedans, soit qu'elles regardent son accroissement et sa puissance au dehors, par les différents effets qu'elle produit dans les esprits des peuples pour le dedans, et des princes et Estats estrangers pour le dehors (1). »
Ecoutons maintenant Turgot : c Tant que la finance sera continuellement aux expédients pour assurer les services, écrit-il au Roi, il n'y aura aucune amélioration possible, ni dans les impositions pour soulager les contribuables, ni dans aucuns arrangements relatifs au gouvernement intérieur et à la législation... C'est de l'économie que dépend la prospérité de votre règne, le calme dans l'intérieur, la consicli' ration au de/tors, le bonheur de la nation et le vôtre (2). »
L'ensemble des moyens de crédit qui facilitent et multiplient la circulation et par contre la production, la distribution et la consommation de la richesse, qu'il s'agisse de la monnaie, des signes représentatifs des monnaies, ou des opérations de finances qui peuvent être utiles, a donc été connu, expliqué par Turgot.
la hho.né ^' ""^is a laissé également sur la liberté des
des ('('linnge'!
A l'intiTieur et ,.,.,,. , ., .• i /- «i ■, i- i
avec (1) Mémoires sur la silualioii des finances, Manuscnis, suppleiueiil
l'élrangor. français SGOô, avril 1G73. ^'oir notre ouvrage: Collitrl el son Temps,
l. I"', cliap. 1", p. 4S el siiiv.
(2) Loltre au roi, aoùl 1774.
échanges, qui sont une des grandes questions se rattacliant à la distr-Undion des ricliesses, des enseignements préeieux. Nous avons vu plus haut que Turgot considérait la liberté comme la loi du travail; (juc la lihcrté du li-a\ail, la libre cdncurrence, étaient la conséquence du |irincii>e de pi'opriété. Nous avons dit que la Ubcrtc du tracail comprenait la liberté du commerce intérieur et extérieur, la liberté des échanges avec l'étranger.
A (juelque époque que l'on étudie les actes de Turgot, soit dans sa jeunesse, soit dans son âge mûr, on constate l'ardeur de ses convictions sur la liberté des échanges soit à l'intérieur, soit à l'extérieur du pays.
Dans son éloge de Gournay, dans ce jiieux hommage qu'il rend à la mémoire d'un maitre et d'un ami — auteur de la célèbre formule du Laisser faire et laisse:: passer, — Turgot fait ressortir, de la façon la plus éloquente et la jilus convaincante, les avantages qui résultent pour l'État, pour les producteurs et les consommateurs, de la liberté commerciale.
Dans sa traduction des Questions importantes sur le commerce de Josias Tucker, c'est encore la liberté qu'il défend. Dans une Ictti'C à l'abbé Torray sur la marque des fers, c'est la liberté du commerce international, liberté universelle et générale, qu'il défend aussi contre les préjugés ]iopulaircs et les restrictions des gouvernements. Il sait ijuc cette liberté du commerce est méconnue, menacée par des prohibitions, des droits élevés, des entraves de toute nature; mais, à ses yeux, elle doit être défendue par les mêmes raisons de justice qui militent en faveur
rn voiiI;uU nuire ;iux autres
ou S(3 lUllL
il sni-mt'Uic.
du droit de propriété, de la liberté du travail, de la liberté de l'acheteur et du vendeur, de la liberté du commerce intérieur. « Quelques sophismes que puisse accumuler l'intérêt particulier de quelques commerçants, écrit-il, la vérité est que toutes les branches de commerce doivent être libres, cfjalcrnciit libres, entièrement libres ;
I Que le système de quelques politiques modernes, qui s'imaginent favoriser le commerce national en interdisant rentrée des marchandises étrangères, est une pure illusion;
« Que ce système n'aboutit qu'à rendre toutes les branches de commerce ennemies les unes des autres, à nourrir entre les nations un germe de liai lies et de guerres, dont les faibles effets sont mille fois plus coûteux aux peuples, plus destructifs de la richesse, de la population, du bonheur, que tous les petits profits mercantiles qu'on imagine s'assurer ne peuvent être avantageux aux nations qui s'en laissent séduire.
« La vérité est qu'en coulant nuire aux autres on se nuit à soi-même^ non seulement parce que la représaillc de ces prohibitions est si facile à imaginer que les autres nations ne manquent pas de s'en aviser à leur tour, mais encore parce qu'on s'ôte à soi-même les aoaiitages inappréciables d'un commerce libre (1). »
Cette lettre date (hi "21 décembre 177;!; quelques
(I) E. Daii'c, LeUn à l'ahbt^ Terrai/ sur lu mnrqne ili's fers [Œnrres de Tiirgot , t. I, i). ;Î8.!, 2i ilô^embi-c [713.