COD
damnée.
.,„,,,. . Liberté
ceux-ci la faculté de s unir pour tyranniser a leur des patrons et
tour les marchands et les fabricants et leur imposer leurs conditions. 11 n'entendait point renverser simplement les règles et déplacer l'oppression sans la détruire. En affranchissant les uns, il mettait en même temps les autres à l'abri des représailles.
des ouvriers.
(1) E. Daire, Œuvres de Tiinjut, Édit sur les jurandes, l. II, p. 311.
S'associer; S'cissocicr, c'cpt s'uiiii" Cil vuc (l'unc actioii dura-
coaiiser. l)le (;t conliiiue; se coaliser c'est s'unir passagèreiiieiil en vue d'un résultat à obtenir à bref délai : Turgot ne voulait mettre aux mains des patrons ni dans celles des ouvriers aueim de ces moyens de pression.
Opinion II n'était i)as seul d'ailleurs à redouter les dangers
confoimodAdam , ,, . . i u
sniiiii. de 1 association ou de 1 entente. Un autre économiste, non moins libéral, non moins illustre, formulait vers le m(Mne tem))S une opinion toute semblable : Adam Smith considérait comme nuisibles toutes les assemblées de métiers.
0 II est rare, écrivait-il (1), que des gens du même métier se trouvent véiuns, fût-ce pour quelque partie (le plaisir ou pour se distraire sans que la conversation finisse par quelque conspiration contre le jjublic ou par quelipie machinatiou jioui' faire hausser les prit. Il est impossible, à la vérité, d'empêcher ces réunions par une loi qui puisse s'e.xécuter ou qui soit compatible avec la liberté et la justice; mins si la loi 110 peut]>as eni}iècher des gens du mi'me métier de s'assembler quelquefois, au moins no devrait-elle rien faire pour faciliter ces assemblées, et bien moins encore pour les rendre nécessaires. »
En quoi difrèrent ^-^ sculc dilTércnce à relever entre les idées du idées rie^Tiirgot grand miuistre français et celle du célèbre écono-
el relies . . ' .
d'Adam smiiii. mistc écossais sur cette question, cest qu Adam
(1) Rechi'rchc sur la nature et les raiixat de la rirhrs.ir dm mtions, livi'c I^', cliap X.
QUESTIO.N'.S SOCl.VLES
Sniitli ne croit pas que l'interdiction de l'association puisse être inscrite dans la loi, tandis que Turgot n'hésite pas un instant à l'y faire entrer, à en faire même la condition nécessaire de la libération qu'il effectue. A ses yeux, cette impossibilité pour les uns, comme pour les autres, de s'unir et de se concerter, c'est la liberté même : liberté du patron, liberté de l'ouvrier, et liberté aussi du consommateur qu'on ne rançonnera plus, du moins de cette façon ; il est certainement convaincu que, sans cette défense, on roulera bientôt dans la même ornière. Tyrannie d'en haut, tyrannie d'en bas, lui sont également réiiulsivcs.
La Révolution française ado})ta pleinement les Tm-ot
, ,., , , ' Il ,.,.,. ., et la Itoiulutioii.
prmcipes de lurgot et sembla, en ces dithcnes problèmes, l'avoir suivi en quelque sorte pas à pas. Nous avons vu comment elle appliqua, en les exagérant quelque peu, ses idées sur l'assistance et les travaux de charité. Si elle le dépassa en ce qui touche le droit au tracail, elle eut la même conce])tion et le même respect du il /-oit de ti'avaiUcr.
Quand l'Assemblée constituante reprenant le pro- i/Assembiée
coiisUluante et
jet de Turgot, discuta la question des jurandes, . les
•' . . jurandes.
d'Allarde (on écrivait alors Dallarde) (1), rap[)orteur du couulé des contributions publiques, enqjrunta au ministre regretté non seulement ses arguments, mais jusqu'à ses paroles. En lisant son rapport, on croit relire le préambule de l'édit de Turgot.
(1) Lo bnroii d'Allardu, depulii do la Nublossc poui' le liaiUiagc de Saiut-Pierre-le-Mouslicr.
Rapport « La faculté de travailler, dit-il, est un des pre-
de d'Allarde, . , • i 1,1 ^ 7 -, ^ • .^ •
séance uiiers droits dc 1 homme. Ce droit est sa proprictc,
dulofévr[erl79I . . -' , .,
et c'est, suivant l'expression de ce mmistre philosophe, qui avait devine quelques-unes de vos pensées, c'est sans doute la première propriété, la plus sacrée, la plus imprescriptible. »
Et, à son tour, il expose la question à l'Assemblée comme Turgot l'avait fait lui-même à Louis XVI quinze ans auparavant.
« Couverts de la poussière des siècles, ajoute-t-il, ces abus exercèrent leur funeste activité jusqu'au temps où un Turgot parut; il éclaira le Roi un moment et, un moment, ces abus cessèrent d'être. Ils se relevèrent bientôt; le temps n'était pas encore mûr pour ces idées. Les parlements regrettaient les procès; les princes regrettaient les privilèges qu'ils avaient de faire échapper, moyennant finance, quelques sujets à la police des jurandes. Un arrêt du Conseil détruisit le fruit d'un des plus beaux édits qui aient honoré le commencement du règne du Boi, et rétablit les jurandes, les maîtrises, les communautés d'arts et métiers. »
Lo droit de Lc rapportcur, cntin, i)arlant de rétablissement
patente ' ' . . ....
etraboiitiondes ,l^ droit de patente, faisait ressortir combien il était
jurandes. -'
avantageux pour tout homme voulant exercer un commerce ou une industrie quelconque de n'avoir à paver « qu'une redevance annuelle proportionnée à l'étendue et ;ui succès de leurs spéculations, augmentant, diminuant, cessant avec elles », au lieu des capitaux considérables qu'il fallait débourser pour être admis dans une jurande, (pii ne don-
nait le droit de faire qu'un seul métier, qu'un seul commerce. Le droit de patente d'ailleurs devait être tarifé dans des proportions tellement modérées que « ['"obtention de cette patente serait toujours accessible ».
Même en frappant cette taxe légère et d'ailleurs très légitime sur le commerce, on ne s'écartait point des vues et des intentions de Turgot qui eût vivement applaudi le rapport présenté par d'Allarde et les votes des constituants.
Dans la séance du lendemain, en effet, l'Assem- séance du blée nationale adopta le projet présenté par le comité, établit le droit de jjatente et prononça définitivement cette fois l'abolition des maîtrises, des jurandes et des communautés.
La Révolution française, avec Turgot, a donc dious u'associa-
1 Ml ■ ■ i-i 1 • tioll, da
pensé que le travail devait être libre et les ouvriers réumon et de
coulitioa.
rendus absolument indépendants.
Ira-t-elle plus loin que Turgot; leur reconnaîtrat-elle aussi le droit de s'associer, de se liguer, de se coaliser?
En aucune façon. Ce droit, elle le leur refusera d'une façon catégorique.
Voici comment, devant cette même Assemblée séance constituante, dans la séance du l\ juin 1701, s'exprimait Chapelier, au nom du comité de constitution.
« 11 doit être, sans doute, permis à tous les citoyens Discours
... , . . do Chapelier au
de s assembler; mais il ne doit pas être permis aux nom du
comilc de cons-
citoyens do certaines professions de s assembler tiiuiion.
pour leurs prétendus iiitércis communs. Il n'y a plus de corporations dans l'État; il n'y a plus que l'intérêt particulier de chaque individu et l'intérêt général. // n'est permis à personne d'inspirer aux citoyens un intérêt inter-médicdre, de les séparer de la chose publicjue par un esprit de corporation. »
Le droit do réunion restait donc un droit purement politique ; mais l'Assemblée législative n'admettait pas que la réunion pût avoir pour but de grouper des intérêts commerciaux et industriels, de reconstituer des associations qui, sous une formule quelconque, n'eussent été que des communautés professionnelles.
Le fait, d'ailleurs, qui avait provoqué les décisions du comité de constitution et les déclarations de Chapelier leur prêtait une signification fort nette. Il s'agissait de réunions qui avaient sollicité l'autorisation nécessaire pour se concerter sur les moyens de venir en aide aux. ouvriers de la même ]>rofession. Elles se proposaient, prétendaient-elles, de créer des caisses de secours. Cet aspect charitable de l'association entre artisans ne séduisit pas le comité de constitution.
napprochement P^r uu rapprochement aussi bizarre qu'imprévu,
droitaùriavaiiet \g d/'oit au travail et le droit de travailler i^G trou-
dioit (le tra- vêreut invooués conjointement, dans une connexité
vailler. . ^ •' . , . .
ctniitc, iidur coïKlaniiii'r le droit d'associalidii professionnelle. La liberti' du travail d'une \r,\vi eût semblé menacée si les coi'porations se reconstituaient sous une autre forme ; le principe du droit au travail à'-M\\vv part, dés qu'il était aduiis et appliijué.
devait remédier aux souffrances de l'ouvrier pauvre. Le raisonnement de Chapelier est fort simple et tient en quelques lignes.
« Les assemblées dont il s'agit, disait-il, ont présenté, pour obtenir l'autorisation de la municipalité, des motifs spécieux; elles se sont dites destinées à procurer des secours aux ouvriers de la même profession, malades ou sans travail; ces caisses de secours ont paru utiles; mais qu'on ne se méprenne pas sur cette assertion; c'est à la nation, c'est aux officiers publics, en son nom, à fournir des travaux à ceux qui en ont besoin pour leur existence et des secours aux infirmes. »
Ainsi dans la pensée des constituants, dès l'instant que l'État prenait charge des ouvriers sans travail ou impotents, l'assistance collective n'avait plus aucun motif de s'exercer, et aucune réunion n'avait à se former dans ce but. L'association professionnelle était ainsi repoussée même à titre d'exception, même à titre d'œuvre philanthropique.
Les déclarations portées àla tribune, le li juin 1791, au nom du comité de Constitution, ne faisaient réellement que poser les conclusions qu'une logique excessive tirait des principes professés par Turgot et introduits par lui, jiour la première fois, dans la pratique. Sur certains points sans doute, celui-ci eût trouvé qu'on le faisait aller bien au delà de sa pensée; il n'en est pas moins vrai que ses écrits et ses actes, ses mémoires et préambules d'édits et ses édits eux-mêmes, nous venons de le prouver pièces en main, contenaient en germe tout ce que la Révolution française consacra et sanctionna.
Les principes de Les hommes politiques, les économistes et les Révolution et publiclstes qui, dans la seconde moitié de notre
idées actuelles, dix-neuvième siècle, se sont spécialement adonnés à l'étude des besoins de la classe ouvrière, ne se sont point fait illusion sur les idées de la Révolution, non plus que sur celles d'Adam Sniilli et de Turgot.
M.ÉmileOllivier tt i T,ri
et les Un homme d h,tat, orateur puissant, dont on peut
idées de Turgot. .
dire qu'il fut, lui aussi, un ministre philosophe et un ministre malheureuN:, M. Emile OUivier, repoussa énergiquement les conclusions de Turgot, d'Adam Smith et de la Kévolution.
Quand, en 1864, il fut désigné comme rapporteur du projet de loi sur les coalitions, dont il avait été le plus actif promoteur, il protesta dans son savant et éloquent rapport contre les principes des deux économistes et des disciples qu'ils trouvaient au sein de la Constituante. Il s'en }iiit directement au discours de Chapelier.
«Nous saisissons à son origine, écrivait-il (1), dans cette théorie exposée par Chapelier, l'erreur fondamentale de la Révolution française. De là sont nées les mauvaises lois sur l'association, les décrets rigoureux contre les compagnies financières, les caisses d'escompte, les compagnies d'assurance, de commerce ou de manufactures (Décrets des 14 août 1790, 2i août 1793, 17 vendémiaire an II, 13 frimaire an III, etc.). De là sont sortis les excès
(1) liapjHirl sur la tlbcrW, tics coalitions de patrons et d'ouvriers, pré.senté à la Cliambrc dts Dciputés par M. Kmile Ollivier, 22 avril 18G4.
de la centralisation, l'extension démesurée des droits sociaux, les exagérations des réformateurs socialistes; de là procèdent Babeuf, la conception de l'État-Providence, le despotisme révolutionnaire sous toutes ses formes; là se découvre, comme le fruit dans la fleur, la doctrine de l'omnipotence souveraine des gouvernements qui nous a envahis presque tous, et dont l'action continue, quoique souvent insaisissable a produit la confusion dans les idées, le trouble dans les conduites et la perversion des saines idées de pouvoir et de liberté. »
Cette énergique protestation touche à bien des Turgot
. . . et la législalion
questions brûlantes encore aujourd liui, après vingt aciueiie. années écoulées, et dont la discussion ne saurait trouver place ici. Nous ne faisons point une œuvre de polémi(|ue; nous nous efforçons de faire œuvre d'historien. Nous n'avons donc pas à examiner quelle est la portée des effets qu'a produits l'exercice des droits d'association et de coalition. Nous nous bornerons à constater ce que, de nos institutions sociales, Turgot eût certainement repoussé.
Nous avons dit déjà, mais avec quelque réserve, que le droit au travail n'eût probablement pas été admis par lui à dater du jour où l'ouvrier eût joui de droits politiques, eût pris part au gouvernement et au pouvoir souverain. Nous n'avons émis cette opinion que comme une hypothèse très vraisemblable et que justifie en effet tout ce que nous savons des pensées de Turgot sur la destinée du peuple et l'amélioration de son sort.
Nous n'avons pas les mêmes hésitations en ce qui
concerne les droits d'association et de coalition; Turgot les refusait à des ouvriers considérés comme mineurs et incapables au point de vue politique; à plus forte raison les eùt-il refusés aux citoyens actifs de 1791, à ceux de ITOS, aux ouvriers de 1848, enfin aux citoyens de '1864 et de 1884 que le suffrage universel a investis d'une part égale de souveraineté.
Turgot, tel que nous le connaissons, logicien sévère, économiste rigide, philanthrope prudent, n'eût certainement encouragé ni approuvé la loi récente, non plus que toute autre loi, en faveur des syndicats professionnels, qu'ils fussent formés entre les patrons ou entre les ouvriers. 11 eût trop craint de voir revivre sous une autre forme ces communautés oi)pressives dont il regardait la destruction « comme un des plus grands biens que le Roi pût faire à ses peuples ».
Turgot et les Qucl quc soit d'ailleurs le jugement que l'on porte
classes . .
laborieuses, sur ccux des actcs de Turgot qui ont eu pour objet les conditions sociales, quelles que soient les appréciations très diverses, très opposées qu'en juiissent faire nos différentes écoles socialistes et communistes, ce qu'on ne saurait suspecter, ce qui mérite l'admiration unanime ce sont les efforts du pen.seur, les sentiments et les intentions du pliilosophe, les tentatives courageuses et libérales du grand ministre.
On peut hautement at'linner, parce qu'on j)eut en même temps le démontrer par mille preuves irrécusables, qu'il n'y eut pas un seul des besoins du
peuple (jii'il n'eût étudié et qu'il ne s'efforçât de satisfaire.
11 voulait que les plus [lauvres pussent trouver le naaiisde la vie
l'A * 1 I 1 11 !• . domestique,
bien-etre même dans leur humble condition et que celle-ci leur parut assez douce pour qu'ils ne cherchassent pas à en sortir violemment; et ce bien-être qu'il rêvait pour eux embrassait toutes les parties de la vie domestique.
Il voulait le travailleur sain et bien portant, exempt samù; hygiène. des maladies que cause la misère, et il chargeait une commission médicale d'étudier les épidémies, les maladies populaires, les jirécautions d'hygiène à conseiller et à répandre; il voulait que le fils du Naissance des
T • -1 enfants.
pauvre naquit dans les meilleures Cdiiditioiis et il s'efforçait d'assurer aux mères les soins de bonnes sages-femmes. Il voulait que la subsistance du Alimentation de
/■■ 1 1 • 'Il l'ouvrier.
pauvre lut abondante, peu conteuse, substantielle et saine; aussi encourageait-il l'élevage des bestiaux, l'étude de leurs maladies. In libre cii'culation des grains entre les diverses provinces, rim})ortation des blés étrangers.
L'abolition des conimunautés en remlant libre la concurrence entre tous ceux (pii faisaient commerce de pain, de viande, de denrées de toutes sortes, avait à ses yeux, entre autres mérites, celui de procurer au peuple des vivres moins chers et de lui rendre possibles de légers adoucissements à son régime ordinaire.
Lorsqu'il sujtprime la caisse de Poissy, c'est principalement parce que cette réforme, « concourant
avec la liberté du commerce de la viande, amènera une diminution notable dans les prix, surtout clans celui des viandes de qualité inférieure, qui forment précisément V objet de la consommation du peuple ».
Les malades On peut dire qu'il n'est pas un fait de l'existence
et la viande en
carême. Je ce pcuplc qui n'évelUe sa sollicitude. En temps de carême, par exemple, la nourriture des malades, des femmes et des enfants pauvres est insuffisante; l'Hotel-Dieu a seul le droit de vendre de la viande pendant cette j^ériode; on lui donnera une compensation en argent et le commerce de la viande redeviendra libi'e, sans qu'aucune atteinte soit portée à l'observation des règles de l'Église; tous ceux « que leur état d'infirmité met dans la nécessité de faire gras pendant le carême » trouveront des moyens plus faciles d'avoir les secours qui leur sont indispensables.
Il y a, dans l'œuvre administrative de Turgot, de nombreux témoignages de cette préoccupation paternelle, on pourrait presque dire de cette tendresse^ sans cesse appliquée aux besoins du peuple.
La femme. Enfin c'cst uu lionucur ineffaçable pour Turgot
d'avoir tenté de relever la situation sociale de la femme, d'avoir tenté à une époque où la vertu et la chasteté étaient encore moins respectées dans les mœurs que dans les livres, d'arracher la jeune fille, l'épouse, la mère en détresse, aux terribles inspirations de la uiisèi-e et de la fuiin.
Liberté Intendant, Turiiot donna place à la femme dans
du travail de la '"
femme. ses ateliei's de chanté, même dans les travaux des
routes, lui attribuant une tàclie proportionnée à ses forces. Pour elle, comme pour l'enfant, il créa du travail à domicile. Ministre, il eut encore plus de soin d'elle, dans les crises de la population parisienne; il fit plus que de la secourir; il voulut que Professions et
, . emplois
toute femme pût vivre du travail de ses mains, propres à la
^ ' femme.
qu'elle ne fût plus une ]iroie vouée inévitablement à l'opprobre et à la (lébauclu'; et il l'affranchit de l'odieuse et cruelle exclusion dont la frappait les règlements des communautés. Ceux-ci ne l'admettaient pas à la maîtrise, même dans les métiers auxquels elle est le plus propre et le plus habile; à quelques exceptions prés, toutes les ouvrières étaient condamnées à un salaire intime, sans espoir de jamais s'élever, de jamais s'établir et travailler à leur propre compte. L'édit des jurandes affranchit aussi le travail de la femme qui put se livrer en pleine liberté à toutes les professions où son habileté et sa délicatesse lui assurent une supériorité incontestable.
Le problème social que Turgot cherchait à ré- l'Oumére soudre , en protégeant dans la femme la famille "*'• -""'"^ '^'"""^■ tout entière, est encore posé aujourd'hui. M. Jules Simon, dans le livre si convaincu, si rempli d'une émotion pénétrante, qu'il a consacré à la femme de l'ouvrier, démontre que la question est à peu près de notre temps telle qu'elle se présentait à la fin du dix-huitième siècle. Il repousse les théories sentimentales de ceux qui « veulent exempter la femme de tout travail mercenaire ». Pour qu'ils eussent raison, il faudrait qu'ils pussent prouver que « le
salaire d'un ouvrier sutiit pour nourrir lui et les siens ; mais il ne faut, hélas ! qu'ouvrir les yeux pour se convaincre du contraire (1) ». Et M. Jules Simon invoijue ici l'autorité même de Turgot ijui écrivait :
« En tout genre de travail, il doit arriver et il arrive en effet que le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui est nécessaire pour lui procurer la subsistance. »
Turgot a voulu assurer à la femme du travail à domicile, atin qu'elle restât au foyer, afin qu'elle ne fût pas séparée de ses enfants.
Après une longue et minutieuse enquête poursuivie courageusement pendant plusieurs années à travers les misères des grands centres ouvriers, M. Jules Simon s'arrête lui aussi à cette solution :
« Toutes les améliorations matérielles, dit-il, seront les bienvenues ; mais si vous voulez adoucir le sort des ouvrières et en même temps donner des garanties à l'ordre, raviver les bons sentiments, faire comprendre, faire aimer la patrie et la justice, ne séparez pas les enfants de leurs mères ('2). s
Et l'éloquent défenseur de l'ouvrière ajoute :
« Nous pouvons écrire des livres et faire des théories sur le devoir et le sacrifice; mais les véritables professeurs de morale ce sont les femmes. »
Ce n'était dune pas seulement une œuvre de justice sociale et de bien-être domestique mais encore de moralisatidu pii|iulaire que Turgot acconijilissait lorsqu'il s'elïoivait d'assurer le travail de la femme
(1) Juh'S Simon, l.'Otirvii'ri', Paris, Um'litUc, 7» (•ililit.ii, p. [•!. (à) L'Ouvrihr. Paris, liS71, Uachrlle, l' rdiliu.i, p. bi) cl 'JO.
chez clic, à son foyer, et le travail môme des enfants auprès d'elle.
Si naturelle et si juste nue nous po,raisse auionr- vérités admises
•> >- 1 >> mais
d'hui la protection accordée par Turgot à la fai- méconnues, blesse féminine, nous sommes cependant obligés de souhaiter que, dans le monde commercial et industriel, on se montre plus disposé à faire une part suffisante au travail de la femme. Il est en ce moment plus d'un négoce, plus d'un atelier, plus d'une association professionnelle, où l'on ne craint pas de disputer aux femmes les emplois rpii semblent leur être destinés. On admire, on vénère, sans peut-être savoir de qui elles viennent, les vérités proclamées par Turgot ; mais on ne leur accorde trop souvent que de vains hommages, sans sincérité comme sans effet.