LA SORBON N E
Anne-Robert-Jacques avait commencé ses études avec un précepteur; il avait été mis ensuite au Collège Louis-le-Grand, puis au Collège Duplessis où il fit ses humanités. A seize ans, il commença sa théologie; en octobre 1 7 4 G , il obtint une dispense d’âge pour être admis aux examens de la Faculté, eu égard « à la très puissante recommandation du Roi et aux services que, pendant son administration, son illustre père avait rendus à la Ville de Paris et aux divers ordres de la Faculté ». Six mois plus tard, il soutint sa thèse de bachelier, et si brillamment, que l'archevêque de Tours, président des examens, dit à Louis XV, à qui il eut l’occasion d’en parler le lendemain, qu’il
n’avait jamais vu soutenir une thèse avec tant de distinction h
En raison de ce succès, le père de Turgot crut pouvoir le faire entrer immédiatament à la Sorbonne dans l’école, annexe de la Faculté, où logeaient vingt-quatre étudiants, les uns docteurs, les autres aspirant à l’être. Mais il fallait être déjà dans les ordres et avoir vingt ans accomplis ; Turgot ne les avait pas tout à fait et n’était qu’écolier. Le syndic donna un avis formellement défavorable et fut félicité de sa fermeté par le ministre, qui lui répondit :
« Sa Majesté n’accordera pas cette grâce; je vous suis même obligé de vous être expliqué netterùent dans la réponse que vous m’avez faite i. 2. »
Le jeune Turgot dut entrer provisoirement au Séminaire de Saint-Sulpice, où il prit le nom d’abbé de Brucourt, tiré de l’une des terres 3 de son père. C’est beaucoup plus tard,
i. Archives du château de Lcintheuil.
a. 37 mars 1747; Archives Nationales.
3. Dans le canton de Doznlé ; Turgot ne parait pas avoir possédé cette terre qui, à la mort du Prévôt des Marchands, passa au Marquis de Sousmons, avec les autres immeubles de la succession.
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quand il fut intendant de Limoges et après la mort de sa mère, qu’il acheta dans le Cotentin le lie! de Laune, et les terres de Lastelle, Gerville, A esly, Le Plessis et autres lieux et qu il devint baron de Laune. Il entra à la Sorbonne en juin 1749.
O11 exagère presque toujours la valeur des travaux de jeunesse des hommes illustres; c'est ce qui a été fait pour Turgot. 11 est incontestable néanmoins que son activité intellectuelle au Séminaire et à la Sorbonne fut exceptionnelle.
En dehors de ses devoirs d’étudiant, dont les principaux étaient des discours latins, — jusqu’à quatre par semaine. — sur des sujets religieux1, Brucourt écrivit des dissertations sur les matières les plus diverses et dressa des plans d’ouvrages dont la composition aurait absorbé plusieurs vies laborieuses.
Des fragments de ces essais ont été conservés ; plusieurs sont dignes d’attention; c’est dans un Discours sur V histoire universelle que se trouve cette réflexion :
« Le despotisme est facile. Faire ce qu’on