o octobre 1757 et 3 novembre 1760, Archives nationales
« A quoi réduisez-vous la protection que 1 Etat doit à la religion dominante? » lui avait demandé son correspondant, et Turgot avait répondu : « Aucune religion n’a droit à une autre protection que la liberté, et elle perd ce droit quand ses dogmes ou son culte sont contraires à l’intérêt de l’Etat. »
Turgot n’interdisait pas au Gouvernement toute protection d’une religion ; il pensait même qu’il était de la sagesse des législateurs d'en présenter une à l'incertitude de la plupart des hommes, mais il estimait que le Gouvernement devait se borner à assurer matériellement l’existence du culte :
« Je ne veux autre chose, sinon que chaque village ait son curé... et que la subsistance des ministres soit assurée indépendamment du troupeau, c’est-à-dire par des biens-fonds. « Si la société choisit une religion, c’est comme utile et non comme vraie; elle n’est pas compétente pour juger de la fausseté des enseignements contraires. »
Les opinions du jeune maître des requêtes étaient entièrement opposées à celles que soutenait la majorité du Parlement et qui prirent place dans les Remontrances présentées au
Roi en avril 1753. A cette époque fut même avancé un projet qui consistait, pour calmer l’irritation du clergé et lui faire supporter le jansénisme, à retirer aux protestants la demi-tolérance dont ils jouissaient.
Ce projet barbare fut dénoncé dans une brochure intitulée : le Conciliateur ou Lettres d'un ecclésiastique à un magistrat sur les affaires présentes l. L'autevr, après avoir invoqué, en théologien, les préceptes de l’Évangile, conclut « sur les affaires présentes » en ces termes :
« Le Prince doit dire aux protestants : Quoique vous soyez dans l’erreur, je ne vous en traiterai pas moins comme mes enfants ; aux jansénistes, je voudrais que l’Eglise fût sans divisions, mais il ne m’appartient pas de les terminer; aux évêques, personne ne respecte plus que moi votre voix, mais jamais je ne me mêlerai des affaires de la religion ; aux Parlements, je vous ai confié mon pouvoir, mais vous ne pouvez en avoir plus que moimême et je n’en ai aucun dans l’ordre spirituel. »
11 y a tant de ressemblance entre ce langage