‹ TurgotChapitre 39 sur 79 · Correspondance du Margrave de Bade · texte numérisé non relu

Correspondance du Margrave de Bade

commerce, dont la réputation était détestable. Quatre Conseillers d'Etat, honnêtes gens, Chaumont de la Galaizière, Sartines, La Michodière et Bouvard de Fourqueux, faisaient partie de la commission, mais n’étaient jamais consultés.

On avait déjà accusé l'abbé Terray d avoir eu une part dans les spéculations du temps de Laverdy; on l’accusa de nouveau; on accusa sa maîtresse et aussi la Dubarry. Louis XV ne fut pas épargné. Les accusations prirent corps lorsque Y Almanach Royal de 1774 nomma parmi les officiers des finances, le trésorier des grains au compte du Roi. Des punitions infligées à l’éditeur et au censeur de l’Almanach augmentèrent le scandale. Et puis dans plusieurs provinces, la disette était venue ; le peuple s’était souleA é; à Mautauban, le sang avait été versé.

Les incidents qui ont accompagné l’administration de l’abbé Terray ont été confondus souvent avec ceux du prétendu pacte de famine dévoilé par Le Prévost de Baumont ; ils durèrent plus longtemps et furent plus graves. Turgot avait dit au Contrôleur général, dans une de ses lettres : « Vous aurez à répondre du

trouble qu apportera nécessairement à la tranquilité publique l’autorisation donnée à toutes les clameurs populaires contre le prétendu monopole, des vexations et des injustices de tout genre que commettront les officiers subalternes à qui vous confierez une arme aussi dangereuse que 1 exécution d’un règlement sur cette matière. » Quand il fut ministre, il s empressa d’empêcher le retour de ces agissements funestes.

Les diverses citations que j'ai faites, à propos des opinions individualistes de Turgot, prouvent que sa foi en la liberté avait pour origine sa foi en « l'équité naturelle », ou si l’on veut sa passion, native ou acquise, pour la justice. Ilien avant d’être appelé au Conseil de Louis XVI, il avait montré par des actes combien elle était vive en son cœur.

En 1765, il fut, avec les autres Maîtres des requêtes, l’un des juges de révision de l’affaire Callas. Il opina avec une chaleur qu’on ne lui connaissait pas.

En 1774, d eut. comme intendant,» s'occuper d’une autre erreur judiciaire et présenta alors un mémoire sur la minute duquel un administrateur inconnu a mis cette note :

(( Est conservé pour les vues de justice, d hu- « manitéetles principes d’administration dont « il est rempli1. »

L'affaire avait dix-huit ans de date. Un milicien, tombé au sort, s’était caché pour ne pas servir, ainsi qu’il arrivait souvent. Le Syndic de la paroisse et son adjoint étaient allés à sa recherche; il y avait eu lutte; le réfractaire avait reçu un coup de fusil et avait succombé. Le Syndic et l’adjoint furent alors poursuivis devant le Parlement de Bordeaux; l’adjoint fut déclaré assassin et exécuté ; le Syndic fut condamné par défaut aux galères perpétuelles. C’est sur la demande en révision de ce dernier que Turgot rapporta. Il n’eut pas de peine à démontrer que le meurtre avait été commis sans préméditation et dans le cas de légitime défense. Indigné de la légèreté des juges, il conclut en proposant de placer désormais auprès de chaque tribunal criminel un magistrat chargé de vérifier si les faits reprochés aux condamnés n’avaient pas été accompagnés de circonstances qui les rendaient susceptibles de clémence.

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