New-York
Depuis Du Pont de Nemours, et depuis Dairc et Dussard, un grand nombre de lettres du ministre de Louis XA I ont été trouvées. Je ne parlerai que des plus dignes d'attention.
Des lettres à Trudaine de Montigny ont été tirées des Archives du Ministère des Travaux Publics et ont été insérées en 1862 dans les Etudes Historiques de E.-J.-M. Yignon, sur l' Administration des voies publiques en France.
La Correspondance de Turgol et de Condorcet a été éditée par M. Charles Henry en i883, avec une lacune que I on peut aujourd'hui combler, grâce à l’impression, par les soins de M. kniess, de la Correspondance du Margrave de Bade avec le marquis de Mirabeau et avec Du Pont1; cette correspondance renferme les lettres de Turgot sur la justice criminelle que l’on croyait perdues, avec d autres pièces intéressantes le concernant.
Dans les ouvrages spécialement consacrés à Turgot, dans ceux notamment de M. Foncin2
1. Cari Friedrichs von Baden briejlichcr Verkeehr mit Mirabeau und Du Pont, Heildelberg, 1892.
et de M. Neymarck 1 sont des lettres provenant soit des Archives Nationales, soit d’ Archives départementales.
Dans bien d’autres ouvrages imprimés, même anciens, dans' des Journaux ou Correspondances du temps de Turgot, dans les mémoires de Soulavie, etc., sont des lettres et documents que les premiers éditeurs n ont pas connus ou ont négligés.
Quant aux pièces inédites, elles ne sont ni moins nombreuses, ni moins importantes.
Aux Archives Nationales, sont des lettres de Turgot non encore publiées, dont une lettre curieuse au Roi.
Léon Say, pour deux études, l’une sur Hume, l’autre sur Turgot, a tiré plusieurs lettres de ce dernier de la Correspondance de Hume imprimée en Angleterre, et d’autres, plus précieuses, des Archives du beau château de Lantheuil. Le propriétaire de cette ancienne résidence des Turgot de Saint-Clair, M. Dubois de l’Estang, inspecteur général des finances et arrière-petit-neveu du Contrôleur
i. Neymarck, Turgot et ses doctrines , i885.
général, a puisé aussi dans son propre bien1, mais tout ce que ses Archives contiennent n’a pas été utilisé ; il m'a été permis de le constater.
A Limoges se trouvait un manuscrit inédit de Quesnay avec des notes de Turgot; je l’ai publié récemment dans la Revue de l’Histoire des Doctrines économiques .
L’existence de lettres de Turgot à la Duchesse d’Enville est connue ; M. Georges Villain, dans un Rapport à la Commission du Vieux Paris sur la sépulture des Turgot, en a donné de courts extraits.
Les Mémoires inédits de l’abbé de Véry, document de premier ordre pour l’iiistoire du ministère de Turgot, renferment aussi des lettres d’un intérêt capital, parmi lesquelles la fameuse lettre au Roi où il est question de Charles Ier et que De Larcy a reproduite dans un article du Correspondant en 1888.
Enfin, grâce à la bienveillance affectueuse du colonel Du Pont de Nemours, Sénateur
1. Turgot et la famille Royale, 189^ (Association française pour l’avancement des Sciences) et Séance de la Société d’économie politique du 5 mars 1906.
des États-Unis, j’ai sous les yeux les Lettres de Turgot à Da Pont de Nemours qui vont, presque sans solution de continuité, de 1763 à 1781, et dont il m’avait été donné déjà de me servir pour de précédents travaux'.
Toutes ces richesses gagneraient à être réunies aux Œuvres de Turgot, dans une troisième édition.
Le vœu que j’exprime se réalisera- t-il P Peut-être. En attendant, j’essaie dans le présent volume de donner un aperçu des renseignements à tirer des documents nouveaux dont j’ai eu connaissance. Je ne présente au lecteur, ni une biographie complète de Turgot, ni un compte détaillé de ses actes et de ses œuvres. De belles études lui ont été consacrées; je n'ai pas eu la prétention de les refaire et il ne me convenait pas de les copier. Je veux seulement les compléter et les rectifier sur quelques points.
1. Du Pont de Nemours et l’École Physiocratique, 1888. — « Journal des Économistes » de juillet 1888 : Pourquoi les Réflexions sur les richesses de Turgot ne sont-elles pas exactement connues?
Turgot est né à Paris le io mai 1727. Il a passé son enfance et sa jeunesse à Paris; il y revint chaque année quand il fut intendant de Limoges; il est mort à Paris. Ses restes reposent, avec ceux de son père et ceux d’autres Turgot, dans la Chapelle de l'hôpital Laënnec, autrefois l’hospice des Incurables, dont sa famille avait été la bienfaitrice. Des légendes s’étaient formées au sujet de sa sépulture; M. Neymarck les a détruites; les recherches opérées dans la Chapelle de l’hôpital depuis la publication de son ouvrage lui ont donné pleinement raison l.
La maison où est né Turgot était située
1. Des travaux de consolidation ont été faits ensuite dans cette chapelle.
dans une des rues les moins fréquentées du quartier des Enfants-Rouges, la rue Portefoin1. C’était probablement l’hôtel entre cour et jardin que l’on voyait encore, il y a quelques années, au numéro 12, et dont le délabrement ne permettait plus guère d’apprécier l’élégance primitive. Sur Remplacement a été édifiée une maison de rapport ayant sa façade sur la rue de Bretagne, autrefois rue de la Corderie.
Les Turgot s’étaient installés dans cet hôtel au commencement du xvn° siècle.
Ils étaient d’antique noblesse normande ;
1. Turgot logea rue Portefoin jusqu’à la mort de sa mère; l’hôtel passa ensuite à son frère aîné et, à la mort de celui-ci, sortit de la famille. Turgot loua alors un appartement rue de la Chaise, où, en 1772, il installa son secrétaire Cailliard. En 1 774, il faisait adresser sa correspondance chez Mme Blondel, qui demeurait rue de Varenne, en face l’hôtel Matignon, c’est-à-dire en face de l’ancien couvent du Sacré-Cœur.
Lorsqu’il quitta le Contrôle général, rue Neuve-des- Petits-Champs, il descendit momentanément chez l’abbé de Véry, puis sc rendit à La lloche-Guyon chez la Duchesse d’Enville. Il loua ensuite un hôtel rue de l’Université. Enfin il acheta rue de Bourbon (12 1, rue de Lille et rue de l'Université, près de la rue Courty), un autre hôtel où il habita en 1780-1781 ; c’est là qu’il mourut. Une plaque discrète posée dans ces dernières années, rue de l’Université, sur le mur du jardin de l’hôtel, rappelle cet événement. L’hôtel est masqué, rue de Lille, par une maison de rapport.
leur généalogie est régulièrement établie depuis le commencement du xv° siècle et presque complètement depuis le xi°. Ils ne s’étaient pas poussés à la Cour et aucun d’eux n avait occupé de hautes places; mais quelques-uns s'étaient distingués dans l’épée et dans 1 église1, surtout dans l’administration et dans la magistrature. Deux Turgot furent successivement intendants de Moulins; le premier est l’aïeul du Contrôleur général; le second, Marc-Antoine Turgot de Saint-Clair 2 remplaça son cousin en 1714. On a dit qu’un autre Turgot fut intendant de Limoges un siècle avant le grand Turgot; ce n’est pas tout à fait exact ; Antoine Turgot de Saint-Clair fut nommé intendant à Limoges en 1671, mais il n’accepta pas ce poste.
Au xvie siècle, la famille s’était divisée en deux branches; l'aînée, celle des Tourailles, s’éteignit en 1753; la cadette, celle des Saint-
1. L’un fut évêque de Séez et premier aumônier de la Duchesse de Berry en 171 1 . Un autre, Turgot de Mondcvillc, proviseur au Collège d’Harcourt, mort en 1621 , avait été un professeur de philosophie renommé; son éloge, en forme d’épitaphe, a été imprimé en un in-f°.
2. Claudon, La Maison (l’un Intendant de Moulins à la fin du règne de Louis XIV.
Clair, forma, après Jacques Turgot, conseiller au Parlement de Rouen, qui le premier vint vivre à Paris et fut enterré aux Incurables, deux rameaux, celui des Saint-Clair et celui des Sousmons. Turgot appartenait au dernier.
De Jacques Turgot naquit Dominique Turgot, conseiller au grand Conseil et intendant de Tours, qui mourut en 1670, n’étant âgé que de quarante et un ans. Son fils Jacques- Etienne, né posthume, est celui qui fut intendant de Moulins; il avait été auparavant intendant de Metz et de Tours. Il mourut en 1722 à l’âge de cinquante et un ans. Il avait épousé une Le Pelletier de Sousy, nièce de Le Pelletier, ministre de Louis XIV, dont il avait eu un fils : Michel-Ltienne Turgot, né en 1690, qui fut successivement conseiller au Parlement de Paris en 1711, président de la Chambre des
1. Le Pelletier de Sousy, successivement avocat au Châtelet, conseiller au Parlement, intendant des Finances, membre du Conseil de Régence, recevait chez lui les Boileau, les Dacier et autres gens de lettres, ce qui lui valut, avec quelques poésies légères, d’entrer à l’Académie des Inscriptions. Il mourut goutteux, mais à l’âge de 85 ans. Sa femme descendait de Pierre Pilhou, l’éditeur des Lois des Visigoths.
Par les Le Pelletier, Turgot avait pour cousins les Le Pelletier de Saint-Fargeau.
Requêtes en 1717 et Prévôt des Marchands de 1719 à 17/10. C/est le père de Turgot.
De son mariage avec Françoise-Madeleine Martineau de Brétignoles 1 en 1718, Michel- Etienne eut quatre enfants :
i° Michel-Jacques Turgot, né en 17192, président à mortier et, après son père, marquis de Sousmons, lequel mourut en 1778;
20 Etienne-François Turgot, né en 1721, chevalier de Malte, brigadier du Roi en octobre 1764, et, à la mort de son frère aîné, marquis de Sousmons ;
3° Anne-Robert-Jacques Turgot, le Contrôleur général ;
4° Hélène-Françoise-Etiennette Turgot, qui se maria en 1757, ayant 28 ans, à Beauvillers de Saint-Aignan, vieillard de 73 ans, déjà doté d’une postérité.
M'le Turgot avait un charmant visage, mais peu de fortune; Saint-Aignan était duc et pair, avait été guerrier et diplomate, poète aussi, et courtisan aimable au temps de Mme de Maintenon. Il mourut à l’âge de 92 ans pendant le
2. Avocat du Roi au Châtelet en 1788, maître des requêtes en 1743.
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ministère de Turgot. Au dire de son panégyriste Dupuy, qui n’a pas manqué de souligner ce point, de conséquence alors, le duc avait « un amour tendre et éclairé pour la religion, et un mépris souverain pour les attaques de l’incrédulité 1 ».
Michel-Etienne Turgot2, le Prévôt des Marchands, conquit les Parisiens par sa belle prestance, sa physionomie agréable, sa parole aisée, son amour du faste. Administrateur ponctuel et au travail facile, il écrivait correctement et non sans grâce. D’un caractère ordinairement doux et mélancolique, il s’emportait quelquefois, mais n’avait pas de rancune. On le savait courageux et sensible : il ne voulut jamais faire partie au Parlement d’une Chambre criminelle ; lors d'une querelle entre des Suisses et des Garde-françaises pour la possession d’un bateau, il se jeta au milieu des combattants et désarma les plus furieux ; lors de l’incendie de l’IIôtel-Dieu, il présida au sauvetage des malades; enfin, quand la Ville ouvrait des chantiers, il allait s’assurer que