LA LIBERTÉ DU COMMERCE DES GRAINS
La première réforme économique de Turgot fut le rétablissement, par l’arrêt du i3 septembre 1774, de la liberté du commerce des grains à l'intérieur du Royaume. La promulgation de cet arrêt eut lieu le 20 septembre, deux mois environ avant la rentrée du Parlement.
Le préambule avait été rédigé avec un soin que les amis du ministre trouvèrent excessif, en raison des retards qui en résultaient, et que ses adversaires jugèrent ridicule; ils n’admettaient pas que le Roi donnât des explications à ses sujets. Mais Turgot se rappelait ce qui s’était passé après l’édit de 1764, dont, en maints endroits, les autorités subalternes
n'avaient pas tenu compte ; il voulait supprimer tout prétexte de désobéissance en rendant la loi si claire que le moindre juge de village pût l’expliquer.
La rentrée des Parlements entraînait l’enregistrement de l’arrêt, contraire à un édit existant. Des lettres patentes furent donc portées au Parlement de Paris ; elles sont datées du 2 novembre. Ber tin, auteur de la déclaration de 1763 qui avait précédé l’édit libéral de 176/i, avait conseillé à son collègue de ménager les préjugés :
« Je vous exhorte à mettre dans votre marche toute la lenteur de la prudence... J’irais jusqu'à vous inviter, si cela vous était possible comme à moi, et si vous n’aviez pas depuis longtemps pris couleur, à masquer vos vues et votre opinion1. » Les façons deBertin ne pouvaient convenir à Turgot.
Dans le préambule de l’arrêt, les mesures prises sous le précédent règne pour constituer des approvisionnements au nom et aux frais du Boi, avaient été condamnées en termes non équivoques et avec des arguments que l’on pour-