‹ TurgotChapitre 59 sur 79 · Notamment au sujet des Etats Généraux · texte numérisé non relu

Notamment au sujet des Etats Généraux

quent cette décision. Néanmoins, les Remontrances furent imprimées et se répandirent rapidement, de sorte que les regards de tous ceux qui aspiraient à des réformes se tournèrent du coté de Malesherbes.

Au mois de juillet, après le sacre du Roi, Maurepas se décida à se séparer de son cousin La Yrillière, ministre depuis iyaS; la Reine voulut le faire remplacer par Sartines qu’elle avait toujours protégé. « Il s’est fait adorer du peuple étant lieutenant de police1 », avaitelle écrit à Marie-Thérèse lorsqu’il avait remplacé Turgot à la Marine, «je ne sais pourtant s’il a des talents pour la Marine; peut-être par la suite le changera-t-on de place; c’est toujours un grand bonheur qu’un aussi honnête homme soit auprès du Roi; pour moi j’en

1. Il avait été fait lieutenant de police en 1709, en remplacement de Berlin, fait contrôleur général. Auparavant, il était lieutenant-criminel.

2. Elles furent suivies d'autres Remontrances présentées le 3o mai sur l’Ordonnance de discipline rendue lors du rétablissement de la Cour. Le Roi répondit à la fois aux deux séries de Remontrances : «... Vous n’attendez pas que je vous fasse une réponse détaillée sur chaque article. Je m’occuperai successivement de faire les réformes nécessaires sur tous les objets qui en seront susceptibles; mais ce ne sera pas l’ouvrage d’un moment, ce sera l’objet et le travail de tout mon règne. »

suis enchantée». Turgot proposa Malesherbes et n’eut pas de peine à faire comprendre à Maurepas qu il était de son intérêt de le soutenir contre Marie- Antoinette, que menait le parti Clioiseul.

Le président de la Cour des aides, pressenti, témoigna de l’aversion. Turgot, ne la croyant pas tout à fait sincère ou la jugeant presque coupable dans les circonstances où l’on é lait , fit forcer la main à son ami. Malesherbes fut nommé ministre de la maison du Roi et de Paris, par lettre de cachet pour ainsi dire, et mit comme condition qu'il ne resterait pas longtemps à ce poste h

Sartines, en compensation de son échec, obtint l entrée au Conseil qu’il n'avait pas encore, et Maurepas, Turgot, Malesherbes, se déclarèrent décidés à n’omettre aucun moyen « propre à se concilier l’appui et les bontés de la Reine ». Le Mentor du Roi ne s’était allié au Contrôleur général que par considérations politiques; au fond, il le jalousait. Pendant les troubles, Turgot avait agi comme s’il avait été le chef du Cabinet; il avait

i. Gaillard, Vie de Maleslærbes.

aoi

regardé le but à atteindre qui était le rétablissement de l’ordre, sans s’inquiéter des amours-propres de ses collègues. Ceux-ci le lui pardonnèrent d'autant moins qu’en d’autres occasions le sentiment qu'il avait de sa supériorité intellectuelle et son souci du bien public l avaient porté à s’immiscer dans des affaires qui ne rentraient pas absolument dans les attributions de son département.

En vain, lorsque l’ordre fut rétabli, témoigna-t-il la plus grande déférence à Maurepas et même au Garde des Sceaux ; en vain, pour ne pas blesser Sartines, ami de Lenoir, usa-t-il envers ce dernier de ménagements, bien qu’il le soupçonnât d’avoir connu les agissements du prince de Conti et de n’avoir pas voulu les traverser ; en vain alla-t-il trouver le Ministre de la Marine pour désavouer formellement l’abbé Baudeau l, qui l'avait accusé d’avoir favorisé les troubles. L’effet était produit. Maurepas et les autres ministres lui furent désormais défavorables et plusieurs d’entre eux se joignirent à ses ennemis.

L’opposition n’osait pas encore l’attaquer

Page 1