Le pain et le blé, Londres 1774 (septembre
2. Dans le numéro d’octobre 1774, on y vit annoncer la mise en vente d’un portrait du Contrôleur général (par le Beau, d’après Troy) avec cette épigraphe en vers de confiseur :
Il aime à faire des heureux ;
Du sort la faveur le seconde ;
11 ne doit plus former de voeux ;
Il fait le bien de tout le monde.
annoncé qu’il avait donné son avis et lui avait compté une somme égale aux six mois d appointements qu’il lui avait fait perdre. « Je me dois, liîi avait-il dit, cette justice à moimême1. »
Le journaliste avait fait précéder la lettre de Vaquier d’un entrefilet ainsi conçu :
« Il n’y a personne qui ne connaisse et admire ce trait d’un magistrat du siècle dernier; ayant perdu par sa faute les pièces d’un procès, il paya de son argent l'objet qui formait la contestation. La lettre suivante prouvera que cette générosité s est renouvelée de nos jours; la main à qui est dû ce trait de bienfaisance, resté ignoré jusqu’ici, le rend encore plus intéressant. »
Le ton du journal changea bientôt. A la suite d’une polémique avec l’abbé Roubaud, Linguet réédita les critiques violentes qu’il avait faites des économistes et de leur système dans la Théovie des Lois et dans la Réponse aux docteurs modernes ; en même temps il reprocha à Turgot d’avoir, dans le préambule de l’arrêt sur la liberté du com-
i. Condorcet, dans sa Vie de Turgot, a parlé très inexactement de cette aiFairc.
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merce des grains, transformé le législateur en missionnaire et d'avoir, en supprimant le droit féodal de halage, porté une atteinte grave à la propriété. Peu de temps après, Linguet eut à lutter contre ses confrères du barreau et contre le Parlement, qui usèrent envers lui de la plus coupable intolérance, en le rayant du tableau de l’ordre des avocats, mais cela ne l’empêcha pas de faire l éloge du despotisme et de prétendre que les Orientaux étaient parvenus à la perfection politique.
L'abbé Morellet se moqua de cette folie dans la Théorie du paradoxe. « Il faut qu’elle paraisse tout à l’heure, écrivit Condorcet à Turgot. Ce maraud (Linguet) s’enhardit par l’impunité et il ne se relèvera point du coup que lui portera l’auteur. » Il se releva, quoique attaqué de tous côtés, et riposta par la Théorie du Libelle, qu’un Arrêt du Conseil du 2 avril 177b supprima pour avoir été imprimée sans permission.
Linguet a raconté qu’ayant été mandé au Contrôle général, il avait reçu, après une conversation très vive, la défense de rien écrire sur le système des économistes et que le ministre, rougissant d’une telle contradic-
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tion avec ses principes, lui avait dit tout haut, en ouvrant la porte de la salle d’audience pour être entendu : « M. Linguet, point d’invectives, de personnalités, delà modération dans vos écrits. » A quoi le journaliste aurait répondu : « M. le Contrôleur général, auquel m’en rapporterai-je, ou au Ministre qui vient de me parler tête à tête dans le Cabinet, ou au Ministre qui me parle en public. ))
D’après une lettre de Du Pont de Nemours au comte de Scheffer1, les choses se seraient passées tout autrement. Pendant la guerre des farines, Linguet aurait demandé la permission de réimprimer des ouvrages de lui contre les économistes et aurait été simplement invité à attendre le mois d’août. Comme, à la même époque, Morellet qui avait écrit une Réponse sérieuse à M. L. (Linguet) fut invité à se tenir tranquille2, on peut tenir l’affirmation de Du Pont pour exacte.
Le second publiciste qui combattit Turgot fut Necker. La Législation et le commerce des grains parut au milieu des troubles ; l’ouvrage avait été remis à l’imprimeur le 12 mars 1775 ;
1. Archives Nationales cle Suède : lettre du 8 septembre 1779.