Voir l’Avertissement, en tête de la Réponse sérieuse
il avait été approuvé par le Censeur le 1 8 avril; le privilège du l\oi avait été délivré le i q ; la distribution en avait été faite aussitôt, c’est-àdire quelques jours avant que l’émeute fût venue à Versailles et à Paris. Un exemplaire fut remis à Turgot, qui écrivit à l’auteur le 2 3 avril :
« J’ai reçu, Monsieur, l’exemplaire de votre ouvrage, que vous avez fait mettre à ma porte; je vous remercie de cette attention. Si j’avais eu à écrire sur cette matière et que j’eusse cru devoir défendre l’opinion que vous embrassez, j’aurais attendu un moment plus paisible, où la question n’eût intéressé que les personnes en état de juger sans passion. Mais, sur ce point comme sur d’autres, chacun a sa façon de penser. » Necker répondit en citant la date d’approbation du Censeur et en faisant observer que son ouvrage était abstrait, modéré par le fond des idées et circonspect dans la forme, qu’au surplus, si le Contrôleur général ou le garde des Sceaux lui avaient exprimé le désir d’en voir suspendre la publication, il aurait déféré à ce désir1.
i. Archives du Château de Lantheuil. Il n’est fait allusion, ni
La conduite de Necker avait été correcte; mais, si l’on en croit les Mémoires secrets , l’autorisation d’imprimer ne fut donnée par Lenoir, lieutenant de police, que pour gêner Turgot; des alarmes s’étaient déjà manifestées en province.
Les adversaires du ministre trouvèrent, en outre, dans le livre du banquier genevois, une justification de leur opposition par un homme qui passait pour compétent et qui, par ses allusions plus que transparentes, s'exprimait sévèrement sur les projets en préparation. Déjà Y Eloge de Colbert avait fait de ce banquier un candidat ministre ; son nouvel ouvrage en fit le rival désigné de Turgot. Le cri de Vive Necker fut entendu pendant les troubles1 ; des louanges furent faites de Necker publiquement au Parlement par les Conseillers affiliés au parti du prince de Conti, et ensuite secrètement à Louis XVI dans la correspondance du marquis de Pezay qui, après avoir été en coquetterie avec les économistes 2 et
dans la lettre de Necker, ni dans celle de Turgot, à l’entrevue qui, d’après Morellet, aurait eu lieu antérieurement entre eux.