Archives Nationales
expédier parla poste, sans souci des indiscrétions possibles de celte administration, un dossier qu’avait préparé Sartines, dans le but visible de discréditer la famille Turgot.
Le Contrôleur général, par une lettre datée du 3o avril, et que l’on trouve dans les Mémoires de Soulavie, dénonça au Roi la manœuvre de son collègue.
11 s’agissait de la Guyane. Le projet chimérique de faire de celte colonie malsaine un centre de défense pour nos possessions en Amérique avait été adopté en 1763 par Clioiseul, pour effacer l’effet produit parla perte du Canada. Des émigrants avaient été transportés précipitamment à Cayenne et avaient été installés dans l’anse de Kourou ; les ressources avaient manqué; l’insalubrité du climat, le défaut d’aménagements et de subsistances, la maladie, l’inondation, avaient détruit l'établissement.
Le chevalier Turgot, nommé gouverneur de la Guyane en 1763, n’y était arrivé qu’à la fin de 17G4, quand le désastre était déjà irrémédiable. Jusque-là l’intendant, Thibault de Chan val on, avait agi seul et des plaintes avaient été formulées contre lui. Le chevalier était
parti de France ayant l’ordre de les instruire 1 . Une fois à Cayenne, avec sa brusquerie toute militaire, il réembarqua de nouveaux émigrants que, malgré son avis, le Gouvernement avait envoyés et mit sur le bateau Chanvalon, qu’il avait fait arrêter. Etant ensuite tombé malade et ayant appris qu’à Paris sa conduite était critiquée, il était revenu en France pour se disculper. Choiseul s’empressa de rejeter la lourde faute qu’il avait commise sur son subordonné, le blâma et l’exila, tout en lui conservant une pension de 12.000 livres; mais le chevalier refusa la pension et se consacra désormais à la botanique, qu’il cultivait depuis sa jeunesse2. Il n’avait rien à se reprocher, car il n’était pas l’inventeur du projet adopté follement par Choiseul et il n’avait pas été l’artisan de la ruine de la colonie.
On cite souvent le mot de Galiani, s’adressant à Mme d’Epinay, quand Turgot fut nommé Contrôleur général : « Son administration des finances ressemblera à la Cayenne de son frère, a Pris isolément, le mot semble une critique à l’adresse des deux Turgot; telle