LA CHUTE DE TURCOT
Après la promulgation des édits de Mars, Turgot essaya de calmer les opposants en rompant les liens qui semblaient rattacher aux économistes proprement dits; il invita amicalement Roubaud et Baudeau à cesser la publication de leurs journaux1. Ce sacrifice était de pure forme ; en dehors de Du Pont, que Turgot avait auprès de sa personne, autant comme ami que comme collaborateur, aucun économiste avéré n’avait travaillé avec lui. Le marquis de Mirabeau ne l’avait vu qu une fois au cours de son ministère et avait été reçu froidement. Roubaud et Baudeau ne l’avaient aidé que comme journalistes; le
i. Lettres de Baudeau, Archives nationales de Suède.
premier n’avait jamais été très estimé de lui; le second avait commis dc-s imprudences de langage qui l'avaient fait tenir à lécart. Le sacrifice était d’ailleurs inutile; la chute du Contrôleur général était inévitable; dans le Conseil, il n’avait plus d'appui. Malcsherbes, dégoûté, ne songeait qu’à s’en aller. Maurepas et Sartines étaient tout à fait hostiles ; Berlin, sans doute aussi, car, le 26 février, Turgot avait cru devoir, à propos de la nomination d’un Prévôt des marchands à Lyon, mettre Louis XYI en garde contre ce ministre :
« J’ignore quel est le vœu de M. Bertin, « lui avait-il écrit, mais j’avoue que je le crains « toujours comme je craindrai toujours ceux « qui font profession de finesse. Je supplie « Y. M. de ne point choisir sur son rapport « sans m’avoir entendu1. »
A la fin d’avril, Turgot, dans d’autres lettres, exposa nettement au Boi l’impossibilité où il serait de le servir s’il restait isolé comme il l’était dans le Conseil. Louis XYI garda le silence et, quelques jours plus tard, lui fit