‹ TurgotChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TURGOT QUITTE LA SORBONNE — IL EST NOMME MAITRE DES REQUÊTES — IL FREQUENTE LES PHILOSOPHES ET LES ÉCONOMISTES — IL ECRIT DANS L'ENCYCLOPÉDIE.

Quand il a quitté la Sorbonne, Turgot avait vingttrois ans. Son jugement était formé et sa méthode arrêtée. Il cherchait les lois naturelles, et, pour y arriver, il s'attachait à distinguer dans les phénomènes de tous ordres les causes des effets, persuadé que toutes les erreurs humaines proviennent de la confusion qu'on ne cesse de faire entre les causes et les effets. Aussi était-il arrivé à démêler, tout jeune encore, avec une sûreté tout h fait merveilleuse et une rapidité véritablement incroyable, les raisons générales de tous les faits particuliers qu'il avait à apprécier. On eût dit qu'il avait déjà dans l'esprit, quand il était encore à la Sorbonne, tout ce qui en est sorti plus tard; de sorte que le seul travail des trente dernières années de sa vie aurait été simplement de produire au grand jour ce qu'il avait acquis pendant les dix-huit mois qu'il avait passés dans cette maison célèbre.

Philosophe consommé, envisageant la nature et rhomme aux points de vue les plus élevés, il s'était promis à lui-même, quand il avait à peine vingt ans, d'écrire l'histoire de l'esprit humain et de ses progrès. Il avait même fait de cette histoire, afin de la développer un jour dans un livre, un plan que nous possédons encore et dont quelques-unes de ses productions ultérieures ne sont que des développements partiels. Il était donc déjà, malgré sa grande jeunesse, admirablement armé pour la vie et pour la lutte, et ses années d'apprentissage en avaient fait un des hommes les plus capables de produire utilement au jour des vérités nouvelles, dans un temps où les préjugés semblaient cependant avoir une force irrésistible.

Quand on étudie Turgot au seuil de sa vie active, et qu'on songe à l'influence qu'il a exercée plus tard sur les destinées économiques de son pays, on se demande tout d'abord quelle est sa ressemblance, dans quel moule il a été coulé, à quelle famille d'esprit il appartient, et, contre l'ordinaire, on ne trouve rien à se répondre, par la raison toute simple qu'il ne procède pour ainsi dire de personne. On voit très bien qu'il est de son siècle, mais il a su en sortir comme pour pénétrer dans le nôtre, par une énergie propre et sans avoir eu d'autre guide que sa raison. Ce n'est pas l'action de ceux qui ont dirigé ses études, c'est l'interrogatoire consciencieux et philosophique de ses facultés par lui-même, qui a développé la force de son génie. Il est fils de ses médi-

tations. Il est né comme un maître, et ce qui le prouve, c*est que ceux dont il a passé pour être le disciple, n*ont survécu que par lui, et ne trouvent aujourd'hui d'accès auprès de nous que parce qu'il nous les impose, en quelque sorte, comme étant de sa compagnie.

Il a pourtant avec Adam Smith une ressemblance qui s'affirme de très bonne heure. Ils étaient à peu près du même âge — Adam Smith était né en 1723. Ils étudiaient, l'un à Paris, Tautre à Edimbourg, et approfondissaient leurs pensées séparément, car ils ne se connaissaient pas, formant leurs doctrines par la réflexion, chacun de son côté. Ils s'apprêtaient tous les deux à jouer le grand rôle qui a illustré leurs noms; et ils le faisaient par la même méthode, marchant d'un pas égal dans la route sur laquelle ils devaient se rencontrer un jour.

L'un et l'autre, après avoir achevé leurs études, ont abandonné pour la philosophie l'Eglise à laquelle on les avait destinés j l'un et l'autre ont eu les mêmes vues sur le progrès de l'esprit humain; ils en ont cherché la loi, en même temps et par la même méthode, dans la métaphysique, dans la philosophie morale et dans l'économie politique. Aussi n'est-il pas étonnant qu'ils aient été, tour à tour, les inspirateurs et les précurseurs l'un de l'autre.

Adam Smith avait pensé, comme Turgot, à écrire l'histoire de la civilisation et du progrès; et pour accomplir cette tâche, il n'avait jamais cessé d'étudier l'homme, comme le faisait Turgot lui-même.

dans sa conscience, dans son langage et dans sa vie morale, sociale, économique. Ils se sont aussi rencontrés plus tard sur le terrain philosophique et métaphysique, mais, ce qui n'était pas le cas pour leurs premières méditations, ils s*y sont rencontrés sciemment. Ils avaient appris leur mutuelle existence, ils se connaissaient, et Ton peut dire sans crainte de se tromper que, depuis le jour où ils se sont connus, ils se sont aidés réciproquement et ont profité Tun et l'autre de leurs travaux et de ceux de leurs maîtres. La philosophie de Turgot doit beaucoup à l'école écossaise, à Hutcheson, le maître d'Adam Smith, et à Adam Smith lui-même. Mais l'économie politique d'Adam Smith ne doit pas moins à la France, aux économistes physiocrates et à Turgot.

Quesnay, Gournay et surtout Turgot ont exercé une influence manifeste et heureuse sur l'auteur de la Richesse des nations. L'opuscule de Turgot Sur la formation et la distribution des richesses a précédé de dix ans la publication du grand ouvrage économique d'Adam Smith, et ces dix années sont justement celles pendant lesquelles Turgot et Adam Smith se sont vus, se sont connus et ont peut-être correspondu l'un avec l'autre sur les sujets économiques, a II entretenait une correspondance active avec Adam Smith », dit Gondorcet en parlant de Turgot.

Enfin on peut dire de l'un et de l'autre qu'ils ont été plus maîtres du xix® siècle, qui a suivi leur mort,

que du xviii®, pendant lequel ils ont vécu. Pulteney, dans un discours prononcé sur la banque d'Angleterre à la Chambre des communes le 30 mai 1797, avait pu dire d'Adam Smith qu'il persuaderait la génération présente et gouvernerait la prochaine. On aurait pu porter le même jugement sur Turgot, car il a persuadé les esprits éclairés de son temps, sans réussir toutefois à dominer son siècle, tandis que par ses idées, après sa mort, il a gouverné et gouverne encore la société française.

Le 5 janvier 1752, Turgot était appelé aux fonctions de substitut du procureur général; le 30 décembre de la même année il entrait au Parlement, comme conseiller; mais il ne faisait qu'y passer, ou plutôt il n'y était plus bientôt attaché que par les liens plus lâches qui unissaient encore les maîtres des requêtes au Parlement.

Nommé maître des requêtes le 28 mars 1753, il en exerça exclusivement les fonctions jusqu'en 1761, époque à laquelle il fut envoyé à Limoges comme intendant; mais, pendant tout le temps de son intendance, de 1761 à 1774, il conserva néanmoins le titre et les prérogatives des autres maîtres des requêtes, prenant part à leurs travaux s'il le jugeait convenable, et siégeant avec eux quand il se trouvait à Paris.

Les maîtres des requêtes avaient des fonctions administratives et judiciaires. Ils faisaient des rapports au Conseil en présence des conseillers d'État et quelquefois même du roi. Us étaient membres du

Parlement et pouvaient y siéger à la condition de n'être pas plus de quatre. Les quatre premiers arrivés prenaient les places réservées à leur corps. Ils participaient à la juridiction du conseil du roi pour les affaires qui y étaient évoquées, et constituaient, en outre, une sorte de juridiction spéciale, celle des requêtes de l'hôtel.

C'est le Conseil qui instruisit la revision du procès de Calas, mais c'est la Chambre des requêtes de l'hôtel, c'est-à-dire l'assemblée des seuls maîtres des requêtes, qui prononça l'arrêt. Turgot siégea dans l'afliiire. « 11 fut un des juges, dit Dupont de Nemours, il parla dans cette occasion avec une véhémence qui ne lui était pas ordinaire. » Son discours n'a malheureusement pas été conservé; il n'existe pas de procès-verbal de la délibération.

Turgot avait été accueilli à bras ouverts par la société des philosophes, des gens de lettres et des économistes. Ses fonctions lui laissaient beaucoup de liberté et il employait le temps dont il pouvait disposer, à cultiver son esprit et à s'entretenir avec ses amis. C'est chez Mme Geoffrin qu'il a fait la connaissance de D'Alembert, de Mlle de Lespinasse, de Condorcet, d'Helvetius et de tant d'autres. Mme Helvelius était pour lui une connaissance plus ancienne. Elle était nièce de Mme de Graffigny et il l'avait souvent vue chez sa tante, avant qu'elle ne fût mariée, quand il était encore à la Sorbonne. Mme de Graffigny, qui donnait des surnoms à tout le monde — on se rappelle Panpan, c'était son ami Devaux;

Maroquin, c'était son autre ami Desmarets; le Petit Saint, c'était Saint-Lambert, — ne s'adressait jamais à sa nièce Mlle de Ligneville qu'en la nommant Minette. Elle aimait Minette; elle aimait le jeune abbé de Laulne, comme on appelait alors Turgot, et les deux jeunes gens avaient l'un pour l'autre une tendre amitié. Le bon Morellet s'afflige en pensant que cette intimité n'a pas fini par un mariage. Ce mariage, qu'il a rêvé, aurait fait, d'abord, le bonheur des jeunes gens, il en était convaincu, et ensuite le sien propre. Entre les deux êtres qu'il a le. plus aimés, et qui d'ailleurs le lui rendaient bien, il aurait vécu sans être obligé d'aller de l'un chez l'autre, le plus agréablement du monde. « Je me suis souvent étonné, dit*il, que de cette familiarité ne soit pas née une véritable passion; mais, quelles que fussent les causes d'une si grande réserve, il était resté de cette liaison une amitié tendre entre l'un et l'autre. » On a voulu transformer les regrets de Morellet, sur ce mariage manqué, en une sorte de problème historique, et l'on a dépensé, pour essayer de le résoudre, des trésors d'érudition. Beaucoup d'écrivains s'en sont occupés. Si Turgot a gardé la réserve que Morellet semble lui reprocher et s'il a laissé passer Toccasion d'un mariage si bien assorti, c'est, disent les uns, qu'il était déjà dans les ordres. Telle est du moins l'opinion de Delort, auteur de V Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres à la Bastille. Mais c'est une opinion fondée sur un premier texte fort contesté, et sur beaucoup d'autres.

très contradictoires. II est certain que Turgot est désigné, dans quelques actes de la maison de Sorbonne, comme diacre parisien; mais, ce qui est non moins certain, c'est que, dans d'autres actes tout aussi authentiques, on se contente de le classer parmi les simples acolytes. Dans le premier cas, il aurait reçu les ordres; dans l'autre cas, il serait resté libre. D'autres écrivains n'y mettent pas tant de recherche ; ils le trouvent trop occupé et imaginent difficilement qu'il eût pu partager son temps entre les occupations graves qui remplissaient déjà sa vie, et les mille soins du ménage et des enfants. Enfin, se croyant menacé par une goutte héréditaire, et persuadé que dans sa famille on mourait à cin** quante ans, Turgot aurait craint peut-être — c'est une troisième version — d'associer une femme et des enfants à une existence aussi précaire que la sienne. Quoi qu'il en soit, Turgot ne se maria pas; il laissa à la belle Minette la liberté d'épouser Helvetius, et resta jusqu'à sa mort son ami le plus dévoué.

Chez Quesnay, il a vu Mirabeau l'ami des hommes, Dupont de Nemours, Baudeau et les Economistes. C'est également chez le maître des Economistes qu'il a rencontré Adam Smith, vers 1762, quand le célèbre écrivain, qui n'était pas encore connu pour ses travaux économiques, vint pour la première fois en France avec le jeune duc de Buccleugh. Morellet dit dans ses Mémoires : « M. Turgot, qui aimait la métaphysique, estimait beaucoup le talent d'Adam

Smith; nous le vîmes plusieurs fois. » Dupont de Nemours rapporte aussi cette rencontre et parle d'Adam Smith, de Turgot et de lui-même comme ayant été « condisciples chez Quesnay ».

Avec Gournay, enfin, Turgot a connu les deux Trudaine, Albert qui fut depuis intendant du commerce et lieutenant général de police à Paris, et tous ces hommes de talent, administrateurs courageux qui défendaient les doctrines libérales auprès des conseillers d'État et des ministres du jour, presque tous de l'école de Golbert.

Il a été reçu chez la marquise du Deffant, mais il n'eut jamais d'intimité avec elle. II l'abandonna très vite, pour suivre Mlle de Lespinasse lorsque, se retirant de chez sa protectrice, elle fonda, à son tour, une société et un salon. Il avait d'ailleurs peu de goût pour Tami de la marquise, le duc de Ghoiseul, qui devait devenir plus tard son plus redoutable adversaire. Il passait déjà, et non sans raison, comme hostile aux parlements, quoiqu'il y eût des parents et des amis personnels, auxquels il resta toujours fidèle. Il accepta, en 1754, de faire partie d'une Chambre royale, c'est-à-dire d'une sorte de commission instituée après l'exil des membres d'une des cours du Parlement, pour juger à sa place les affaires de son ressort; ce qui le brouilla définitivement avec les parlementaires et avec le parti Ghoiseul.

Il était d'ailleurs, par principe, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, un homme de gou-

vernement, et son respect pour l'autorité du roi le tenait à Técart de toutes les oppositions.

Mme du Hausset raconte dans ses Mémoires que, dînant un jour chez Quesnay à Paris, elle y trouva « un jeune maître des requêtes d'une belle figure qui portait un nom de terre que je ne me rappelle pas (celui de Brucourt), mais qui était fils du prévôt des marchands Turgot. On parla beaucoup d'administration, ce qui d'abord ne m'amusa pas; ensuite il fut question de l'amour des Français pour leur roi; M. Turgot prit la parole et dit : « Cet « amour n'est point aveugle, c'est un sentiment pro- « fond et un souvenir confus de grands bienfaits. « La nation et, je dirai plus, l'Europe et l'humanité « doivent à un roi de France (j'ai oublié le nom) la « liberté ; il a établi les communes et donné à une mul- « titude immense d'hommes une existence civile.... » Je priai M. Quesnay d'écrire ce qu'avait dit le jeune Turgot, et je le montrai à Madame (de Pompadour). Elle fit à ce sujet l'éloge de ce maître des requêtes et, en ayant parlé au roi, il dit : « C'est une bonne race. »

Les économistes avaient, il faut bien le reconnaître, une tendance souvent excessive à s'appuyer sur l'autorité. Pour réaliser leurs idées, quelquesr uns d'entre eux auraient préféré un despote honnête homme, près duquel ils auraient pu faire prévaloir leur système, à un gouvernement plus libre, soumis à des influences sur lesquelles il aurait fallu agir séparément. Turgot n'allait pas si loin, mais il n'était pas partisan de ce qu'on appelait déjà « la balance

des pouvoirs » ou a Téquilibre des forces » et autres combinaisons imaginées en vue de tempérer le pouvoir du chef de TEtat. Il craignait que les obstacles qu'on voulait opposer au mal ne devinssent des entraves au bien. Il voulait que le Prince pût exercer, pour protéger la liberté des individus, ce qu'on a appelé de nos jours, en abusant souvent du nom et de la chose, les droits de l'Etat. Il ne confondait pas cependant les droits de l'Etat ou du Prince avec ceux que certains philosophes prétendaient appartenir à la société. « On s'est beaucoup trop accoutumé dans les gouvernements, disait-il, à immoler toujours le bonheur des particuliers à des prétendus droits de la société. On oublie que la société est faite pour les particuliers. » Il considérait toute autorité qui s'étend au delà du nécessaire comme une tyrannie; mais il n'eut jamais une idée très claire de ce que nous désignons aujourd'hui par le nom de garanties politiques. Il croyait trop aisément que les attributions consultatives de certaines assemblées locales, et la publicité étendue donnée à leurs délibérations sous forme de vœux, pouvaient tenir lieu des libertés politiques et suffisaient à garantir les droits des citoyens.

Par D'Alembert, Turgot entra à l'Encyclopédie et fit la connaissance personnelle de Voltaire. C'est en 1760 qu'il accomplit le pèlerinage des Délices. « Vous aurez bientôt, écrit D'Alembert à Voltaire, une autre visite, dont je vous préviens : c'est celle de M. Turgot, plein de philosophie, de lumières, de

connaissances et fort de mes amis, qui veut aller vous voir en bonne fortune. Je dis en bonne fortune, caj*j propter metum judœorum, il ne faut pas qu'il s'en vante trop, ni vous non plus. »

Voltaire répondit à D'Alembert, après avoir reçu la visite de Turgot : « Je suis encore tout plein de M. Turgot. Je ne savais pas qu'il eût fait l'article Existence; je n'ai guère vu d'homme plus aimable ni plus instruit, et, ce qui est rare chez les métaphysiciens, il a le goût le plus fin et le plus sûr. »

Quoique Turgot ait été tout à fait séduit par Voltaire, sa passion n'était pourtant pas aveugle et elle subit quelques éclipses : d'abord quand Voltaire prit pour de la prose les vers métriques de l'abbé de Laage; plus tard, aussi, quand le patriarche de Ferney fit paraître sa spirituelle diatribe contre l'impôt unique sous le titre de l'Homme aux quarante écus. Du côté de Voltaire, il y eut plus de constance; il ressentit la destitution de Turgot en 1776 comme un malheur personnel. « Je ne vois plus que la mort devant moi, écrit-il à La Harpe, depuis que M. Turgot est hors de sa place. Je ne conçois pas comment on a pu le renvoyer. Ce coup de foudre m'est tombé sur la cervelle et sur le cœur. »

Deux ans après, en 1778, quand il vint à Paris, ou il fut reçu comme un triomphateur, il voulut voir Turgot.

« Nous avons été témoins en 1778, dit Condorcet, de l'enthousiasme mêlé d'une vénération tendre et

profonde que le nom, que la vue de M. Turgot excitaient dans cet illustre vieillard. Nous l'avons vu, au milieu des acclamations publiques, accablé sous le poids des couronnes que lui prodiguait la nation, se précipiter au-devant de M. Turgot d'un pas chancelant, saisir ses mains malgré lui, les baiser et les arroser de ses larmes en lui criant d'une voix étouffée : « Laissez-moi baiser cette main qui a signé le salut du peuple ».

Turgot écrivit en 1755 pour Y Encyclopédie cinq articles, qui parurent en 1756 : Etymologie, Existence, Expansibilité, Foires et Marchés, Fondations. Il avait formé le projet d'y faire insérer encore d'autres articles, comme Mendicité, Inspecteurs, Hôpital, Immatérialité ; mais, l'autorisation ayant été retirée à la publication de l'œuvre des philosophes, il ne crut pas compatible avec sa qualité de magistrat d'y collaborer plus longtemps.

La publication de l'article Existence fut un véritable événement littéraire et philosophique. Le monde des gens de lettres et des encyclopédistes avait été frappé de la précision Bt de la clarté du style, de la nouveauté et de la profondeur des idées. Un écrivain, un philosophe semblait s'être révélé. Une impression semblable se produit encore aujourd'hui sur ceux qui, pour la première fois, lisent ce morceau remarquable. Cousin l'admirait beaucoup et lui a fait une place à part dans l'œuvre philosophique du XVIII® siècle.

« Gomme métaphysicien, dit-il, Turgot appar-

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tient à Técole de Locke, ainsi que tous les hommes de son siècle, ainsi que Hutcheson et Smith, avec lesquels il a tant d'analogie; mais, comme eux, il a su échapper à tous les vices de cette école, grâce à rétendue et à la pénétration de son intelligence, grâce surtout à la noblesse de ses sentiments et de son caractère. Dans une lettre à Condorcet sur le livre de V Esprit, il fait justice de la triste et absurde morale d'Helvetius.... Mais la trace la meilleure qui subsiste de sa métaphysique est l'article Existence. »

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