UL CORVÉE
d'octroi perçus par les villes, signalèrent également radministration de Turgot dans le Limousin . Il avait remarqué les désordres qui accompagnaient le transport des équipages des troupes : la perte d'un temps précieux, quelquefois irréparable, la vexation du paysan par le soldat, la répugnance extrême des particuliers pour ce genre de service ; le défaut d'ordre, d'économie, de justice, avec lequel il s'exécutait. Témoin de tous ces abus, ayant pour lui l'expérience du même service bien plus avantageusement fait par des entrepreneurs aux dépens des provinces, dans le Languedoc et la Franche-Comté , il informe le contrôleur général de son intention d'organiser de la même manière cette branche du service public dans le Limousin ; il lui montre tous les vices , tous les abus inséparables du système existant, les avantages attachés au système contraire; il termine en disant que « les observations qu'il vient de proposer peuvent senir, par leur trivialité même, à prouver combien il est avantageux au gouvernement de tout payer en argent, parce que de cette manière seule il sait exactement ce qu'il lui en coûte, et que par là même il lui en coûte infiniment moins. » Il rappelle une venté économiquement trop méconnue ou trop oubliée aujourd'hui , parce qu'elle rentre dans cet ordre de sophismes qu'un économiste moderne de beaucoup ^e verve et de sagacité a intitulé : Ce qu'on voit et ^^ qu'on ne voit pas, à savoir que ce qui est avanta- ST^ux aux particuliers est avantageux à la chose pui^Iique. Et cependant plus d'un administrateur, en
voyant un travail d'intérêt public exécuté pai les par* ticuliers, et ne voyant pas ce qu'il leur coûte, nW voyant pas le prix sortir du budget de la commime, du département ou du trésor public, pieut s'ima'^r giner que le pays, le département ou la commuta a beaucoup gagné à ce mode d opération. Tel n'est point Tavis de Turgot , et avec raison : « La dépense en argent est toujours prise sur les revenus ; la dépense en nature diminue souvent la «ourcé des richesses. La dépense en argent se répartit sur tous les sujets du roi à proportion de leur fortune; la dépense en nature frappe au hasard quelques particuliers et attaquç la liberté, la plus précieuse certainement de toutes les propriétés. »
Depuis quatre ans déjà le transport des équipages des troupes par abonnement était organisé dans le Limousin, et l'avait été depuis par les intendants d'autres provinces, à Montauban et à Bordeaux. Le gouvernement y trouvait enfin son avantage, ainsi que les provinces et les particuliers. Il était question de généraliser la mesure, mais en chargeant de ce service une compagnie générale, qui aurait eu ses agents dans toutes les provinces. L'intendant de Limoges voit là un calcul vicieux : il en écrit au contrôleiu^ général, pour lui faire comprendre que l'abonnement sera plus économique s'il est fait par chaque int^BU'* dant pour sa province respective, et que le service sera mieux fait. 11 rappelle à ce sujet une lettre qu'il avait écrite en 1765 à M. d'Ormesson, lettre très détaillée^ et qui a été perdue. Il est vraisemblable que là déjà se