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LE RECRUTEMENT

Tant et de si grands services rendus à la généralité méritèrent à leur auteur la confiance et les bénédictions du peuple. L'autorité morale de Tintendant fut telle à la fin qu'il put, sans trop de peine, faire entendre raison aux paysans sur un point du plus haut intérêt pour eux et pour l'Etat. Dans le Limousin, peut-être plus qu'ailleurs, le service militaire répugnait extraordinairement aux campagnards; nombre de jeunes gens s'enfuyaient dans les bois ; les autres, pour n'être pas obligés de servir en lieu et place des fuyards, se mettaient à leur poursuite. On combattait à coups de fusil et de hache; le sang coulait chaque jour; des inimitiés implacables naissaient de cette guerre civile et devenaient le germe d'une autre. Ce déplorable esprit des populations de la campagne était encore fortifié par une ordonnance inintelligente , qui proscrivait la cotisation et le remplacement volontaire. L'intendant, qui tenait à mettre fin à un pareil désordre, jugea prudent de le faire par les moyens qu'il croyait le plus convenables, sauf ensuite à s'en faire absoudre. Cette fois encore il prit les curés pour organes auprès de ces malheureux. Il les pria de bien persuader à leurs paroissiens, avant le tirage, qu'ils pouvaient compter sur sa justice et sa diligence ; que les uns n'avaient

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