IX
L*ÀGIUCULTUB£ ET L'ÉCOLB VÉTÉRINAIRE.
Oq sait quel intérêt tout particulier Tintendant de
Limeras portait à Tagriculture. Aux bienfaits dont nous
la savons déjà redevable à cet administrateur éminent,
il faut en ajouter plusieurs autres : rétablissement
dune école vétérinaire à Limoges, Tintroduction des
prairies artificielles, là distribution gratuite des graines
propres à les multiplier, par Tintermédiaire de bureaux
d'agriculture. Cette innovation permit aux Limousins
d'élever une plus grande quantité de bétail, et ajouta
indéfiniment à laisance du pays.
Lorsqu'une question n'était pas suffisamment éclaircie à ses yeux, ou que la solution avait besoin d'être vulgarisée par quelque bon écrit , il la mettait au concours. C'est ainsi qu'il fit proposer par la société
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d'agriculture de Limoges, dent il était le prâsidttAt; éfê prix aur r^nses à ces question» : « Sur les Ifantifts du labour des cbevawt et de celui des hUMh^ et Sur les raisons qui peuvent faire préférer Tun à l-autré. <««- Quels sont les effets des impôts indirects sur le revenu des propriétaires des biens-fonds. — Sur la tneiUeure manière d'estimer exactement le revenu des bièiis* fonds. — Sur la fabrication des eaux-de-vie. *— Sur rhistoire du charançon , et les meilleurs moyens dé détruire cet insecte. » Plusieurs de ces questions furent bien traitées, et Tune d'elles, la seconde, fut même une occasion pour Turgot de faire une dissertation remarquable sur ce sujet. Nous en parlerons ailleurs.
Un insecte, le papillon du blé, exerçait beaucoup de ravages dans TAngoumois. Ce papillon est d'autant plus redoutable qu'il est plus fécond ; chaque couplé produit plus de deux cents œufs, et chaque c^^f donne une chenille qui dévore un grain de blé. C'est vraisemblablement cette espèce d'insecte qui a laissé des souvenirs dans notre histoire du temps de Charlemagne : le fléau fut tel que le» paysans croyaient que le démon avait évidé les grains de blé, qu'il en avait enlevé la farine et ne leur avait laissé que l'écorce.
En 1734, cet agent diabolique reparut prèé de Luçoa; il étendit de proche en proche ses ravages, et réduisit presque à rien dans l'Angoumois des récoltes qui avaient donné les plus belles espérances. Les habitanJts, qui cherchaient à vendre au loin des blés ainsi taris; ne réussirent qu'à propager le mal. Du. HX* mel et Tillet reçurent du gouvernement la mission
L AGRICULTUEE. It5
d'aljbr étudier le papillon du blé, et de chercher les moyens d'en détruire la race. Ils ne trouvèrent rien de miaia que de souiaettre le grain à une chaleur de 60 degrés, chaleur suffisante pour faire périr Tinsecte. Mais le remède avait ses dangers, puisque le grain perd sa faculté germinatrice lorsqu'il est soumis à une chaleur de 70 d^rés. 11 fallait donc une assez grande précision dans l'emploi de ce moyen. U fallait, de plus, que l'opération se fit en grand, sans quoi le paysan découragé se trouvait avoir raison : « A quoi bon, disaitil, tuer les papUlons de mon blé? il sera dévoré Tannée prochaine par ceux que produiront les œufs des papillons de mes voisins. » Turgot ne se borna pas à répondre ceci, très vrai d'ailleurs : « 11 y aura d'abord en moins vos papillons, qui ne feront plus d'œufs; l'année prochaine vous détruirez les œufs de vos voisins; vos voisins vous imiteront, et vous parviendrez à détruire la race. » Il fit plus; il mit les curés dans ses vues, non pas pour exorciser le papillon du blé, comme on le pratiquait ailleurs, ce qui était du reste leur affaire, mais pour l'aider à faire construire des étuves en plusieurs localités. A force d'exhortations, de discours, de lettres, d'encouragements, et combi- . nant ses efforts avec ceux de l'intendant de Poitiers, dont la généralité voisine souffrait du même fléau, il fut assez heureux pour en arrêter les ravages.
Les soins qu'il apportait à l'amélioration de l'agriculture ne l'empêchaient point de porter son attention sur l'industrie et d'en favoriser le développement. Il s'entendit avec l'inspecteur des manufactures de la
province pour perfectionner les tanneries et les pape* teries. 11 proposait, discutait, encourageait les expériences, et fournissait les fonds nécessaires à la construction des machines.