RAPPORTS AVEC DES PHILOSOPHES
rattachaient au bonheur public, ni parfois de prendre part à des actes de haute justice, en sa qualité de mattre des requêtes. C'est pendant la durée d une intendance, d'ailleurs si occupée et si pleine, qu'il rédigea ses ouvrages économiques les plus remarquables : les Réflexions sur la formation et la distribution des richesses; l'article Valeurs et Monnaies; le Mémoire sur les prêts d'argent; les Lettres sur la liberté du commerce des grains; le Mémoire sur les mines et carrières.
Le fanatisme, qui est de tous les temps, par la raison que les lumières ne peuvent être le partage de tous, même chez les peuples les plus éclairés, était panrenu à ^arer jusqu'à des hommes qui devaient en être doublement à l'abri et par leur instruction et par leur ministère. Le Parlement de Toulouse, jugeant comme l'aurait pu faire une populace aveuglée, avait condamné contre toute vraisemblance , comme coupable d'homicide sur la personne de son fils, un msdheureux père de famille. Mais il était protestant, et son fils, de mœurs peu réglées, d'un caractère sombre et inquiet, s'était pendu dans la maison paternelle. Donc le père était coupable de sa mort. C'était d autant plus vraisemblable aux yeux d'une certaine populace, que l'un des frères de ce jeune homme avait abjuré le protestantisme. Donc celui-là, ayant voulu faire de même, avait été pendu pour prévenir l'exécution de ce projet. Une sentence du Parlement condamne en effet Taccusé à périr sur la roue; ses biens sont confisqués, sa famille ruinée et désho-
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norée. Voltaire, transporté d'un double zèle, met tout en œuvre pour réhabiliter la mémoire de l'infortuné Calas, et sauver sa famille de lopprobre et de la ruine. Le Conseil du roi, saisi de l'affaire, casse !*«*• rêt du Parlement de Toulouse. Turgot, qui se trouvait alors à Paris, ou qui s'y était rendu avec intention, fut l'un des magistrats qui réparèrent, autant qu'il était humainement possible, cette horrible iniquité : il parla même dans cette occasion avec une force, une véhémence qui ne lui était pas ordinaire.
Ce fut peu de temps après qu'il fit chez d'Alembert la connaissance de Condorcet, bien jeune encore, mais dont le savoir était grand déjà et les sentiments généreux. Ces deux âmes se comprirent aisément et s'unirent d'une amitié qui devint toujours plus étroite. Le supplice de Calas, celui du chevalier de Labarre; des mœurs encore assez féroces pour provoquer de pareils attentats juridiques; des tribunaux assez barbares pour partager des sentiments aussi étranges, dans un siècle et dans un pays où les lumières semblaient d'ailleurs jeter un si vif éclat ; une législation qui faisait encore payer de la peine capitale une irrévérence condamnable sans doute, mais qui n'était, après tout, ni un homicide, ni un délit sans excuses; un pareil état de choses ne pouvait manquer d'occuper deux esprits aussi éclairés. La législation criminelle laissait visiblement à désirer, et la réforme en était pressante. Condorcet ambitionnait pour la France les lois pénales de l'Angleterre* Turgot, qui en connaissait mieux les: imperfections, ou qui voyait le
danger de leur application par des tribunaux français, les croyait insuffisants : il fallait une réforme tout à la fois plus profonde , plus rationnelle et plus d'accord avec Tesprit national. 11 s'établit eutre eux une correspondance ayant pour objet des questions de celte nature^ ou d'autres sujets d'un moindre intérêt, mais dignes encore d'occuper des littérateurs, des savants et des moralistes. Par malheur il n'en reste presque plus rien.
Enfin était arrivé le moment où Turgot pourrait faire avec plus d'autorité , et sur des plans beaucoup plus vastes, une partie du bien qu'il croyait nécessaire et possible. Le 20 juillet 1774, il fut appelé au ministère de la marine.