CHAPITRE PREMIER- Sa famille. — Son enfance
Tout n'est pas préjugé dans la persuasion que les \ertus et les vices sont héréditaires. Il n'y a rien là de fatal assurément; mais il faudrait nier l'influence de l'exemple, des bons conseils, d'une autorité respectée, des bonnes habitudes de l'enfance et de la jeunesse, le pouvoir de l'éducation enfin, pour ne pas admettre une sorte de tradition pratique dans la famille. Qui itérait affirmer, d'ailleurs, que les habitudes intellectuelles et morales ne communiquent pas à l'organisme une vertu particulière qui en fait un serviteur de l'âme plus docile et plus puissant?
La famille de Turgot confirmerait au besoin une opinion propre à encourager les uns sans les énerver, et à stimuler les autres sans les désespérer. Un sang, si généreux qu'il soit, laissera toujours beaucoup à
faire aux efforts inditiduels; jamais non plus il ne sera si corrompu qu'une bonne volonté n en puisse au moins tempérer la mauvaise influence.
C'est donc un bonheur et non un mérite d'être sorti d'une race où les vertus sont pour ainsi dire patrimoniales. Ce bonheur fut celui de l'homme illustre dont nous essayerons de retracer la vie. Le peuple est rarement prodigue de bons sentiments envers ceux qui sont au-dessus de lui; mais il est d'autant plus sensible aux bienfaits, qu'ils sont plus marqués et plus constants. On peut donc croire que la famille des Turgot avait bien quelque titre à l'estime et à l'affection populaire , quand on sait que leur principale terre s'appelait les Bons-Turgot.
Les Turgot, originaires d'Ecosse, passèrent en Normandie du temps des Croisades. Ils auraient pour chef connu, suivant les biographes, Togut, prince danois, qui vivait mille ans avant Jésus-Christ. Cette famille compterait également parmi ses membres plusieurs personnages : saint Turgot, abbé du monastère de Dunelm, premier ministre de Macolm III, mort évêque de Saint-André, et' dont les historiens louent les vertus, le grand savoir et l'éloquence; le fondateur de l'hôpital de Condé-sur-Noireau en 1281 ; Jacques Turgot, l'un des présidents de la noblesse de Normandie aux États généraux de 1614, et qui s'y distingua par son courage et son talent oratoire. Il attaqua vivement la faveur exorbitante dont le comte de Soissons venait d'être l'objet de la part du gouvernement, oui lui avait accordé toutes les terres vaines et