‹ Turgot, sa vie, son administration, ses ouvragesChapitre 40 sur 41 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

Quand 3 n'y aurait rien à ga^er sur la terre à se débattre pour lé ciel; quand le zèle de la vérité ne serait jamais un moyen de perdre son rival ou son ennemi, de s'élever sur leurs débris, de s'enrichir de leurs dépouilles, d'obtenir une préférence à laquelle ils pouvaient prétendre, les esprits ne s'en calmer£|ient pas*davantage et les sectes n'en seraient pas plus tranquilles.

— Ou bien :

Il n'y a jamais rien eu à gagner sur la ten*e à se débattre pour le ciel ; le zèle de la vérité n'a jamais été un moyen de perdre son rival ou son ennemi, de s'élever sur leurs débris, de s'enrichir de leurs dépouilles, d'obtenir une préférence à laquelle ils pouvaient prétendre,

— Ou bien :

Quoiqu'il y ait eu quelquefois d'assez bonnes choses à gagner sur la terre à se débattre pour le ciel, jamais ceux qui se sont débattus^ pour le ciel n'ont cherché à rien gagner sur la terre ; et quoique le zèle de la vérité ait pu être quelquefois un moyen de perdre son rival ou

y faire soupçonner, que la religion est un objet frivole; car l'auteur ne disant rien qui approche de cette supposition, ce serait une insinuation calomnieuse et atroce. Or, les docteurs sont incapables de calomnier.

(i) Me voici encore dans l'embarras : je n'ose prononcer si la condamnation tombe ici sur la proposition conditionnelle qu'énonce l'auteur, ou sur les suppositions tacites que les docteurs y ont vues. Pour ne laisser aucun subterfuge à Terreur, j'ajoute à la contradictoire directe les contradictoires des deux suppositions que 9ous-eatend l'auteur. Les trois propositions qu'on peut opposa à la proposition condamnée sont exprimées dans les trois alinéas placés sons cen'XXIV.

LES TRENTEH5EPT VÉRITÉS, 471

son ennemi, etc., etc., etc., jamais les zélés n'ont usé de ce moyen (1).

Le plus infaillible moyen qu'ait un prince de rendre la religion chère à ses peuples n'est pas de faire juger de la sainteté de sa croyance par la sainteté de ses mœurs, de donner son règne pour exemple et pour gage de la vérité qui F éclaire et qui le conduit : punir, exiler, emprisonner ceux qui refusent de la croire serait un moyen tout autrement infaillible de la rendre chère à ses peuples.

L'ennui de disputer sur ce qu'on n'entend pas sans être écouté de personne n'apaise point les troubles : quand on ne donnerait aucune attention aux nouveautés, il n'y aurait pas moins de novateurs, et la mode n'en passerait point (2).

Les armes temporelles sont lés armes de la vérité : le droit du glaive lui appartient exclusivement ; et l'erreur, lors même qu'elle aura l'autorité en main, ne pourra l'exercer, parce«qti'elle sera l'erreur. Il ne s'ensuit donc

(i) il est certain que la condamnation de la proposition dont il s'agit nous oblige à croire au moins une de ces trois choses.

(2) Cette proposition est encore une de celles qui renferment une supposition tacite ; car Bélisaire suppose évidemment que les disputes dont il parle sont ennuyeuses et inintelligibles. 11 faudrait être bien injuste pour trouver mauvais que les dectenis condam-

pas que la persécution changera d'étendards et de victimes au gré de l'opinion du plus fort. Il est bien vrai qu'Anastase a persécuté ceux que Justinien a protégés, et que les enfants de ceux qu'on égorgeait alors ont égorgé à leur tour la postérité de leurs persécuteurs; mais il faut remarquer que lorsque les hérétiques égorgent les orthodoxes ils persécutent la vérité , au lieu que quand ce sont les orthodoxes qui égorgent les hérétiques ils ne font que punir l'erreur : ainsi, le raisonnement de Bélisairo n'est qu'un sophisme fondé sur une équivoque. Il a très bien observé que les différents partis se massacraient alternativement ; mais il n'a pas vu que ces massacres alternatifs méritent ou ne méritent pas le nom de persécution, suivant que ce sont les hérétiques ou les orthodoxes qui massacrent.

Le prince orthodoxe est toujours sûr d'avoir saisi le point unique de la vérité dans les espaces immenses de l'erreur. Il a raison de prétendre qu'il l'a saisi plutôt que tout autre, et que c'est lui qui est orthodoxe et non ceux qui pensent autrement que lui. Cette prétention n'a pas besoin d'autres preuves que celles qui lui ont paru bonnes. Elles suffisent pour le mettre en droit d'exiger, le fer à la main, que tous ses sujets en soient persuadés.

nassent une supposition si scandaleuse. Aussi suis-je très convainca que c'est là ce qui, dans cette proposition^ a le plus enflammé leur zèle, et que la vérité qulls ont voulu nous enseigner est celle-ci : Jamais les disputes théologiques ne sont ennuyeuses; on s'y entend toujours parfaitement; tout le monde les écoute et s'en occupe avec on plaisir toujours nouveau.

La persuasion qui vient du ciel n*a point par ellemême un ascendant victorieux ; elle a besoin d*ètre aidée parla force. La persuasion qui vient des hommes a d'autres droits que ceux de la raison sur la raison ; car, lorsque c'est le plus fort qui a raison, elle a encore le droit du plus fort.

Il est raisonnable qu'un mortel donne pour loi sa croyance; car les gens de bonne foi n'ont jamais été séduits ni trompés.

Quoique les princes ne soient pas infaillibles et que ce ne soit pas un devoir pour leurs sujets de les supposer tels, les princes ne doivent pas se contenter de demander à Dieu d'éclairer ceux qui pensent autrement qu'eux : soit qu'ils croient parce que Dieu les éclaire, soit qu'ils croient sur la foi des hommes, il suffit qu'ils soient persuadés et qu'ils aient l'autorité en main pour qu'ils puissent forcer les autres de se conformer à leur façon de penser.

Quoique les partis conviennent également qu'ils ne comprennent rien à ce qu'ils décident, ils n'en sont pas moins en droit de faire un crime de douter de ce qu'ils décident.

Laissez descendre la foi du ciel, elle ne fera que des rebelles et des fripons; mais avec des édits on fera des prosélytes.

La vérité ne luit point de sa propre lumière, et on peut éclairer les esprits avec la flamme des bûchers»

Si la violence et la oruauté mettent à la religion la flamme et le fer à la main ; si les joinces qui la profes^^ sent, faisant de ce monde un enfer, tourmentait au nom d'un Dieu de paix ceux qu'ils devraient aimer et plaindre, ils pourront être très dignes de leur religion, qui n'en sera pas moins douce, ni eux non plus.

Pourquoi les hommes s*étonneraient-ils de voir un homme s*ériger en Dieu, et commander, les armes à la main, de croire ce qu'il croit et de penser comme il pense? Ils doivent y être accoutumés depuis longtemps; d'ailleurs, la Sorbonne trouve cela tout simple.

L'empereur avait raison, quand les Vandales étaient révoltés en Afrique, de se mêler des disputes des théologiens et de donner des édits pour des puérilités auxquelles il ne comprenait rien ; et Salomon , son général, avait grand tort de renoncer à faire la guerre pour forcer les Vandales à quitter leur croyance.

OBSERVATION

Les commissaires députés annoncent qu'outre ces trente-sept propositions ils en ont noté beaucoup d'autres dignes de répréhension, mais qu'ils n'ont pas jugé à propos de les placer dans leur Indtculus. C'est bien dommage I Cependant on espère que le public n'y perdra rien, car ils promettent d'en faire jnention dans la conclusion de leur censure.

Des gens de goût du collège Mazarin ont été blessés de trouver la latinité des titres et des notes de YlncUcultis si plate et si barbare. Cette critique est peu réfléchie, et ne serait bonne que si YlncUculns était l'ouvrage d'un rhétoricien. Mais il n'est pas ici question de style et d'élégance ; l'objet d'une censure théologique est trop grave pour qu'on s'y occupe des mots.

D'autres personnes ne goûtent point ce nombre de XXXYII propositions. Elles disent que ce compte n'est point un compte rond, qu'il n'a rien de piquant; elles voudraient que les docteurs se fussent arrêtés à cinq propositions, ou bien qu'ils eussent été jusqu'à cent une, ou mieux encore jusqu'à mille et une, qui sont des nombres consacrés pour ces sortes de choses. Cette critique est ingénieuse, mais un peu trop sévère.

QUOD FELIX FAUSTUM JUCUNDUMQUE

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