CHAPITRE SECOND
De l’Église Cathédrale , et des autres Églises Paroissiales de la ville de Turin.
Quoique nous ayons das notices fort-anciennes sur les Évêques de Turin , nous n'avons point de jrenseignemens sur les premières Paroisses de cette Ville. L’on sait qu’il n’y avait point de curés dans les trois premiers siècles , et que les Paroisses ne commencèrent à figurer dans l'Église qu’après le régne de Constantin ; tout porte à croire que celles de Turin s’établirent successivement sous les Lombards , et que leur nombre fut augmenté ensuite par les Princes de la Maison de Savoie. On donne comme certain qu’en 890 , il y avait déjà à Turin sept Églises Paroissiales, qui étoient celles de saint- Jean , de sainte-Marie de place , des Ss. Philippe et Jacques , des Ss. Simon et Judas , de saint-Eusèbe , de saint-Martinien et de saint-Martin ; que les Curés titulaires de ces Paroisses étoient Chanoines de saint -Salvatore , et qu’ils étoient pour celà appelés Chanoines Cardinaux.
Du tems du Duc Emmanuel Philibert , lorsqu* la ville de Turin se trouvait encore dans les limites de son enceinte carrée , on y comptait neuf paroisses qui sont rapportées par Pingone. Environ nn siècle après on y en comptait douze , suivant ce qui est dit par Monsignor délia Cbiesa dans la Corona Reale. Pendant cet intervalle" la ville de Turin avait été agrandie du côté de la Porte-neuve ;
mais la seule Paroisse de saint-Eusèbe avait étendu sa jurisdiction sur les quartiers de la nouvelle Ville. En 1755, après que la ville de Turin eut reçu le» nouveaux agrandissemens vers la Porte du Pô , et la porte de Suse , l’on n’y compta plus que neuf Paroisses. Celles des deux faubourgs comme celles de la Crocelta et de Pozzo di Strada , qui , toute» les quatre avoient été fondées en 1727 , n’èioient point de ce nombre.
A’ travers de ces changemens l’on a vu d’anciennes paroisses disparaître et d'autres changer de nom. On ne connait plus aujourd'hui les Paroisses de saint-Agnès , de saint-Pierre del Gallo , de saint- Silvestre et de saint-Simon, Il serait même difficile de retracer toutes des innovations qui ont eu lieu dans cette partie du régime intérieur de notre Église , d’autant plus qu’il a existé des Églises Paroissiales dans les faubourgs qui ont été démolis par les Français, en i536 , et dont à peine on conserve le souvenir. Mais il est assez remarquable que la ville de Turin se trouva partagée en douze paroisses lorsqu’elle était circonscrite par l'enceinte carrée , et qu’elle n’en eut plus que neuf après qu’elle eut triplé sa circonférence par les divers agrandissemens.
A* la nouvelle entrée des Français en Piémont , le nombre des Paroisses de la ville de Turin a été porté à treize par une nouvelle circonscription dans laquelle on en établit quatre de nouvelles , qui sont celles de sainte-Croix , de sainUCharles , de saint- François de Paule et du saieuSacrement. Cette
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distribution a paru plus convenable à l’étendue de la Ville et à l’état de sa population , et a été maintenue après le retour de Sa Majesté, à l’exception de la Paroisse de sainte-Croix qui vient d’être supprimée. Le nombre de treize Paroisses cependant sera conservé par le rétablissement de celle du Crucifix qui est la Paroisse de Cour: et on pourrait même aujourd’hui porter à quinze le nombre des Paroisses de Turin, par l’addition de celles des deux faubourgs qui se trouvent presque faire partie de la Ville Nous allons faire la description de toutes ces Églises Paroissiales , en commençant par celle de saint-Jean, qui est en même tems l’Église Métropolitaine.
L’Église catuédiule, sous l’invocation de saint-Jean Baptiste date du 602 , avant été fondée par Agillulph Duc de Turin , devenu Roi d’Italie par son mariage avec Théodélinde veuve du Roi Autari. Nous n’avons point de notices sur la forme de cette ancienne Église , qui ne pouvait pas être gothique pareeque l’architecture qui porte ce nom n’a été introduite qu’après les excursions faites en Europe par les Arabes. C’est une remarque à faire que la ville de Turin n’offre point dans ses anciennes constructions de ces monumens appellés gothiques ; effet de l’état de délaissement où elle s’est trouvée depuis le neuvième jusqu’au quatorzième siècle. Nous savons que l’ancienne Église Cathédrale avait trois nefs qui comprenoient trois Églises en un seul corps de bâtiment : celle de saint -Salvatore et celles de saint-Jean et de saint-Maxime. C’est à l’Église de
saint- Sah’titore que se trouvoîent attachas les Cha« tioines Cardinaux dont nous avons parlé , qui , vers le onzième siècle, par les soins de i’Évêque Reguimire , ont donné lieu à l’institution du Chapitre qui existe maintenant.
Les Chanoines de la très-sainte-Trinité y ont été fondés par Mainfroi , Marquis de Suse, et ont été dotés par les largitions de sa fille Adélaïde devenue l'épouse d’Odon Comte de Savoie , ce qui eut lieu en l’année 1060.
De vieux documens nous apprennent que l’ancienne Église de saint-Jean était déjà ménarée en 1020 , lorsqu’elle fut réparée par les soins de Gandulphe ou Landulphe Évêque de Turin. Elle fut restaurée presque des fondemens en 1367 avec de fortes dépenses par l’Évêque , Thomas de Savoie , et à l’avenement au siège Épiscopal de Turin du Cardinal Dominique de la Rovere , en i48 1 , elle tombait de vétusté. Le clocher de cette Église avait déjà été rebâti par l’Évêque Compesio son prédécesseur. La première pensée de l’Évêque Cardinal fut de soutenir le corps de l’Église par do fortes réparations , mais il renonça à cette idée par le projet qu’il conçut d’une nouvelle construction , en y consacrant une somme immense d'argent. Ce fut une entreprise alors d’un genre tout-à-fait extraordinaire , mais qui ne répondit pas à l’attente de son fondateur. Le clocher de l’Église de saint- Jean, rebâti par l’Évêque Compesio, n’était pas tel qu’on le voit aujourd’hui 5 cette belle architecture qui en décore la sommité a été exécutée du tems du Roi Victor Amédée II , d’après les dessins de Juvarra .
La démolition de l’ancienne Église de saint-Jea» a été achevée en 1491,’ et le 22 juillet de la même année fut posée Ja première pierre de la nouvelle Église ; fonction à laquelle assista la Duchesse régente de Savoie , Blanche de Monferrat veuve du Duc Charles premier et tutrice du jeune Duc Charles Jean Amédée. Sur la pierre on plaça quelques pièces de monnaie en or , et la bâtisse fut continuée pendant sept années , l’édifice ayant été achevé en 1498 sous le règne du Duc Philibert II , ce qui est constaté par l’inscription placée sur sa façade que nous allons rapporter. La nouvelle Église n’a été consacrée qu'en i5o5 par l’Évêque Louis de la Rovere successeur du Cardinal : voici l’inscription.
10ANNI . BAPTISTAE PRAECVRSORI DO . RVVERI . TAVRiNENSlS . PRAESVL UN . S . RO . E . CARDINALES! . TITVLO . S CLEMENT1S . A . SIXTO . 1111 . PONT . MAX ALLECTVS . BASILICAM . S1TV . VETVST ATQ . LABENTEM . A . PVNDAMENTIS • EMOLITAM . AVCVSTIORE. ORNATV .PIE RELIGIOSEQ . AD . PATR1AE . DECV8 . ET PEIP . CRISTIANAE . HONESTAMENTVM ILLVSTRIB . 8ABAVD1AE . DVCIB . 10 . KAROLO AMEDEO . ET . BLANCA . EIUS . MATRE TVTRICEQ . REMP . AEQVO . IVRE . ADMINISTRANT» EREXIT . AC . PH1LIBERT0 . II DVCE . ITIDEM . FLORENTISS . IVSTISS.
Q . DEDICATAM . ABSOLVIT ANN . SAL . M . CCCCXCVIII
Il Suffit de lire cette inscription pour s’apercevoir que le Cardinal de la Rovere avait cru se rendre agréable au Pape Sixte IV par la réconstruction de cette Église. Ce Suprême Pontifie, né d'une famille de simples bourgeois de Savone , aimait à se montrer allié avec les seigneurs de la Rovere descendant d’une famille des plus illustres de Piémont. C’est pour cela qu’il avait appelé aux premières charges les personnages de cette maison , et il n’était pas façhé que son nom parut dans cette grande entreprise. La nouvelle Église fut élevée sur les dessins , dit-on , de Bramante. Mais , soit que les plans n’ayent été tracés que par quelqu’élève de cet Architecte , qui , imitateur de son style n’avait cependant pas son génie ; soit , que les gens chargés de l’exécution de ces plans , s’en soient écartés par l’envie de grossir leurs profits , il est certain que l’édifice ne mérite pas de porter le nom de ce grand maître. Bien qu’à l'examiner de près l’on y découvre quelques détails qui retracent le bon goût , et qui ne paraissent pas indignes du quinzième siècle : comme dans les moulures de cette ordonnance de pilastres que l’on remarque sur les façes extérieures du temple et surtout dans la sculpture des Arabesques qui servent à la décoration des portes d’entrée : ouvrage d’un dessin noble et délicat et d’une exécution correcte et facile , qui paraît prouver qu’on avait appelé à Turin des artistes de Florence , dont l’école avait acquis alors une grande célébrité. Au reste , le portail de l’Église , quoique entièrement
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de marbre et bien travaillé , est d’un style trèsmédiocre et qui laisse le regret de le voir figurer sur une place , qui , par ses aspects offre un site convenable pour un monument d’architecture. On parvient au portail par un grand escalier à plusieurs marches , et à peu de distance de la porte est une colonne fort-courte à laquelle on attachait jadis ceux qui n'avoient point fait leur pâque , ou qui avoient manqué aux lois de l’Église.
L’intérieur de la Cathédrale n’est pas plus beau que l'extérieur : il y a des choses cependant qui peuvent mériter l’attention de l’observateur. L’Église se partage en trois nefs : celle du milieu aboutit au grand autel dont le sanctuaire n’a rien de remarquable , si non qu’il reçoit de l’éclat par les riches dorures de la tribune du Roi qui s’élève d’un côté et par les beaux compartimens de l’orcheste et de l'orgue qui se trouvent de l’autre. La tribune du Roi est du dessin de l’Architecte Comte Dellala de Beinasco , et les sculptures en bois sont d’Ignace Perucca. En dessous du buffet de l’orgue il y a la chapelle du Crucifix , dont les sculptures en bois sont l'ouvrage de Boreili. Mais le voyageur doit faire attention aux deux statues en marbre placées latéralement , qui représentent sainte-Thérèse et sainte-Christine. Ces deux statues avoient été sculptées par Pierre Legros , célèbre Artiste de Paris pour compléter la décoration de la façade de l'Église de sainte-Chiistine sur la place de saint-Charles: mais reconnues trop belles pour être laissées à l’injure de l’air , on les avait retirées dans l’inté-
rieur de cette Église , en les remplaçant sur le portail par deux autres statues sculptées par Caresana. A’ l’entrée des Français en Piémont , l’Église de sainte-Christine ayant été fermée par la suppression du couvent des Carmélites , les deux statues furent transférées à l’Église Cathédrale , et bien que tout y annonce qu’elles ont été exécutées pour être vues de loin , elles ne sont pas moins belles vues de près. On doit remarquer la noble expression d’amour et de piété que l’Auteur a su donner à sainte-Thérèse, la beauté de ses vètemcns et surtout la noblesse de sa pose. Comme ouvrage d’art , cette figure est bien supérieure à celle de sainte Christine.
Les stalles du choeur , où se rassemblent les Chanoines , sont d'une assez belle menuiserie ; mais l’observateur doit porter ses regards sur un tableau de forme ovale placé audessus de la porte qui donne l’accès à des pièces qui conduisent à la sacristie. C’est un choeur d’anges qui chantent et qui jouent de plusieurs instrumens , peint par Dominique Guidaboni de Savone , dont on lit le nom par les lettres initiales D. G. F. 1709. C’est un tableau bien dessiné , et dont la composition et la couleur sont dignes d’être remarquées.
Dans une chapelle située près de la sacristie , sur le derrière , on voit le tombeau de Claude de Seyssel , le second Archevêque de Turin , mort en i5ao ; personnage célèbre par son savoir, et qui avait été professeur de droit à l’Université de Turin. Autrefois la sacristie était remarquable par
le trésor qu'elle renfermait de beaucoup de vases et ornemens très-précieux ; les événemens de la révolution ont porté atteinte à ces objets que l’on a convertis en espèces de monnaie, ou distraits, pour subvenir à des besoins très-pressans.
Les autels qui se trouvent dans les deux nefs latérales offrent quelques tableaux dignes d’être notés. Au deuxième de ces autels, en entrant à droite, la peinture de la Vierge avec l’enfant Jésus et plusieurs saints , entr’autres saint-Crespin et saint-Crespinien , est du célèbre Albert Durer , qui a peint aussi les petits tableaux enchâssés dans les parois de la chapelle. Ces ouvrages sont précieux pour l’histoire de l’art. Le tableau de saint- François de Sales , de saint-Michel et de saint- Philippe de Neri , qui est au troisième autel , est de Caravoglia Piémontais élève du Guercin qui a peint de même les compartimens de la voûte. Au sixième autel le tableau de saint-Côme et Damien* est de Jean-André Casella de Lugano élève de Pietro da Cortona , de qui sont aussi les fresques qui représentent quelques traits de la vie de ce saint. En revenant vers les portes d’entrée par la nef qui est à gauche après la tribune du Roi on voit la chapelle des sculpteurs , dont le tableau représentant saint-Luc qui peint la Vierge , est du Chevalier Danphin ; il faut y remarquer le-bas-relief en bois qui est sous la table de l’autel et qui représente les cinq sculpteurs martirs , Claudius , Nicostrate , Sjmphrone , Castorius et SimplicLus , ouvrage d’Étienne Marie Clémente de Turin , qui a aussi sculpté la petite statue de saint-Jean qui
est sur les fonts Baptismaux. Le Chevalier Dan-phin , que nous venons de citer , a aussi peint la tableau où Jésus Christ donne la Communion à saint-Honoré , que l’on voit dans une chapelle plu* bas , ainsi que les tableaux relatifs à la vie de ce saint. Le tableau de la Résurrection qui est sur l’autel qui fait suite à celui de saint-Luc , est de Frédéric Zuccheri , le premier que cet artiste ait peint durant son séjour à Turin , où il fut appelé par le Duc de Savoie. Dans la chapelle suivante on voit encore une Yierge de Caravoglia , un saint- Maxime de Casella , et le dernier tableau de ce coté , représentant saint-Jean Evangéliste , saint- Maurice et saint-Second , est de Guillaume Caccia appelé le Moncalvo , dont nous aurons souvent occasion de parler.
A’ coté du vestibule de la grande porte on voit dans une niche la statue en marbre d’une Dame à genoux, dont le corps est tourné vers la chapelle de la Yierge. C’est la Comtesse Balma qui a laissé des legs considérables aux Chanoines pour l’institution d’une procession qu’ils sont tenus de faire tous les samedi à cette chapelle. Le Chapitre de la Métropolitaine de Turin consiste en un Prévôt , un Archidiacre , un Trésorier , un Archiprêtre , un chantre et un Primicier , trente Chanoines , quatrevingt élèves du Séminaire , huit maîtres de Cérémonies , et un grand nombre de Musiciens : Le* Chanoines de la Trinité prennent leurs sièges parmi les Chanoines du Chapitre le jour de la fête de la très-sainte Trinité , mais sur des rangs in- 4 rieur*.
Les deux nefs latérales de l’Église de saint-Jean aboutissent à deux belle» façades ornées de colonnes de marbre noir , qui sont aux deux cotés du maître autel et qui donnent sur deux escaliers de marbre par lesquels on monte à la chapelle du saint-Suaire ; nom que l’on a consacré pour le Linceul que l'on vénère à Turin depuis environ deux siècles et demi, corne ayant servi à envelopper le corps de Jésus Christ lorsqu’il fut demandé par le riche Décurion Joseph d’Arimathias , pour être placé dans le tombeau , et que d’après le texte de l’Évangile on appelle en langue Italienne , la Santissima Sindone. Plusieurs auteurs ont composé des ouvrages sur l’histoire de celte rélique : le Chevalier Millin en a fait un exposé rapide dans le premier volume de son voyage en Savoie, en Piémont, à Nice et à Gènes. Cette histoire embrasse trois époques bien distinctes : la première où elle ne repose que sur les traditions que la piété des fidèles a conservées j la seconde qui est fondée sur la foi des Chroniques de France et de Savoie : la troisième qui s’appuye sur des faits incontestables.
Ce linge d’environ douze pieds de longueur , fut placé , disent ces écrivains , sur le Sauveur réjetté par dessus sa tète jusqu’à ses pieds , et c’est ainsi qu’il reçut les taches de sang et de sueur dont les verges , les épines , les plaies et les angoisses de douleur avoient couvert son corps. La toile en conserva l’empreinte qui forme une sorte d’esquisse tracée avec une matière d’un brun rougeâtre. Celte précieuse rélique , comme l’on
présume, fut toujours depuis entre les mains d’hom. mes riches et puissans , c’est pourquoi elle échappa à tous les désastres qui détruisirent de fond en comble la ville de Jérusalem, et l'on croit que lorsque les Chrétiens furent forcés par Saladin de sortir de cette Ville, sous le Pontificat d’IIonorius en 1187, ils prirent avec eu* les objets sacrés et que le saint-Suaire fut ainsi porté en Chypre par ceux qui en étoient propriétaires. Geoffroi de la Maison de Charni en Champagne , après s'ètre signalé dans la terre sainte , dans les dernières croisades qui eurent lieu sur la fin du treizième siècle , il y acquit cette précieuse Rélique. 11 la déposa dans l’Église de Liré, ce qui causa des divisions entre elle et la Cathédrale. Ces . événemens se passèrent longtemps après la mort de Jésus-Christ , et c’est ici que commencent les récits des Chroniques de France et de Savoie. Le fils de Géolïroi , qui portait le nom de Charni laissa une fille appelé Marguerite de Charni. Elle fut Dame de Liré et épousa Humbert Comte de la Roche, seigneur de Villar-Sexel, de saintllipolyte et d’Orbes, un des premiers gentilhommes d’Amédée VIII le premier Duc de Savoie. Cette époque était celle de la guerre entre les partisans du Duc de Bourgogne et ceux du Roi de France. Les Chanoines de Liré crurent devoir remettre la sainte-Rélique à leur Seigneur pour la préserver du pillage. Celui-ci la porta à saint-Hipolyte , terre qu'il avait en Bourgogne. François de la Palud, Comte de Yarambon , succéda à tous les biens d’Humbert,
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mais Marguerite garda le saint-Suaire. Après la paix d’Arras , l’Église de Liré réclama les Reliques que Marguerite avait conservées; elle les leur rendit à l’exception du Linceul , qu’elle garda comme un bien qui venait de sa famille, ce qui causa entre elle et cette Église un long procès. Marguerite fut en Savoie pour voir son gendre le Comte de Varambon. On prétend que des voleurs pillèrent ses bagages , mais que quand ils voulurent toucher au saint-Suaire , des gouttes de sang en sortirent, leurs mains se contournèrent et enfin des miracles évidens les glacèrent d’épouvante; ils abandonèrent leur projet et laissèrent tout ce qu’ils avoient déjà pris. Marguerite de Charni fut reçue à Chambéry avec la plus grande distinction , par le Duc Lodovico et son épouse, Anne de Chypre. Le sainl-Linccul y fut l’objet de la vénération des peuples. Lorsque Marguerite voulut quitter ces Princes ils la supplièrent de leur laisser ce monument précieux des souffrances du Sauveur. .Marguerite se refusa à leurs prières ; mais les mulets qui portoient ce trésor né purent jamais être forcés à passer la porte de la ville. La Princesse, persuadée que c’était une manifestation des desseins de Dieu, céda enfin le saint- Suaire , ce qui- se fit par un acte de donation du aa mars i45a , et la Rélique resta ainsi à Chambéry où elle fut placée dans l’Église Collégiale. Les Papes accordèrent beaucoup d’indulgences a cette Église. Le saint-Suaire y devint l’objet d’un •ultc fervent et des Princes très-puissans vinrent
se prosterner devant lui. Tous ces faits sont conservés dans l’histoire.
François premier. Roi de F rance , l’invoqua avant la bataille de Marignan j et à son retour , après avoir conclu la paix avec les Suisses , il fit à pied le voyage de Lyon à Chambéry pour aller le vétiércr. On trouve les détails de ce voyage dans les notes qui composent le mémoire des choses qui se sont passées durant la régence de sa mère , Louise de Savoie , écrit de sa main. Claudine de Brosse , d’une grande famille qui existe encore en France , mère de Charles lll , Duc de Savoie , plaça celte Relique parmi ses objets les plus précieux dans son chaleau de Biliac en Bugcy ; Charles son fils , la rendit aux voeux des habitans de Chambéry. Le meme Duc , accompagné de douze gentilhommes, fit le pélérinage à pied depuis Turin , pour l’invoquer contre la peste qui désolait ses états. Enfin en i533 , le feu ayant pris à la chapelle où le saint-Suaire était enfermé , la violence des flammes en endommaga la caisse d’argent sans presque toucher à la sainte Rélique.
Le Duc Charles III , contraint par le Roi de France son neveu , de quitter la plus grande partie de scs états, porta la sainte-Rélique à Yerceil. Après sa mort, en 1 553 , Charles Cossé Duc de Brissac partit de Turin, s’empara de Verceil , pilla le palais du Duc , mais il respecta le saint-Suaire. Apres le retour du Duc Emmanuel Philibert dans ses États , le saint-Suaire fut encore rendu auX voeux des habitans de Chambéry.
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En 1578, le glorieux saint-Charles Borroméè , Archevêque de Milan , ayant entrepris son célèbre pèlerinage couvert d’un gros chapeau le bourdon à la main avec l'habit retroussé par une ceinture , pour aller visiter le saint-Suaire à Chambéry , il apprit arrivé à Turin , que le Duc Emmanuel Philibert , pour lui épargner le reste de la route , avait donné des ordres pour le faire transporter en deçà des alpes , et ils le reçurent tous les deux à genoux , au château Ducal de Lucento , d’où il fut d’abord transféré à l’Église de saint-Laurent et déposé ensuite à la Cathédrale. C’est dans cette circonstance que le saint-Suaire fut pour la première fois exposé au Peuple de Turin , ce qui eut lieu le 7 octobre de cette année , sur un grand échafaud que l’on éleva sur la place de saint-Jean ; le pieux personnage ayant voulu tenir lui-même , entre ses mains , la sainte-Rélique.
Après la mort du Duc Emmanuel Philibert, le Duc Charles Emmanuel premier fit construire , d’après les dessins de Vittozzi , une jolie chapelle que l’on remarque encore aujourd’hui dans le gardemeuble du Roi , pour y déposer le saint-Suaire , où il resta jusqu’à ce que son petit fils , le Duc Charles Emmanuel II , bâtit la nouvelle Église , dont nous allons faire la description; fet c’est là où il sera dejormais conservé. Ce fut le père G«orino Guarini qui donna les dessins de cette chapelle, aussi l’architecture en est elle d’un genre extraordinaire ; qui cependant peut être soutenu à cause de l’objet de sa destination. C’est une rotonde très-
élevée avec une belle ordonnance de pilastres et de colonnes dont le grand ordre est bien groupé avec le petit. Ces pilastres et ces colonnes, eu. marbre noir bien poli , ont leurs bases et leurs capitaux en bronze doré avec des couronnes d’épines entrelacés avec des feuilles decau! cT. ;>s. Le plan de cette première partiç de l'édifice est admirable. Trois tribunes servent pour l’orchestre , et dans des jours de fête l’on y entend une excellente musique , la meilleure peut être de Turin : la forme de l’Église lui est assez favorable , et son aspect seul reveille les souvenirs de Bezozzi , de Pugnani et de Piolll, que l’on y a entendus tant de fois.
Trois grands arcs posent sur un attique , qui s’élève au-dessus du grand ordre , et forment le développement du dôme qui est tout revêtu de marbre noir avec des ornemens d’un genre trèsvarié j et cette décoration n’est pas non plus sans mérite. La corniche , qui plane au-dessus du dôme, est surmontée de six arcades à plein ceintre qui donnent lieu à autant de fenêtres séparées par des niches. Ces arcades , ornées de colonnes , sont d’un bel effet et commencent la décoration de la coupole , dont la construction au reste est tout-àfait bizarre : c’est une quantité d’hexagones posés les uns sur les autres , l’angle de l’un sur le coté de l’autre , et ainsi successivement de manière à produire un grand nombre de percés triangulaires qui vont en diminuant jusqu’à une voûte en forme d’étoile découpée à jour, et qui laisse entrevoir
dans le fond une outre voûte où paraît le sainfclîsprit dans une gloire. Au-dessus s’élance l’aiguille qui est terminée par une croix , et porte en dehors tous les instrurnens de la Passion. Tout l’édifice est d’un marbre noir tiré des carrières de Frabousa , non loin du Mondovï.
La partie de cette chapelle qui donne sur l’Église de saint-Jean , est percée d’un grand arc soutenu par deux colonnes qui ressortent du grand ordre de la rotonde. De l’intérieur de la Cathédrale on voit l’autel qui s’élève au milieu de la chapelle. Cet autel d’un dessin noble et majestueux est de l’invention d’Antoine ISertola de Bielle , et a deux faces également décorées en noir. Il est rélevé par un soubassement dont le pourtour fait une espèce de galerie avec une balustrade : on y parvient par deux escaliers à plusieurs marches. Une chasse en bois ornée de glaces et de grilles renferme la chasse d’argent , ornée d’or et de diamans , où est conservée la saintc-Rélique. Le tout est surmonté d’un groupe d’anges travaillés par Borelli , qui portent une croix de christal environnée de rayons dorés. Aux quatre angles de l’autel sont suspendues quatre lampes d’argent. Le pavée de l’Église est incrusté de marbres blancs et bleus parsemés d’étoiles de bronze.
L’ensemble de cette Église , le site où elle se trouve placée entre le palais du Souverain et l’Église [Métropolitaine, ont quelque chose de noble et de pathétique qui remplit l’ame de toute l’émotion que peut inspirer l’objet que l’on y vénère , et les
extravagances de Son architecture disparaissent aux yeux du spectateur qui en est vraiment touché. Pendant la dernière occupation des Français, le saint-Suaire est resté à Turin et n’a pas cessé de recevoir le culte des fidèles.
En sortant de la chapelle du saint-Suaire du coté opposé à celui où est l’Église de saint-Jean, on entre dans un corridor qui aboutit à la chapelle du Crucifix , qui était la ci-devant Paroisse de Cour de leurs Majestés. C’était l’ancienne chapelle du Palais et, en 1Ô48, l’abbé Jean-Baptiste Provana en était l’Aumônier: ce prélat ayant été appelé à l'Évéché de Nice , le soin de cette chapelle fut laissé, en i55o, à Gaspard Capris nommé ensuite à l’Évéché d'Asti. Parmi les personnes qui la desservirent successivement , on compte saint-François de Sales Aumônier de la Duchesse Christine de France , et après lui Jean-François de Sales son frère , qui lui succéda aussi dans l’Évéché de Génève. Cette chapelle fut érigée en paroisse en 1729 par le Pape Bénoit XIII, et en 174.3 elle reçut de nouveaux privilèges par le Pape Bénoit XIV.
Dans cette chapelle on remarque la statue du bienheureux Amédée IX , Duc de Savoie , sculptée en marbre par Jean-Baptiste fiernero. Ouvrage recommandable , mais qui est déparé par quelques fautes dans le costume où est représenté le saint- Personnage : fautes qui sont assez communes aux artistes du Piémont , lorsqu’ils veulent peindre ou sculpter ce Souverain, La principale est que le Duc Amédée IX y parait déjà décoré de l’ordre de l’Annonciade , lorsqu’il ne pouvait porter que
l’ordre du Collier; cet ordre ayant été transformé en ordre de l’Annonciation par le Duc Charles 111 , en 1018, quarantecinq ans après la mort du pieux Souverain. Parmi les peintures qui décorent la chapelle du Crucifix on remarque les deux tableaux de Jean-Baptiste f^anloo , représentant saint-Pierre qui reçoit les clefs du Seigneur et l’allégorie de Pasce oves mens . L’immage du Crucifix est de Charles Plura «le Lugano. Cette Paroisse comprenait dans sa juridiction les palais du Hoi , du Duc de Genevois, du Prince de Carignan et les corps de maisons afTeclées à leur service tels que les secrétaireries, manèges et écuries. On parle de son rétablissement.
L’Église de saint-Piuum:-Di:-NEiu, qui a remplacé l’Église de saint-Eusèbe , est une des plus belles de Turin. Cette dernière se trouvait anciennement prés de l’endroit où la rue de saint-Maurice donne dans la rue de sainte-Thérèse , non loin de la l'orta Marrnorea. Les prêtres de l’Oratoire ayant été introduits à Turin, en 164O , ils furent d’abord admis à officier dans l’Eglise abatiale de saint- Michel ; et transférés , en 1649 , dans la maison Blancardi près de l’Église de saint-François ad l'urrim , ils prirent ensuite leur logement dans la maison que leur avait laissé 1 abbé Lorenzo Scotio , en 1602 : mais , comme cette maison ne leur offrait point un site convenable pour leur congrégation, le Duc Charles Eimmanuel II , après l’agrandissement de Turin vers la porte du Pô , leur céda , en 1676 , une isle toute entière pour l’emplacement de 1a
nouvelle Église de saint-Eusèbe , dont la paroisse leur venait d’être confiée , ainsi que pour l’établissement de la maison de l’Oratoire. C’est dans les derniers instans de sa vie que ce Prince fit , de vive voix, cette concession au vénérable père Sébastien "Valfré. Le bâtiment n'a été commencé qu’en 1678, moyennant les largitions de la Duchesse de Savoie Marie Jeanne-Baptiste de Nemours , du Prince de Carignan et de quelques riches particuliers de Turin. L’Église fut élevée d’abord sur les dessins du père Guarino Guarini et se trouvait sur le point d’être terminée lorsque le 3o septembre 1715 le dôme croula et entraîna la chûte d’une partie de l’édifice. Le trop de hardiesse de la part de l’architecte dans le plan de la coupole , faite pour rivaliser avec celle de saint-Pierre de Rome et la mauvaise qualité des matérieaux employés par les entrepreneurs , ont été cause du désastre. L’Église fut ensuite rebâtie sur les dessins du Juvarra et l’on doit regretter de ne point la voir terminer.
C’est un grand corps de bâtiment , dont la moitié environ est de la construction de Guarini , et cette moitié comprend le sanctuaire et les deux grandes chapelles latérales: le vestibule, les portes d’entrée et quatre autres chapelles , séparées par des tribunes , sont du dessin de Juvarra. Le péristile , que tout annonce devoir être magnifique , n’est point terminé. Le Comte Jean-Pierre Agliaudi de Tavigliano a publié une description de cette Église, en un volume in-folio qui est orné de 20 belles gravures. C’est un ouvrage à consulter par celui qui veut
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connaître les plans de cet édifice auquel on a travaillé pendant plusieurs années. La première messg y a été célébrée le 26 de mai de l’an 1722.
Il y a peu de choses à remarquer dans ce qui reste de l’architecture de Guarini . Le sanctuaire fermé par une balustrade est pavé de marbre de differentes couleurs d’un assez, beau dessin. Le maître-autel a de la grandeur, outre qu'il est richement décoré: le stjle en est cependant un peu massif. Le tableau qui représente la Yierge, S.tc-Cathérine de Siène, S.t-Eusèbe , S.t-Jean-Baptisle et le bienheureux Amédéc duc de Savoie est un des beaux ouvrages de Carlo Maratti. Les deux statues de la Foi et de l’Espérance, qui amortissent les colonnes du maître-autel, sont de Charles Plura piémontais; les bas-reliefs des tribunes de l’orchestre et de l’orgue sont de Clemenle , et les quatre tableaux relatifs à la vie de S.t-I’hilippe , qui se trouvent dans les compartimens latéraux, sont d’Alexandre 'J'rono. Dans les deux chapelles , qui sont restées debout et dont les arcades sont soutenues par de helles colonnes de marbre noir , le S.t-Philippe en extase devant la Yierge est de Solimene : peinture d’une composition admirable , qui retrace la manière grande et large de cet artiste, et qui par la vigueur de sa touche peut être regardée comme l’un de ses chefs d’oeuvres; le martire de s.t-Laurent, qui est en face , est un bel ouvrage de Trevisani.
Le corps de l’Église bâti par Juvarra est digne d’être observé. C’est une belle ordonnance de pilastres corinthiens relevés paf des piédestaux , et
dont la corniche est surmontée d’un attique d’où part le développement de la voûte. Tous les ornemens sont en général de bon goût: entre les pilastres on voit deux rangs de tribunes ornées de bas-reliefs de Clemente, et qui sont marquées sur l’attique par des médaillons en stuc , qui sont l’ouvrage de Bernero. Cette décoration est très-belle: mais l’on ne sait concevoir comment les pilastres, qui sont rebattus en dedans vers les tribunes, ne le sont pas aussi en déhors, tandis que cela a lieu sur l’attique, d’après l’intention manifeste de l’architecte : cela a paru provenir de la faute de l’artiste qui après la mort de Juvarra a été chargé de l’exécution des plans. Un second ordre de belles colonnes corinthiennes de marbre forme l’ouverture des quatre chapelles, qui se trouvent dans cette partie de l’Église. Des quatre tableaux qui décorent les quatre autels de ces chapelles , celui de la Conception de la Vierge , le second à droite en entrant, est de l’abbé Peroni de Parme, et en face le saint Népomucène est de Sébastien Concernais la Vierge dite de la lettre de Messine, que l’on y a ajouté, est de Corrado Giaqninto. Les statues en bois placées dans ces chapelles sont l’ouvrage de Clemente.
La sacristie de cette Église mérite l’attention du voyageur. L’on y voit un beau tableau de saint Eusèbe avec la Vierge et l’enfant Jésus , qui est, dit-on, du Guercino; derrière le saint Évêque est un Acolyte tenant un bréviaire : on y admire ces beaux effets de clair-obscur qui caractérisent les
ouvrages de ce maître. Le saint-Philippe placé sur l’autel est de Calandrucci de Palerme. Le Sauveur au jardin des Oliviers est la copie d’un tableau de Sébastien Conca exécutée par Alexandre Trono ; la Cène avec les pélérins d’Émaus est de Jean- Baptiste 7 ’iepo/o t et le fresque de la voûte représentant S.t-Philippe de Neri soulevé par les Anges est d’Antoine Milocco. De l’autre côté du sanctuaire il y a une chapelle à laquelle on parvient par un corridor qui est derrière le grand autel : le tableau de cette chapelle représentant la Conception est de Carlo V anloo.
En sortant de l’Église paroissiale de S.t-Philippe on peut entrer dans la petite Église de l’Oratoire qui est à côté. Le tableau qui est sur l’autel de cette Église, représentant la Conception de la Vierge avec S.t-Philippe à genoux, est de Sébastien Conca: le plafond est de Cajetan Perego pour ce qui regarde les ornemens ; le couronnement de la Vierge est de jMathieu Franceschini. Cet artiste a peint aussi les quatre petits tableaux qui représentent la naissance de la Vierge , son mariage , sa présentation au .temple et ses douleurs : les quatre tableaux plus grands qui représentent l’annonciation , l’assomption , la visite de sainte Élisabeth et la présentation au temple de Jcsus-Christ , sont de Jean Conca.
L’Église de Saint-Thomas est une des anciennes paroisses de la ville de Turin. On a des notices de ses Recteurs depuis le n.m8 siècle. Un acte de bail du 16 juin *35i, passé par les chanoines de la Trinité, parle d’un chanoine Pierre Della-Rovere Rec~
teiir de la paroisse de saint Thomas ; à ce chanoine a dû succéder un prêtre Guillaume, dont il est fait mention, sous le 22 mai i366, dans une carte appartenante au Chapitre de S.t-Jean. Les Minori Osservanti, qui sont aujourd’hui les désservans de cette Église et les administrateurs de sa paroisse, étaient anciennement extra muros , hors de l’enceinte carrée , et habitaient le couvent de notre Dame des Anges qui se trouvait à l’endroit où le Duc Lodovico fit construir en 14.61 le premier bastion de la. ville de Turin, dit aujourd’hui le bastion vert. On voit par un acte qui est conservé aux archives de la ville , qu’en i453 il était déjà question d’introduire ces moines dans la cité , comm’ils le fiu’ent en effet dans un couvent situé où sont maintenant les écuries du Roi : mais la paroisse ne leur a été confiée qu’en iSjS par une bulle du Pape Grégoire XIII , et c’est le 18 d’août de l’année suivante qu’ils en prirent possession. C’est alors que l’Église de saint Thomas, qui se trouvait sur une des plus belles rues de Turin, a été rebâtie des fondemens; et en 1667 elle a été décorée d’une voûte , d’une coupole , d’un * clocher et d’un portail avec deux horloges que l’on remarque encore aujourd’hui. Cette Église venait d’être restaurée peu avant l’entrée de l’armée française en Piémont. Durant le régime des Français, la paroisse de saint Thomas a été maintenue , mais le couvent a été supprimé : il a été rétabli après le retour de Sa Majesté.
L’Église a trois nefs qui n’ont rien de remar . quable. Son intérieur était autrefois décoré de
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peintures de Santo Primait et de Joseph Dallamano qui ont été effacées lors des dernières réparations} dans les chapelles on voit quelques tableaux de Caccia surnommé le Moncalvo ; par exemple celui où saint Diego est à genoux devant le Crucaiix , et le saint François soutenu par deux Anges , tous les deux d’une fort-belle expression ; le tableau de de la Conception et celui du Crucifix , ayant à coté saint François et un autre Saint avec des Anges qui pleurent, sont du même auteur , mais d’un ordre inférieur. Le tableau de l’Annonciation est de Martin Cignaroli , le père du peintre en paysages. Dans les grandes chapelles placées à coté du maître-autel , sur la droite la Vierge avec saint Joseph et saint Antoine , est l’ouvrage de Duprh ; et de l’autre côté l’ovale qui est sur le gradin de l’autel et représente la Vierge avec saint Charles Borromée , est de Camille Procaccini. L’observateur doit entrer dans la sacristie pour y voir des dessus de porte représentant les miracles de saint-Antoine, avec beaucoup de figures bien dessinées , qui sont de Dominique Olivieri.
Autrefois, en face de l’Église de saint-Thomas on tenait le marché des grains, et cela a duré jusqu’en septembre 1621 , un an après l’agrandissement de Turin vers la porte-neuve , époque où la place de saint Charles fut destinée pour ce marché.
La paroisse des ss. Procès so e Martiniano est aujourd’hui à Sainte-Thérèse, et les Carmes déchaussés, que l’on a rétabli depuis le retour du Roi, en sont les administrateurs. Cette Église , une des prin-
«ipales de Turin , a été bâtie en i635 par le Duc Victor Amédée I. Elle est d’une seule nef et d’une assez belle architecture, avec quatre chapelles de chaque côté , dont deux plus grandes en forme de croix avec le maître-autel. Le dôme, qui devrait couronner le centre de l’édifice, n’est pas achevé. Les chapelles sont presque toutes' revêtues de marbre et ornées de stucs dorés , et l’Église a devant elle une petite place qui donne sur la rue que l’on nomme de s.e-Thérèsej c’est à la munificence de l’Archevêque de Turin, le Cardinal Roero , qu’elle doit d’avoir été décorée, en 1 7<>4-, d’un portail en pierre avec deux ordres d’architecture , un entablement et un fronton, le tout du dessin de l’Architecte Aliberti. La mémoire du Cardinal bienfaiteur y a été consacrée par un monument que l’on voit dans l’interieur du temple. L’cntrecolonne du portail est fermé par des grilles en fer : ces grilles ont été posées il y a quelques années , pour empêcher les gens recherchées de la justice d’aller se nicher dans ces lieux lors qu’on maintenait en vigueur les loix qui accordaient un asyle aux personnes qui se refugioient au sein de l’église pour échapper à la punition de certains délits.
Le grand autel a deux ordres de colonnes torses avec des statues de marbre. Son tableau est de Guillaume Caccia, surnommé le Moncalvo. 11 représente sainte-Thérèse qui tombe en extase soutenue par deux Anges au moment que l’enfant Jésus lui décoche une flèche dans le coeur: la Vierge et s t-Joseph, qui sont derrière, admirent le trait divin. Cette
peinture allégorique est d’une bonne composition. Des deux grandes chapelles latérales , celle qui est sur Ja droite a été bâtie par le Roi Charles Emmanuel III pour accomplir un voeux fait par la Reine Christine-Jeanne Princesse de Hesse Reinsfcld sa seconde femme. L’architecture est du célèbre Juvarra, et on ne peut assez admirer le bel ensemble qu’elle présente. Six colonnes composites rebattues par des pilastres d’un marbre bien nuancé soutiennent une arcade sur laquelle pose une coupole ornée de stucs dorés : au milieu est la statue en marbre blanc de saint- Joseph avec l’enfant Jésus , qui paraissent descendre de l’empire sur des nuages dans une gloire entourée de groupes d’Anges : la lumière qui tombe d’aplomb à travers des vitres doublés en jaune répand sur les figures des rayons que l’on prend pour ceux du soleil , et qui produisent un bel effet. La sculpture est de Simon Martinez: le fresque de la voûte est de Corroda Giaquinto , qui a peint aussi les deux grands tableaux placés latéralement, et qui représentent la fuite en Egypte et le transit de saint-Joseph. Ces deux peintures sont remarquables par le beau style qui règne dans les draperies. Toute cette chapelle est revêtue de marbre. Dans l’autre, qui est en face, le tableau où la Vierge mets l’enfant Jésus entre les bras de saint-Joseph , est de Sébastien Conçu , et les figures en marbre qui décorent l’autel sont d’Antoine 'J'antardini.
Dans les trois autres chapelles qui se trouvent sur chaque coté du corps de l’église , le tableau de la première, à droite en entrant, qui représente
le martire de saint-Erasme , auquel on arrache les entrailles , est de Tarquinio Grassi. Le Jésus-Christ mort dans les bras de la Vierge , qui est dans la seconde , est d’Ignace Nepote , qui a peint aussi le fresque qui est audessus de la porte d’entrée du couvent : et le tableau de saint-Jean de la Croix avec un ange , est de C. Peruzzini. Du coté de l’Évangile dans la chapelle du Crucifix les peintures qui représentent les différens traits de la Passion du Seigneur, sont de Jean-Paul R ecchi, élève du Morazzone ; et dans celle à coté , le tableau qui est sur l’autel, où sont le Père Éternel, le Rédempteur, saint-Joseph et un ange qui délivre les âmes du purgatoire, n’est qu’une copie ; mais les fresques qui décorent l’intérieur de la chapelle ne seroient pas indignes d’être remarqués s’ils étoient bien conservés; l’architecture est de Thomas Aldovandrini et les figures sont de Jean-Antoine Burrini , tous les deux de Bologne. Le tableau de sainte- Anne , qui est sur le dernier autel de ce coté , est de yiUorio Rapous. La sacristie de la paroisse de sainte-Thérèse est remarquable par la beauté de sa menuiserie. Le couvent des Carmes déchaussés ' était jadis un des plus beaux de Turin. Une grande partie en a été détachée pour y établir la maison des Douanes.
L’Église de sainte-Marie de place est une des anciennes paroisses qui exisloient déjà du tems de Charles-Magne : et son entrée , qui se trouvai t à l’endroit où est maitenant la sacristie , donnait effectivement sur une place qui a été occupée par
la suite. Depuis le i5a4 , jusqu’en 1729, elle a été desservie par les Carmes et ensuite elle a été administrée par un prêtre. Le Théologien Picco de Turin, qui en était le Curé en 1701 , prit soin de rebâtir l'Église qui tombait de vétusté. Elle fut élevée sur les dessins d’Antoine Bernard J-'illone « Les subventions des lidèles ont fait face à la dépense , ce qui est exprimé par les mots qui sont écrits en lettres cubitales dans l’intérieur dvi temple : EREXJT CUARITAS. Le corps de l’Église a une décoration fort simple à l’extérieur. Une ordre de pilastres avec un fronton surmonté d’un attique. Son intérieur est assez, bien décoré et sa construction est d’autant plus remarquable que l’on avait fuit une loi à l’architecte de ne point élever l’édifice de manière à ôter le jour aux maisons placées à coté. Le sanctuaire fermé par une balustrade reçoit la lumière d’une coupole qui est terminée par une lanterne. Deux grandes chapelles latérales forment la croix grecque avec le sanctuaire et le porche qui est surmonté d’une tribune avec l’orgue ; quatre autres petites chapelles sont distribuées dans les quatre encoignures : une voûte percée à jour répands la lumière sur toutes les parties de l’édifice ; cette voûte , d’une composition trèsingénieuse , mérite d’être observée.
Le tableau du maître-autel , qui représente l’assomption , est de Pierre Guala de Casai, qui a peint aussi les petites ovales qui décorent les deux cotés du sanctuaire. Cet Artiste formé à l’école du Moncalvo , doit être distingué. Les sculptures en
bois sont d’Ignace Perucca. Le Baptême du Seigneur, au premier autel à droite, est d’Antoin* JMilocco . La Yiergc avec les Ames du purgatoire , qui fait suite , est de Félix Cervetii et la Vierge avec l’enfant Jésus et saint-Joseph , qui est de l’autre côté , est de Matthieu Franceschini
La Paroisse des saints-Etienne et Grégoire , qui anciennement se trouvait à l’endroit où est aujourd’hui le Séminaire et dernièrement était à saint- Roch , Église des pénitens bleux, à l’arrivée des Français en Piémont a été transférée à l’Église des Pères de la Mission , sous l’inyocation dei san ti SOLUTORF. A FFENTORE ED OTTA VIO.
Cette Église , appartenant jadis aux Jésuites , a été bâtie du tems du Duc Emmanuel Philibert sur les dessins de l’architecte Pellegrini , et la prémière pierre y a été posée le i3 d’avril i . Sa construction avait eu le double but d’élever un temple pour y déposer les réliques des saints martyrs Thébéens et de pourvoir à l’établissement de la maison des Pères de la Compagnie de Jésus. Le martyre des soldats de cette légion , qui , formée dans la Thébaide sous l’empire de Maximien , faisait la guerre entre les confins de l'Helvétie et de la Gaule sur le Rhône près d’un village appelle Agauno , où elle fut décimée pour trois fois , et enfin dissoute parce qu’elle ne voulait point quitter la réligion Chrétienne qu’elle avait embrassée, étant en Égypte, est un des évenemens qui ont excité en Piémont le plus grand intérêt et qui est devenu l’objet d’une pieuse vénération: et bien qu’il n’exi-
*te point de documens contemporains d’un fait aussi extraordinaire, arrivé , comme l’on dit vers la fin du troisième siècle , la tradition en a conservé beaucoup de circonstances, peut être un peu altérées, mais qui reposent sur un fond de vérité. Saint-Maxime , Évêque de Turin au commencement du cinquième siècle , en parle dans l’homélie ayant pour titre 7h die nalali suuctvrum martj'rum Solutoris , Adventoris , et Octavii. Ces trois soldats, après la dissolution de la légion Thébaine commandée par saint-Maurice , étant venus , dit-on , en Piémont ils y ont subi le martyre , et leurs corps ont été trouvés le long de la Doire par sainte-Julienne qui les déposa dans un Oratoire fondé par elle sur le terrein où est aujourd’hui la citadelle ; Oratoire qui donna lieu avec le tems à la fameuse Abbaye de St- Soluteur, qui fut démolie en i5J6 parle Roi François I. Comme , lors de cette démolition les réliques des saints-Martyrs avaient été déposées à l’Église de S.t- André , après le retour du Duc Emmanuel Philibert, l’Abbé Vincent Parpaglia, Commendataire de l’ancienne Abbaye de saint Soluteur, eut le permis du Pape pour démembrer le tiers de ses revenus et les céder uux Jésuites sous la condition de bâtir une nouvelle Église en l’honneur des Martyrs Thébéens, où leurs reliques furent enfin transférées. L’Église et la maison des Jésuites furent élevées sur des plans magnifiques d’après les largitions que ces Pères recevaient des familles opulentes de Turin, et surtout parce qu’un gentilhomme nommé Alérame Becuti Seigneur de Lucento , leur laissa en entier l’héri.
tage de sa fortune, qui était des plus considérables. Après la suppression des Jésuites, l’Église de saint- Soluteur avant été accordée aux Pères de la Mission, ces prêtres l’occuperent jusqu'à l’époque de l’entrée de l’armée française en Piémont, où ayant -été supprimés , leur Église fut érigée en paroisse sous le titre des saints-Étienne et Grégoire.
L’édifice de cette Église est d’une construction riche et majestueuse , le bronze , le marbre et les dorures y sont prodigués , mais l’architecture né présente rien qui soit vraiment digne d’être noté. Le sanctuaire, qui est séparé par une balustrade eri bronze, parait avoir de la grandeur : le grand ordre qui soutient le corps de l’Église ne se lie pas trop bien avec le petit qui sert à l’ouverture des chapelles j malgré cela le nombre des colonnes de marbre et les divers ornenfens en rendent la décoration imposante. La peinture de la voûte est remarquable : c’est un bel ouvrage du Père Pozzi , que le tems a déjà un peu endommagé. On parvient à la façade de cette Eglise par un escalier à plusieurs marches. Les statues en bois qu’on y remarque 4 placées dans des niches , sont de Borelli. Dans l’intérieur des chapelles , le tableau de saint-Paul est de Frédéric Znccheri, qui a peint aussi le saint-François Xavier qui fait suite: le tableau du grand autel représentant les saints Martyrs est de Grégoire Guglielmi , et le tableau de saint-Ignace est de Sébastien Taricco. Dans cette maison sont à voir la sacristie et les chapelles particulières où se rassemblent les congrégations des nobles , des
marchands et des artistes. Dans la première on trouve une Annonciation de Grntileschi , et dans la dernière on peut voir un beau tableau des saints Martyrs Thébéens, que l’on dit être un ouvrage du Guercin.
Saint-Accustin. C’est l’ancienne Église paroissiale des saints-Philippe et Jacques qui existait déjà dès le 890, et qui lut occupée par les Augustin» de la Province de Lombardie en i44j- L administration de la paroisse ne leur a été confiée qu'en *548. Le corps de cette Église n’a rien de remarquable. Le tableau que l’on vénère sur le grand autel est une Vierge qui fut trouvée en 1716 sur un ancien mur que l’on démolissait, et dont on célèbre la fêle le second dimanche de l’Avent sous le titre de la t ermine aspettante il parla. Cette peinture n’est pas sans mérite , et représente l’Annonciation. A coté du maître-autel sur la gauche il y a le mausolée du célèbre Cardinal Charles- 1 bornas Maillard de Tournon, envoyé par le Pape Clément XI à la Chine pour y régler les contestations et terminer Jes querelles suscitées contre les Jésuites , emprisonné à Macao par ordre de l’Empereur et mort le 8 juin 1711. Ce mausolée , où l’on voit le buste du Prélat déclaré Cardinal pendant le voyage , lui a été élevé en 1712 par son frère le Marquis de Tournon d’une famille noble piémontaise ; c’est un beau monument dont les sculptures sont de Charles-Antoine 7 antardini. Dans la chapelle à droite , qui fai suite au maître-autel , la bonne Vierge avec laj ceinture à la main que l'on vénère comme la pa"
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trône de la confrérie des centuronniers a été sculptée par Ignace Peruccu , et le tableau de ltt Vierge avec l’enfant Jésus et S.t-Kaphael, qui est sur le dernier autel de ce même côté, a été peint par Félix Cervetti. De l’aiitre côté de l’Église l’on remarque le Christ mort entouré de la Vierge , de S.t-Jean et de la Magdelainc comme appartenant à l’école d’Albert Durer. La V ierge des sept douleurs, qui s’y trouve la dernière, est de Zamora de Bielle.
Dans cette Église est enterré le célèbre Cassiano Del-Poxzo , President du Sénat au tems du Duc Emmanuel Philibert et l’un des personnages les plus réputés de son siècle.
L’Église paroissiale de Saiivte-Marie DEl Carmwe avant l’entrée des Français en Piémont était desservie par les Carmes, qui en 1729 avaient quittés l’Église de sainte-Marie de Place pour venir habiter le quartier qui leur avait été destiné par le Roi Victor Amédé IL, lors de l’agrandissement de Turin vers la porte de Suze. Ce fut là l’époque de la construction de la nouvelle Eglise et du couvent qui y est annexé. I/Eglise, sous l’invocation du bienheureux Amédée IX., a été élevée sur les dessins d cJuvarra, et l'édifice du couvent a été conduit par l’architecte Planteri.
L’architecture du corps de l’Église est d’une ordonnance somptueuse et digne de sa destination. C’est dommage que les personnes chargées de surveiller, les travaux aient commis une grande faute dans l’exécution des plans. Ayant songé plutôt à ce, qui pouvait augmenter les revenus de la maison, qu’à ee qui devait répondre au grandiose des conception#
de l’architecte , elles ont appliquées à la bâtisse des corps de maisons latérales une forte lisière du terrein qui était dest.née pour l’Église , d’où il est résulté que l’intérieur du temple a reçu trop de longueur sur sa largeur : et que les lois des proportions ayant été violées , l’architecture a maiv que de l’effet naturel de sa perspective. Malgré ce défaut l’Église del Carminé est une des belles de Turin. Son extérieur est remarquable par la beauté des comparliincns sur lesquels s’élève le campanile : Le portail n’est pas môme commencé. La décoration de l’intérieur est magnifique : elle se compose d’un ordre de pilastres et d’un attique ayant ces belles proportions et cette élégance noble et légère, qui sans nuire à la solidité de l’édifice, en rendent les aspects majestueux. La distribution si ni me tri que «les autels est admirable ; un arc surmonté d’un fronton trace l’ouverture des chapelles $ un dôme avec une balustrade en fer s’élève sur chacune d’elles, et y est termine par une lanterne. De l’espace qui est ouvert au-dessus du frontispice on apperçoit l’intérieur de ces petites coupoles , et cela développe une scène agréable, qui, par l’effet de la lumière qui descend d’en haut est propre à inspirer le recueillement religieux; tandis qu’elle eut donné au corps de l’Église mi air de grandeur à frapper toute personne , si les entrepreneurs de l’édifice, comme nous l’avons remarqué , n’eussent point trahi les intentions de l'architecte.
Le maître-autel esta la Romaine avec un tabernacle en marbre d’un beau travail. Le tableau placé
au fond du choeur de l'Église est du chevalier Beau * mont. Il représente le bienheureux Amédée IX au moment de faire des largitions aux pauvres. La boi-* sérié du choeur est très-belle, et les stalles sont surmontés d’une balustrade en bois. Dans les chapelles latérales le tableau plus remarquable est celui de la troisième à droite près du sanctuaire , qui représente la Conception avec le Prophète Élie, peint par Corrado Üiac/uinto élève de Solimene. L’arinoirie sculptée qui est sur le frontispice de cette chapelle avec les deux Renommées, est l’ouvrage de Clementet Dans la chapelle qui précède le tableau de la Vierge du Carmel est de Félix Cervelti . De l'autre côté le tableau de sainte-Marie-Magdelaine des PaZzi est d’Antoine Milocco , est celui de la Vierge avec l’enfant Jésus , saint-Joseph , saint-Joachim et sainte- Anne est de l’abbé Aliberti de Turin j beau tableau, mais de cette couleur un peu verdâtre qui avait prévalu dans quelques écoles du x8.° siècle. Les sculptures du baptistère sont de Clemente.
L’édifice du couvent est remarquable par la belle colonnade qui en décore la cour. Les Carmes n’ayant point été rétablis depuis le retour du Roi , on a placé dans ce couvent l’Économat des bénéfices ecclésiastiques vacans , le Consulat et les écoles. II est à noter qu’un décret du Roi du 6 de mai de 1818 y établit les Jésuites avec le soin d'y entretenir un collège pour l’éducation de la jeunesse.
L’Église paroissiale de Saint-Dalmace , une des anciennes de la ville de Turin , était jadis administrée par les Chanoines réguliers de saint-Antoine ;
depuis le 22 janvier 1609 elle a <?t<? desservie par les Pères Barnabites , qui furent appelles à Turin par le Duc Charles Emmanuel I à instigation du glorieux saint-Charles Borromée. Ces prêtres eurent par la suite une telle faveur auprès de ce Prince que le Père Don lsidor Pietor, préposé de leur collège , fut nommé chevalier Grande-Croix et grand Prieur de l'ordre des saints-Maurice et Lazare. Après la suppression des Barnahites, à l'entrée de l’armée française en Piémont, cette paroisse a été confiée à un Prêtre.
l a construction intérieure de celte Eglise n’offre rien de remarquable. Le portail a été bâti en 1702 lors de l'agrandissement de Turin. Le tableau qui appartient au maître-autel , et représente le martyre de saint-Dalmace, est de Brambilla , élève du chevalier Dauphin , distingué par la solidité de son style et la beauté de son coloris. La déposition du Christ au tombeau, qui est dans une chapelle à côté de l’évangile, est regardé comme le meilleur tableau de Molineri de Savillan j et les tableaux du bienheureux Alexandre de Sauli et du Crucifix avec saint-Paul , saint-Charles et saint-François de Sales sont de Charles César Gioannini de Bologne. Parlai les personnages illustres qui sont enterrés dans celte Église on distingue le célèbre historien Jean- Thomas Terrnneo , auteur de1 Y Adélaïde illustrata , mort le 28 juillet 1771 et l’abbé Charles-Antoine Pullini de saint-Antonino , mort le i5 avril 1816, membre de l'Académie Royale des sciences, leurs épitaphes sont dans le corridor attenant à la chapelle de notre Dame de Lorette.
Le Cobpus Domini, une des Églises les plus ornées de Turin, a été bâti par la Ville en 1G07 par suite d'un voeu qu’elle avait fait lors de la peste qui a affligé le Piémont en i5y8. L’architecte Ascanio y'U~ tozzi en a donné les dessins. Avant la construction de cette Église il existait dans cet endroit une chapelle que l’on avait bâtie en i5ai pour y consacrer le souvenir d’un miracle arrivé le G juin i453 où la sainte hostie s’était élevée dans les airs avec le vase sacré que des soldats avaient enlevé dans un pillage donné au bourg d’Exilles en Dauphiné. Quoiqu’il n’aie pas été dressé d’acte authentique de cet événement dans un siècle où il y avait peu de goût pour les lettres , il est constaté qu’un mulet chargé d’effets volés, s’étant abattu en face de l’ancienne Eglise de saint-SiJvcstre, les cordes qui liaioient le fardeau se cassèrent et que le vase sacré en sortit d’une manière miraculeuse ; que les habitans se prosternèrent à cet 'aspect et que la sainte hostie , transportée par l’Évèque à la Cathédrale , y devint l’objet d’une vénération particulière. D’une carte , conservée aux archives du Chapitre de saint-Jean , il résulte qu’un Thomas Soleri de Rivarol vint en i454, un an après le miracle , faire hommage aux Chanoines d’un gros cierge pour être allumé devant l’hostie qui avait été rétrouvée par miracle ; Cum audivit et intellexit miraculum noviler factum de Curpore Christi miraculose rcperlo; Les autres circonstances du miracle ont été conservées par la tradition des fidèles.
L’Église du Corpus Domini a été décofée de map* l>rcs , de stucs et de dorures en 1703 par l’architecte Comte Alfieri, l’un des Décurions delà ville de Turin , lors de la fête séculaire que l’on y a célébré du miracle du saint Sacrement. L’intérieur de cette Église est d'une magnificence peu ordinaire. Le tableau du maître-autel est de Barthelejni Caravoglia. Le tableau de saint-Joseph et les deux ovales qui se trouvent dans la chapelle à droite sont de Jérôme Donini de Corrège , et celui de saint-Charles Borromée avec les deux ovales qui sont à gauche est de François Meiler peintre Allemand. Dans la sacristie on remarque deux tableaux de Dominique Olirieri qui représentent des sujets relatifs à l’histoire du miracle du saint Sacrement. Dans l’Église près de la chaire on voit une grande table vde marbre blanc entourée d’une grille , avec une inscription qui apprend que c’est le lieu on le miracle s’est opéré.
L’Église paroissiale du Corpus Domini est desservie par une congrégation de Théologiens fondée le i5 de mai iG55 par madame Royale Christine de France. La compagnie dite du Corpus Domini, qui *’y rassemble et y chante les offices, avait été fondée en iâag, huit ans après l’érection de la première chapelle,
L’Église de Saint-François de Paule , où étaient les Minimes , a été érigee en paroisse depuis la suppression de ces réligieux en 1801. Cette Église , bâtie en i6î5 par la Duchesse Christine de France sur les dessins de Pellegrini , est d’une assez-belle
construction. L’on y remarque quelques belles pcii|tures.A l’agrandissement de Turin vers l’est, en 1U73, elle s’est trouvée presqu’en ligne de la rue de Pô, et y a été décorée d’une façade qui est d’un genre très-simple. L’intérieur de l'Église est d’un style plus recherché. Le tableau qui est sur le maîtreautel , représentant saint-François de Paule soulevé à la gloire du Ciel par les anges, èst du chevalier Dauphin , qui a peint aussi Jes deux tableaux latéraux , dont l’un représente le saint personnage au moment qu’il dépasse le Phare de Messine sur son manteau étendu sur la mer , et l’autre représente Louise de Savoie, Duchesse d’Angoulême, qui invoque l’intercession dvt même saint pour obtenir des fruits de son mariage , d’où nacquit le vaillant Roi François I.er. Les huits tableaux ovales placés dans le choeur , desquels deux représentent le Sauveur et la Vierge et les autres six représentent les Apôtres, et dont les pareils se trouvent dans la sacristie, sont tous l’ouvrage du prêtre Barthelemi Guidaboni de Savone , qui a peint aussi le tableau qui est dans la chapelle du Crucifix avec la Vierge et saint-Jean et les deux qui y sont placés latéralement représentant la prière au jardin des Oliviers et la flagellation que l’on classe parmi les meilleurs ouvrages de cet artiste. Dans la dernière chapelle de ce côté , élevée, par la Reine Anne femme du Roi Victor Amédé II , le tableau représentant sainte-Géneviève est du chevalier Daniel Seiter. Les deux latéraux sont de François L' Agné d’Annecy , et de l’autre côté le Ubleau de la très-sainte Trinité avec la Vierge,
saint-Charles Borromée et saint-François d’Assise est de Sébastien Taricco ; celui des âmes du Purgatoire est d’Etienne-ÎVlarie Legnani milanois , et le dernier près du sanctuaire, représentant la Conception avec les trois saints-François , d'Assisi, de Paule et de Sales , est du chevalier Jean Peruzzini d’Anconc. Ce couvent mérite l’attention du Voyageur : dans les galeries du cloître il existe des peintures qui sont dignes d’être remarquées. Tels sont les fresques qui représentent les différens traits de la vie de saint-François de Paule , de la main du prêtre Guidaboni , et c’est dommage que loin do prendre des mesures pour conserver ces peintures, on les aie laissées dégrader. Le même artiste a peint aussi le fresque de la Passion du Seigneur qui décore le premier palier du grand escalier et le S.t- François de Paule avec deux de ses Compagnons en extase, qui est en tête du dortoir. Le saint-Michel qui chasse Lucifer du Paradis est de Dominique Guidaboni , le frère de celui que nous venons de nommer. Dans le chapitre il y a un beau tableau de sainte-Géneviève peint par Hiacynthe Calandrucci de Palerme. Dans un autre dortoir on voit un fresque qui représente un Prince de la maison de Savoie remportant une victoire par l’intercession de saint- François de Paule: c’est l’ouvrage de Joseph Tori- €elli de Corne, à l’exception de l’architecture qui est de la main de Jean Toricelli sqp frère.
Dans l’Église de saint-François de Paule à côté de la porte d’entrée on remarque le buste du sculpteur Carloni , mort en 1667. L’inscription noua
apprend qu’il avait travaillé à la décoration de cette Église où il est enterré.
Saixt-Charles Borbomée , ci-devant Église des Augustins déchaussés , a été hâti en 1619 sur les dessins du baron de f^alperga par le Duc Charles- Émmanuel I. lors de l'agrandissement de Turin vers la porte-neuve et trentecinq ans après la mort du saint Cardinal. C’est un édifice peu remarquable par son architecture , mais qui est enrichi de beaux marbres , de bas-reliefs et de quelques peintures estimées. Les Augustins déchaussés, qui avaient été appellés à Turin en iüii par la Duchesse Catalina d' Austria , ont été supprimés à la dernière entrée des Français en Piémont , et à cette époque l’Église de saint-Charles a été érigée en paroisse, desservie par un Curé choisi d’abord parmi les anciens religieux du même couvent.
Cette Église située sur la place de saint-Charles à côté de celle de sainte-Christine doit être enrichie d’un portail semblable à celui qui décore cette dernière : déjà de gros blocs d’un granit véncux avaient été détachés d’une roche qui se trouve sur le chemin d’Avcillane au-delà de saint-Ambroisepour l’entreprise de cette bâtisse : on y voit encore des colonnes à demi travaillées , des piédestaux et des capitaux dispersés dans les champs , et on regrette que ce travail n’aie pas été continué. Dans l’intérieur de l’Église de saint-Charles les meilleurs tableaux sont celui du grand autel représentant S.t- Charles Borromée à genoux devant le saint-Suaire et les deux latéraux rélatifs à la vie du même Saint.
Le premier de Pierre-François MaszucchelU , dit lè j Worazzone, et les deux autres de Jean-Paul liecchi de Corne son élève. Dans les chapelles le tableau du Crucifix avec la Vierge et saint-Jean est de Michel-Ange Anierigi de Caravaggio ; et celui de S.t- Joseph tenant l’enfant Jésus, qui d'un trait porte une blessure dans le coeur de saint-Augustin soutenu par deux anges, est du chevalier Dauphin.
Dans une chapelle du coté de l’évangile on vénère une Vierge qui a été apportée du Brésil j en face de la porte d’entrée de cette chapelle on voit la figure cuirassée de Victor Marie Broglio , mort en i6â6 , qui a son tombeau dans cette Église.
Il nous reste à parler des Églises paroissiales des deux faubourgs du Pô et de la Doire. Comme par la démolition des remparts, ces deux faubourgs se trouvent aujourd’hui sur une presque série de continuité avec la ville de Turin, ces deux Églises peuvent avoir leur place à coté de celles dont nous venons de faire la description. La belle Église des saints-Marc et Leonard , ancienne Paroisse du faubourg du Pô élevée en 1740 sur les dessins do Vùtone , ayant été abattue pour faire place à la construction du nouveau pont sur le Pô, la Paroisse a été transférée à l’Église df.lla ss. annunziata , située presqu’au commencement de la rue de Pô. Cette Église, dirigée par une Confrérie de pénitcnS blancs , a été décorée d’une façade en 1776 d’après les dessins de l’architecte Martinez. L’architecture du maître autel est de Vittone et celle de la chapelle de suint-Joaclum est de Randone. Les statues
en bois qui sont dans l'intérieur d'une autre chapelle , séparée , du coté de l’évangile , sont d’Étienne Marie Clemenle et peuvent être regardées comme l’un de ses beaux ouvrages; le fresque de la voûte de cette chapelle est de Koch Comaneddi. Les peintures qui décorent le choeur de l'Église sont de Jean-Baptiste Pozzi , et le tableau de l’Annonciation qui appartient au maître autel est d' Antonio Mari. Dans les chapelles latérales le tableau de notre Dame du Carmel avec l’enfant Jésus , saint-Joseph , saint-Blaise , est de Jean-André Casella qui a peint aussi les fresques qui décorent l’intérieur de la chapelle ; le tableau de sainte-Anne qui apprend à lire à la Vierge , est de Zamora : le tableau de l’Assomption , avec les deux latéraux , est d' Antonio Mari : le tableau de saint-Joachim est de Marie Franeeschini , et celui de l’Ange-gardien est de Charles François Nuvolone.
L’Église des saints Simon et Judas , Paroisse du faubourg de la Doire a été bâtie en 1781 sur les dessins du Comte Delala de Beinasque. Elle se trouve à la presqu’extrémité du faubourg, sur les bords de la 'rivière, et n’offre rien qui soit digne d’être noté.