‹ Turin et ses curiositésChapitre 21 sur 55 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Des Églises appartenant à des Couvens , à des Monastères et à des Confréries.

]^fous venons de faire la description des Églises Paroissiales de la ville de Turin <jui se trouvent au nombre de quinze , comprises la Paroisse de Cour et celles des deux faubourgs. Il nous reste à parler de seize autres Églises , dont six appartenant à des Couvens , quatre à des Monastères , et six à des Confréries ; par ce travail nous aurons fait connaître les trente et une Églises qui sont consacrées au Culte dans la Capitale du Piémont. Ce nombre , autre-fois, se trouvait augmenté de six autres Églises , dont trois , celles de la Conception, de la Magdelaine et de saint Michel, ont été fermées ; les trois autres , savoir celles du Crucifix, de l’Annonciation et de la Vierge du Suffrage, où étoient les Capucines , ont été démolies ou bien destinées à d’autres usages.

Des Églises appartenant à des Couvens, une des plus belles est la Coivsolata jadis titulaire de saint-André et desservie par les Bénédictins noirs, auxquels en i58g avoient succédé les fcuillans qui ont été ensuite supprimés à la révolution. C’est un corps de bâtiment où il y a plusieurs Églises à voir. La première est celle de saint-André , qui , par une bulle du i5 juin i6o4» avait été érigée en Commanderie de l’ordre des saints-Maurice et Lazare; l’autre est l’Église de la Cvnsolala , dont

la chapelle où le Sanctuaire qui est lui même une espèce d’Église , élevée sur les dessins de Juvarra t est digne d’être observée. C’est dans cette chapelle que l’on a transféré , en 1704, l’image de la Vierge de la Consolata que l’on vénérait depuis long tems dans une autre petite chapelle située sur le derrière de l’Église de saint-André. Le Père Arcourt , qui a fait l’histoire de la Madonna délia Consolata , dit que cette image de la sainte-Vierge était déjà honorée dès l’an 44° » du tems de l’Évêque saint- Maxime , et que ce fut le Roi Arduin , qui au commencement du XI. e siècle , fit construire une chapelle à Turin pour y recevoir cette image révérée sous le titre de notre Dame de Consolation.

L’Église de la Consolata n’a rien de particulier à l’extérieur hors d’un vieux clocher qu’on dit avoir appartenu aux fortifications de l’ancienne Ville , ce qui ne peut pas être. Son architecture intérieure ofl’re des aspects un peu singuliers à cause des changemens qu’eLle a rerus à diverses reprises : l’ensemble n’en est pas moins imposant et les détails en sont même gracieux. La première pièce , qui est saint-André , forme un grand ovale dont la porte principale est presque toujours fermée. Les peintures , les marbres et les dorures lui donnent un air de magnificence remarquable. Le fresque de la voûte, représentant les Religieux de saint Bernard dans la gloire immortelle , est de Matthieu Rerloloni , et les peintures d’ornement sont de Félix Biella élève de Joseph G al U Bibiena. Le tableau du martyre de saint-André , qui se trouve sur le

maître-autel en face de la porte d’entrée , est dé Félix Cervetti , digne d’être remarqué par sa belle composition et par la vérité du coloris qui règne particulièrement sur le corps du saint Apôtre j ouvrage, dans lequel ce peintre s'est surpassé. Le tableau du Crucifix avec la Magdelaine , qui se trouve dans la première chapelle à droite , est de Guillaume Caccia dit le Moncalvo , où ce peintre par la beauté des contours des Chérubins et par la noble expression des figures du Sauveur et de la IVIagdelaine , montre qu’il s’était formé à l’école de Raphaël. Le fresque de la voûte de cette chapelle est de Jean-Baptiste Pozzi. Des autres trois chapelles de cette Église , le tableau de celle qui est en face représentant la Vierge , l'enfant Jésus et saint-Bernard , est de ce même Cervetti que nous venons de nommer qui a peint aussi le tableau qui est au coté droit représentant le martyre de sainte Apolonie. L’autre latéral de l’apparition de la Vierge à un saint Évêque, est de Matthieu Fran* ceschini. Le fresque de la voûte de cette chapelle est de Bertoloni , les peintures d’ornemens sont de Félix Biella , les sculptures en bronze sont de François Ladetti , et les sculptures en bois sont d’Étienne Marie Clemente. Le tableau de la chapelle de saint Valérie , qui invoque les secours du très-Haut pour les pestiférés , est de Jean Bolgieri de Turin, Dans cette chapelle les sculptures en bois sont de Perucca , le fresque de la voûte est de Bertoloni avec les ornemens de Félix Biella , et des deux tableaux latéraux , celui de l’enterre-

ment de saint-Roch , est du Chevalier Beaumont t l’autre de la déposition du Christ au tombeau payait copié de quelque original de l’école Italienne. Le tableau de la chapelle de sainte-Anne , et les deux latéraux sont de Victor Rapaus. Les sculptures de cette chapelle sont de Clenienle. Sur les huit pilastres Corinthiens qui régnent dans l’intérieur de cette Église on remarque huit tableaux représentant des faits relatifs à l’histoire de l’ordre des feuülans: ces tableaux sont du même Félix Cen>etti.

L’Église de la Vierge de Consolation , dans laquelle on entre par l’un des grands cotés de celle de saint-André , est une hexagone avec de gros pilastres Corinthiens , surmontée d’un dôme trèsélancé avec une lanterne. Des six faces de cette Église deux sont ouvertes par de grandes arcades, dont l’une communique avec l’Église de saint-André «t l’autre découvre la chapelle de la Vierge. Les quatre autres faces sont percées par seize colonnes en marbres d’ordre composite au dessus desquelles sont placées des tribunes. Le fresque de la voûte de cette Église , quant à l’architecture , a été pei nt part Jean-Baptiste Alberoni sur les dessins de Joseph Galli Bibiena ; quant aux figures c’est l’ouvrage de Jean-Baptiste Crosato. Les sculptures d’ornement de même que les figures de Chérubins, sont de Charles Plura, et les statues que l’on voit andessus des croisées sont d’Ignace Perucca. Les six tableaux qui décorent le pourtour de l’Église «ont de Félix Cervetti.

Ce qu'il y a de vraiment remarquable est la

chapelle.de la Vierge séparée par une riche baluatrade en marbre , et dont l’intérieur est somptueux. L'autel qui s’élève au milieu est d’une belle composition. Le tableau de la Vierge suivant le Padre Lanzi , qui a fait tant de doctes recherches sur les peintres d’Italie , est du XIV. e siècle par un élève de Giotto. Cette image est peinte sur une toile assez fine : elle est garnie d'une glace avec des encadremens magnifiques, et se trouve sons un baldaquin porté par quatre colonnes de marbre répétues par des pilastres j des anges environnés d’une gloire soutiennent le cadre , et d’autres le parent d’une couronne. De toutes ces figures les deux plus grandes , qui se trouvent sur le ré* mené de l’autel , sont de Charles Tantardini. Tout l’intérieur de la chapelle est splendidement orné et Je plafond, représentant des choeurs d’anges qui se forment en couronne , est de cette couleur séduisante qui caractérise les ouvrages de Èernardin Galliari.

Dans la sacristie et le vestibule qui la précède , Il y a des tableaux de Gualla et de Félix Cervetti. Les dessus de porte de la sacristie sont de Tanat artiste à la fois peintre et musicien ; la voûte est d’Antoine Miloccu. Dans les deux pièces suivantes, le petit tableau du Père Étemel avec des anges , est du Moncalvo et les fresques sont de Crosato.

Une autre Église remarquable non par son architecture , mais par les souvenirs qu’elle retrace etles objets qu’elle renferme , est celle de Saiwt-Do. mimique ; 6on premier établissement date du 1214»

dans cette année mémorable , ou selon le Pingone , séjournèrent à Turin saint-François d’Assise venant de l’Umbrie pour ae rendre dans les Gaules et S.t— Dominique retournant en Espagne sa patrie. On voit dans le couvent annexé à cette Église les chambres où siégeoit jadis le tribunal de l’Inquisition qui a été supprimé à l’entrée des Français, bien que son pouvoir eût cessé depuis long-tems.

Ce qu’il y a de beau à voir dans cette Église est la chapelle de la Vierge del Rosario , qui est au fond de la nef qui se trouve sur la droite. L’architecture de cette chapelle est de Louis Barberis : les bqsreliefs des mystères de la Vierge , qui sont distribués autour du tableau ainsi que les autres figures, sont l’ouvrage d’Étienne Marie Clemente , et le tableau représentant la Vierge avec l’enfant Jésus qui donne le chapelet à saint-Dominique au milieu d’une gloire d’anges et plus bas sainte-Cathérine de Siène, est du Guercin. Tableau d’une belle composition et dans lequel , outre la correction du dessin , il y règne de l’élégance et du bon ton dan» ce qui regarde l’attitude et la pose des figures; mai» qui ayant souffert du desastre de l’incendie de 1» maison Anglesio, située autre-fois sur le derrière de la chapelle , a dû être restauré ; ce qui a moins réparé le mal qu’on pouvait l’espèrer.

Outre de cette chapelle, il y a dans saint-Dominique huit autres autels qui sont distribués dans le corps de l’Église. Le tableau appartenant au ' maître-autel , qui représente la Vierge ayec saint- Dominique, est d’Antoine Miloccu ; les sculpture#

en bois sônt du Botto. Le tableau (juî représente le massacre des innocens est de Louis Brandin , celui de saint-Vincent de Ferreri est de Joseph Galeotto , celui du bienheureux Amédée Duc de Savoie est de Pecheux , le professeur de l’école royale de Turin, tableau bien dessiné, mais qui a souffert de la fraîcheur des murs qui soutiennent la chapelle. Le dernier tableau de ce côté représentant le saint Pontife Pie V avec saint-Thomas d’Aquin a été peint en 170s par Tarquinio Grassi. En revenant dans la nef qui est sur la droite le tableau représentant l’apparition de la Vierge à saint-Hiacinthe est de Molineri , et celui de saint- Dominique est de Félix Cervetti. Parmi les personnages illustres qui ont leur sépulture dans cette Église on distingue le Général Melphi qui commandait à Turin du tems du Roi Henri II et le célèbre historien Pingone, dont les deux pierres sépulcrale» sont placées à côté de la grande porte d’entrée.

Derrière le grand autel de cette Église il y a une chapelle de la Vierge que l’on vénère sous le titre de Madonna delle grazie: sur la droite de cette chapelle on voit une inscription qui atteste que la sainte Vierge est apparue jusqu’à trois fois sur cet autel; sur la gauche il y a le tombeau du bienheureux Pierre de Rufjie , l’un des anciens inquisiteurs de la ville de Turin.

L’Église de Saint-Frawçois , où étaient les Cordéliers conventuels a été fondée par saint-François d’Assisi en iaiS lors de son passage , comme nous l’avons déjà dit , pour aller en France. Ce couve*

de peu d'importance d’abord s’est agrandi par la suite , et nous le trouvons désigné dans de vieux documens parle nom de saint-François ad Turrimt d’où est venu le nom altéré de saint-François de Turin. L’architecture de l’Église n'a rien de remarquable } la façade a été bâtie sur les dessins de Bernard Viltone et peut mériter d’être observée tant par la belle régularité de son ensemble que par les détails de son exécution j on regrette de la voir disparaître en partie sous le mur de la maison à côté. Le clocher, qui était surmonté d’une espèce d’aiguille, a souffert de l’ouragan qui a eu lieu à Turin le 16 d’août 1777. La force du vent en a renversé la coupole.

On compte treize autels dans cette Église , efr bien que l’on n’y remarque aucun de ces tableau» qui peuvent faire l’admiration des étrangers , il s’y* trouve des peintures qui méritent d’être citées. Le» deux tableaux qui décorent les deux faces latérales de la première chapelle à droite, en entrant, sont de Jean-Antoine Molineri de Savillan. Dans la seconde chapelle la sculpture du crucifix est de Plura et les anges sont d'Étienne-Marie Cle mente , le fresque de la voûte est de Jerôme Colonna Min gozzi pour la partie de l’architecture , les deux figures représentant les statues de la Vierge et de saint-Jean sont de Matthieu Franceschini. Plu» loin on voit le tableau de saint-Blaise e t de sainte- Luduvine peint par Isabelle-Marie Dal-Pozzo, qui semble avoir étudié à l’école de Moncalvo. On y lit cctfe inscription : Jsahella Maria a Puteo hoc

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