‹ Turin et ses curiositésChapitre 37 sur 55 · DU CINQUIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

DU CINQUIÈME LIVRE

(a) La Bibliothèque Italienne , que l'on publie et Milan , en rendant compte des peintres , sculpteurs et architectes que la renommée avait célébrés par leurs travaux , a aussi fait mention des amateurs qui cultivent les arts avec succès , et les protègent d'une manière digne d'éloge ; elle a cité le Mar-

fuis Satirana de Breme , Ministre du Roi de Sardaigne à la Cour de Bavière , comm' ayant un véritable talent pour tous les arts du dessin et de la peinture , et ce là arec un gôut exquis dont les traces sont héréditaires dans sa famille , ses deux demoiselles montrant un esprit précoce pour la peinture , qui est un objet d’ admiration pour les étrangers.

Il nous faudrait beaucoup de pages si, à l'exemple du journaliste Italien, nous voulions seulement rappeller le nom de toutes les personnes de distinction , qui dans notre Pays se font estimer par leur goût pour les arts : les premiers à figurer sur cette liste, seraient le Marquis et le Chevalier d'Azeglio , cités avec honneur , l’un pour la peinture d’histoire , l’autre pour celle du paysage ; ensuite , le Marquis de Bernez , savant dans la théorie de Y art et qui peint d'une manière très-gracieuse ; le Marquis Grimaldi , Ministre aux Etats unis , vanté par ses tableaux à la gouache et à V aquerelde , le Comte Canelli , homme de goût , possédant bien le dessin, amateur de l’art de la sculpture et qui se fait remarquer par ses gravures sur pierres dures , M. Bardo, éléve de CoUini, réputé pour l'art statuaire, et les deux Comtesses Piobesi née Vallesa et Priocca, et les deux demoiselles Franchi de Pont et Piossasco, toutes les quatre distinguées par leur manière de dessiner le paysage à la gouache, talent pour lequel semblent se montrer avec une égala force , madame Simeorn qui peint aussi à l'huile , le sieur Peirotti , élève ds Palrnieri le fils , la Comtesse Lapié «t

M. Fava profond dans la théorie du paysage, et ensuite les deux Marquis de Vilçlie et Fausson de Montelupo , la Comtesse Ravel de sainte-Brigitte et le Docteur Rolando , qui , outre de dessiner avec beaucoup de précision. , grai>e aussi les figures servant à l’histoire naturelle : et Von ne pourrait terminer cette note , contenant un tableau , qui est fort-honorable pour le Piémont , sans faire mention du Marquis de Cambian le fils , et du Comte Can d' Ussol, qui dessinent à la plume dans le genre de Palmieri, le père , d'un ton de vérité et de force , à se faire remarquer par ceux qut savent apprécier la manière de ce grand maître ; comme du Prince de la Cisterne , le fils , et du Comte Balbe , le fils , qui cultivent V architecture en amateurs du vraibeau , et du fils du Marquis de saint-Marsan qui “montre un talent distingué pour le dessin , surtout dans ce qui regarde l'architecture ; et etifin , de deux Comtesses , du Per liante et Francesetti , de la demoiselle Colla et du Chevalier Cockis, qui dessinent très-bien le paysage à V aquarelle , et de ■madame de Castelborgo , femme de beaucoup d'esprit , qui connoit fort-bien les differentes parties du dessin ; de rttadame Morelli , élève de Ferrero , qui excelle dans le genre pointillé , de V Intendant Revelli cité pour ses paysages au crajyon , de M. Scarron, élève de Pecheux , pour sa manière de dessiner le nud, de M. Moschetli , pour ses belles décorations de théâtre , de M. Scanzo, pour ses beaux dessins à l' aquerelle , et de l' Abbé Borson , savant distingué en histoire naturelle et habile pour des-

strier le paysage et les sujets de minéralogie et d'à* natomie comparée.

En rendant hommage aux talens de tous cet personnages , qui ont le mérite de savoir occuper leurs loisirs par un amusement qui est le plus noble et le plus agréable , nous avons voulu rendre un témoignage de l’estimable penchant que depuis quelques années on voit se dévélopper dans Turin pour les arts , résultat des institutions qui ont été crées dans la période de douze lustres , telles que l’école de l’art statuaire y l’Académie Royale de peinture et de sculpture , l’école d’architecture, et les deux écoles de dessin et de gravure ; fondations qui ont déjà influé sur l'éducation de la jeunesse , et qui , sagement protégées et encouragées , doivent assurer à la Nation des années de lu s lie et de gloire ; il est une remarque à fairé , qui a son fondement dans l’histoire , que c'est le nombre , le talent et le zélé des amateurs , qui font éclorre les grands Professeurs.

(b) Dans tous les tems les Piémontais ont été inclinés à ces délassemens qui tiennent aux plaisirs de l'esprit ; la musique , la poésie , la danse et les jeux populaires , quelque fut leur genre , ont fait l’amusement de nos ancêtres ; leur caractère primitif était d’être gais et enjoués : terra ferax , gen* lacta hilaris, a dit Scaliger de moribus Taurinorum. Mais , les guerres presque continuelles et les divisions intestines ont porté atteinte au caractère national , et ont retardé le progrès des lettres , de même qu’elles ont empêché les premiers Souverains de la Maison de Savoie de les encourager eomm’ils l’auraient

à l'exemple des autres Princes de Vîtalie. Un. obstacle aux progrès de la littérature dans ce Pays est dérivé du dialecte que Von y parle et qui rend moins facile V étude de la langue Italienne ; quoique ce dialecte , riche en proverbes et en mots sente ntieux , soit de nature à bien servir l’esprit et le coeur , ce qui peut donner une nouvelle preuve que nos pères ne manquaient point ni de sensibilité , ni de Jinesse. La célébrité que des troubadours Piémontais s’étoient acquise dans les Cours d'Italie aux premiers tems de la renaissance des lettres ; l'ancienne habitude de consacrer le souvenir des moindres événemens par des sonnets et des recueils de poésies , le nombre infini de sociétés de Poêles qui se sont formés dans la suite des tems , dont plusieurs existent encore , et parmi lesquelles on distingue les Académiciens Unanimes et les Bergers de la Doire ; l'éclat avec lequel nos Virtuoses ont paru sur les premiers théâtres de l'Europe ; et après tout , le rang qu’ont pris sur le Parnase les Poêles Subalpins dans le i8.e siècle , sont des témoignages authentiques qui déposent en notre faveur , et prouvent là noble tendance que les Pié montais , de même que les autres habitans d’Italie , ont naturellement pour les lettres et les arts .

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