‹ Turin et ses curiositésChapitre 6 sur 55 · CONTENANT · texte numérisé non relu

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UN PRÉCIS HISTORIQUE ET STATISTIQUE DE LA VILLE DE TURIN ET DE SES ENVIRONS.

Parmi les divers Etats de l’Europe, on ne sauroit en citer un dont le Souverain ait pour lieu de sa résidence une Ville, qui, à tout prendre soit plus belle que Turin. Cette ancienne Capitale du Piémont qui n’est que de second, ou de troisième ordre en comparaison des Villes de Paris, de I^ndres et de Naples etc. , offre par la régularité de ses bâti mens et par la variété de ses environs un ensemble de beautés et de curiosités , qui doivent intéresser le voyageur.

La ville de Turin est située au confluent du Pô et de la Doire, dans une plaine délicieuse, à 35 lieues au nord-ouest de Chatn-

bery , à 27 au sud-est de Gênes , et à 28 au nord-est de Milan. Sa latitude, selon M. de Zach , est de 4^° 3 5g 83. sa longitude est de a5° ao 180. La proximité des alpes fait que l’hiver y est assez rigoureux ; mais le printems y est précoce et l’automne s’y prolonge d’une manière agréable; les vents qui viennent de la montagne y apportent de la fraîcheur et y tempèrent les chaleurs de l’été.

On a peu de notices sur la ville de Turin antérieures à la domination Romaine. Son nom vient de celui des peuples qui habitoient le pays situé entre'Ja Doire ri paire et le Pô , et qu’on appellait Taurini. Pline , dans la description qu’il fait de 1 Italie Transpadane , parle de Turin comme d une ancienne ville de Ligurie. Tite-Live raconte , que, lorsqq’Annibal passa les alpes pour aller porter la guerre contre Rome, il s’arrêta devant Turin dont il se rendit maître au bout de quelques jours, et que de là il grossit son armée pour aller battre les Romains sur le Tesin , sur la Trebbia, et ensuite au Trasiinène, telle était la terreur qu’inspirait son nom.

Dans la guerre contre Catilina , Murena Préfet de la Gaule Subalpine rassembla beaucoup de troupes dans ce pays qui contribuèrent à soumettre ce factieux. Turin prit ensuite le nom de Colonia Julia , parceque César en fit une place d’armes lors de son passage dans les Gaules: mais cette Ville retint le nom d’Auguste, et nous trouvons Augusta Taurinorum dans les auteurs anciens , tels que Strabon , Ptolomée , Pline , Tite-Live et Ammien Marcelin.

On lit dans les historiens de l’Eglise que l’Empereur Constantin gagna en3ia une bataille près de Turin contre Maxence, ce qui le rendit maître du pays situé entre le Pô et les Alpes. Dans la décadence de l’Empire, Turin se ressentit des premières invasions des barbares. Il fut pillé en 4o8, et allait l’étre de nouveau en , sans les prières de son Evêque S. Maxime, qui l’ont préservé de ce désastre.

Desolée par les calamités de ces tems déplorables, la ville de. Turin commença à se rétablir sous les Lombards , qui se fixèrent en Italie vers le 568 : elle devint la capitale de l’un des Duchés qui composaient leur

Royaume , et l’histoire a conservé le nom d’AgiluIphe Duc de Turin , qui, par son mariage avec Théodelinde en 5go , s’ouvrit la voie au Trône de Lombardie. L’Eglise de Turin sous l'invocation de S. Jean Baptiste a, dit-on, été fondée par cette Princesse.

Après la chute des Lombards en 774» la tille de Turin tomba sous l’Empire de Charlemagne et fit partie du Royaume d Italie. Cet Empereur conserva beaucoup de choses du gouvernement des Lombards et Turin eut ses Marquis et ses Comtes , par la suite il appartint aux Marquis de Suse , et c’est d’Adelaide, dernier rejeton de ces Souverains, quil parvint à la maison de Savoie par le mariage de celte Princesse avec Odon fils d'Humbert Comte de Maurienne , dit aux Blanches Mains.

Pendant de longues années la ville de Turin fut le théâtre de guerres intestines , effets des divisions qui affligeoient ce pays. Les Comtes de Savoie faisoient leur résidence au-delà des alpes : les Empereurs exerçoient des droits de Souveraineté en Italie; les Evêques et les Abbés y étoient puissans et l’autorité municipale, qui s’intitulait celle

des sages , balançait le pouvoir de l’Eglise. Mais la maison de Savoie s’étant partagée en deux branches vers le ia35, les Princes d’Achaïe et de la Morée , successeurs de Thomas deux Comte de Piémont, s établirent à Pignérol et gouvernèrent de plus - près la ville de Turin, jusqu’à ce quelle devint la ville principale des Etats de Savoie par la réunion de ces deux branches sous le Duc Ainedée huit, en î^i 8.

Cet Amedée huit, le premier Duc de Savoie, fut un Prince libéral, pieux, magnanime : il fut appelé le Salomon de son siècle. Dans les lois du Piémont on trouve des statuts de lui qui sont pleins de sagesse, et son règne a fait époque dans l’histoire de la maison de Savoie : cependant la ville de Turin n’a conservé d’autre monument de ce Prince que le château des quatre toi «s bâti en i4»6; il est vrai que beaucoup d’an* ciens édifices se trouvaient dans *es quatre fauxbourgs qui furent détruits par les Français lors qu ils occupé*- eilt le Piémont en i536.

De ces quatre ±&uxbourgs, le principal était à l’ouest de A Ville hors de la porte Tu -

riardca , et s’étendait vers les Tillages de Colegno et de Grugliasco. Outre un grand nombre de maisons et de rues , il y avait trois couvens et deux Eglises , et entr’autres l’abbaye de saint Soluteur placée près de l’endroit où l’on a bâti la citadelle. Un autre situe au sud de la Ville , offrait des inonumens en marbre d’une haute antiquité, ce qui avait donné à la porte qui y aboutissait le nom de porte des Marbres , porta Marmorea , bâtie du teins des Romains ; on y voyait un amphithéâtre avec l’orchestre, un lac entouré de collines artificielles, et on s’y trouvait arrêté par une multitude dinscriptions antiques. Il y avait aussi un cou- , vent de Religieuses. Le troisième, à l’est de la Ville , prénait de la porte Phibellone , bâtie en j 2,43 , et se prolongeait jusque sur b* bords de la rivière : on y descendait par un double rang de portiques assez mal ordonnés , et bien antérieurs à ceux qui décorent actuellement la rue de Pô. Le quatrième, situé au i**cd, s’alongeait hors de la porte Palatine, où était jadis le palais d’Auguste, et touchait inx rivages de la Loire. Le Roi François preirîùr } qui voulut

la démolition de ces quatre fauxbourgs, à deseiu de rendre la .Ville plus forte, dut épargner ceux du Pô et de la Doiré, à cause des besoins de la navigation et des usines établies sur ces rivières.

Réduite par ces démolitions la ville de Turin ne conservait plus que la moitié de l’étendue qu’elle avoit autrefois, et n’occupait que le tiers environ de l’espace qu elle * embrasse aujourd’hui. Voulant donner une idée de ces quatre fauxbourgs , et faire connoitre les limites de la ville de Turin à une époque antérieure à celle de leur destruction, nous avons représenté sur la planche première le périmètre de la ville de Turin en i4*6, lors de la fondation du château des quatre tours, avec le tracé de ses murailles et l’indication des principaux édifices de ses fauxbourgs , autant que nous avons pu en recomposer le souvenir. Il eut été impossible, et même sans intérêt de remonter plus haut, parceque les notions des tems plus reculés sont incertaines , et que le type de la ville de Turin en i^4 16 > doit être regardé comme celui de plusieurs siècles auparavant, attendu le peu d’importance que prennent

dans l'histoire les évenemens de ees contrées depuis l’invasion des barbares. Les Goths conduits par Alaric ayant forcé la ville de Turin en pour la livrer au pillage, de là

vint l’origine de l’enceinte carrée bâtie par les citoyens pour défendre à l’avenir les endroits les plus considérables de leurs habitations, mais qui, au dire des historiens., avait bien moins de circuit de celle qui existait du tems des Romains.

Il est à présumer qu’un certain nombre d’Eglises, et de couvens placés hors de l’enceinte carrée , et dont on a l’indication dans cette première planche, ayent été bâtis par les Lombards qui ont couvert l’Italie de tant de fondations pieuses. On est cepen* dant porté à croire que les plus beaux parmi les édifices des fauxbourgs, soient déjà l’ouvrage des Ducs de Savoie , qui ont laissé des souvenirs de leur grandeur et de leur goût pour les arts. Soixante et treize années s’étoient à peine écoulées depuis l’invention de la poudre , que le Duc Lodovico , fils d’Amedée huit, avait déjà ordonné la construction de trois bastions pour la défense de La ville de Turin, dont deux aux deux

angles de l’enceinte carrée qui regardent l’est et le sud, et le troisième en avant du château. De ces trois bastions , le premier , commencé en i/\6i , sur les dessins de Canale Michèle , est peut-être le premier bâti en Europe , et conservé jusqu’à ce jour a retenu le nom de bastion des Anges, parce qu’il avait été élevé à l’endroit où se trouvait jadis l’Eglise de notre Dame des Anges, desservie par les moines franciscains appelés minori osservanti , qui dès-lors ont été transférés au couvent de S. Thomas. Voyez planche i.e n. 11, et planche a.e lettres ABC.

En jetant les jreux sur les cartes que nous publions , il est naturel de remarquer combien la ville de Turin , située au milieu d’une plaine fertile , avait de la tendance à s’agrandir malgré les dévastations quelle souffrait de ses ennemis; le Roi François premier, après avoir fait abattre ce qui se trouvait hors de ses murs , fit construire en i537 deux autres bastions aux deux angles de l’enceinte carrée, au nord et au couchant , tout-à-fait semblables à ceux bàlis par le Duc Lodovico , lesquels se trouvent

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notés sur la planche secondième par les lettres E D : et comme le mur de clôture tombait de vétusté, il en fit construire un nouveau avec trois plate-formes sur le devant de trois portes d'entrée. Oh peut voir sur celte planche les lignes de ces deux enceintes, dont la première flanquée de vieilles tours est interrompue sur la droite du château par une galerie , et la nouvelle bastionnée est exactement parallèle à la première. C’est-Ià le commencement des fameux rempars de la ville de Turin. Ces deux enceintes , enveloppées ensuite par les travaux extérieurs sont restées long - teins debout, et encore aujourd'hui on en trouve des vestiges entre le château des deux tours et le vieux palais des Ducs de Savoie , comme sur les terrains qui servent d’emplacement aux glacières.

A part la construction de ces deux bastions , et de cet enclos avec ses plate-forme s , les Français n’ont rien laissé de mémorable du séjour qu’ils ont fait à Turin pendant plus de a6 ans: il est vrai qu’au ï6.® siècle la France était presque barbare, et que c’est d’Italie que le Roi François Pre-

«lier y apporta les premiers germes de la civilisation. Le Duc Emmanuel Philibert ayant défait les années Françaises à saint Quentin, en 1 557 , il eut le bonheur de reconquérir le domaine de ses ayeux: c’est de son règne que datent les agrandisseinens et les embellissernens de la ville de Turin, Ce Souverain commença par bâtir la citadelle afin de s’assurer de la Capitale de ses Etats après tant d’années de domination étrangère. Cette place , la première bâtie en Europe , eut suffi pour immortaliser la gloire de ce Prince , si , nouveau fondateur de la monarchie de Savoie, il n’eut cherché à éterniser sa mémoire par des institutions que les siècles ont consacrées. Dans la construction de la citadelle on employa beaucoup de matériaux provenant de la démolition des fauxbourgs , et surtout de ceux qui se trouvaient entassés hors de la porte des marbres, ce qui a pu laisser le regret de la perte d’un nombre de monumens d’antiquité enfouis sous ces remparts. Après la citadelle, Emmanuel Philibert ordonna la construction de trois autres bastions , dont le premier sur la droite de la porte de Suse , et les deux autres aux

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deux côtés d’une nouvelle porte à être percée au nord avec le nom de porte Doreane, à dessein de fermer l’ancienne porte Palatine. Ces diverses constructions ont été exécutées avant la fin du siècle, et la planche troisième représente la citadelle avec ces trois bastions qui sont notés par les lettres B C D. De plus, Emmanuel Philibert ordonna la dérivation du canal qui distribue les eaux dans les rues de Turin, ce qui a rendu cette Ville une des plus propres, et des plus agréables de l Europe.

Le Duc Charles Emmanuel Premier, fils et successeur du Duc Emmanuel Philibert , dans un Règne qui a duré près de cinquante ans , eut le loisir de s’occuper des projets d’amelioration pour la ville de Turin. Il commença par donner l’impulsion à un agrandissement vers le sud , où la Ville n’avait pas été bastionnée : sans toucher à la double enceinte qui s’étendait sur la ligne que suit aujourd’hui la rue de S. Thérèse , il permit que l’on élèva des maisons dans un emplacement et sur des carrés désignés en dehors , ce qui donna lieu à la fondation de quelques couveus, et de plusieurs monastères;

et lors du mariage de son fils , le Duc Victor Amédée Premier, avec Christine de France, fille de Henri Quatre, à l’arrivée de cette Princesse à Turin, en 1620, il ordonna la construction de cinq bastions pour la défense de cette nouvelle Ville, à partir de la citadelle jusqu’à la pointe de l’un des trois premiers bastions bâtis par le Duc Lodovico, en ouvrant une nouvelle porte à midi qui prit le nom de porte Neuve, comm’on appela rue Neuve celle qui, de la place du chateau, y aboutissait en traversant la place de S. Charles. La planche quatrième représente ces nouvelles constructions, qui ont été entreprises et exécutées en très-peu de tems.

On laissa subsister pendant plusieurs années la ligne des anciennes fortifications , et la vieille porte des marbres donnait l’entrée de l’ancienne à la nouvelle Ville. Le Due Victor Amédée Premier, n’eût pas le tems de mettre à exécution un nouveau projet d’agrandissement vers l’est qui devait clorre un grand nombre de maisons déjà bâties sur les terreins qui s’étendent vers le Pô. Apres la mort de ce Souverain , ses deux frères le Prince Thomas et le Cardinal Maurice ayant

contesté la regçnce à la Duchesse Christine de France pendant les deux minorités des Princes François Jacinthe et Charles Emmanuel Second, le Piémont fut le theàtre d’une suite d’évenemens militaires , qui ont empêché qu’on songea à autre chose qu’à la guerre : mais cette guerre civile , qui a été cause de beaucoup de désastres, n’a pas moins mis un obstacle à ce que le Piémont ne passa de nouveau sous la main de l’Etranger. Nous rendrons compte de ces évenemens , en parlant des sièges de la ville de Turin ; seulementnous croyons devoir noter que ces circonstances ont nécessité la construction des ravelins et autres ouvrages anterieurs soit à la citadelle, soit aux divers bastions; objets qui ont été exécutés par les ordres de Madame Christine de France en i6'38. Voyez la planche 4 e-

En 1673, le Duc Charles Emmanuel Second, après une longue paix donnée à ses Etats mit à exécution l’agrandissement de Turin vers le Pô, en pressant la construction de six nouveaux bastions et de deuxdemibastions , tous avec leurs ouvrages extérieurs qui ont formé J a nouvelle enceinte que

nous avons représenté dans la planche cin« quieme avec le soin de laisser paraître l'an* cienne par des lignes pointillées. Il ordonna ensuite cette belle distribution de rues et de places que l’on remarque dans ces nouveaux quartiers et y fonda quelques monastères. Ce Souverain avait de la grandeur dans l’àme , sa Cour était déjà celle d’un Roi; voulant réparer les maux causés par les guerres, il entreprit de grands travaux qui lurent une source de prospérité pour le peuple et qui ajoutèrent à 1 éclat de son Trône. Il élèva des palais, traça des routes, bâtit des forteresses, ouvrit des montagnes et employa les dernières années de sa vie à embellir sa capitale ; le teins semblait devoir lui manquer , tellement il pressait les travaux. 11 mourut en 1675, après avoir vu terminer les arcades de la rue de Pô. Sa veuve , la Duchesse Marie Jeanne Baptiste hérita de son goût pour les arts; sous sa régence, durant la minorité de Victor Ainédée Second , Turin s’embellit dun grand nombre d'édifices.

Mais c’est au commencement du i8.e siècle que Turin a pris son rang parmi les Villes d’Italie. Le rôle brillant que jouèrent

ses remparts en 1706 lui ont assuré de glorieuses destinées. La fortune de Louis XIV. qui éprouvait de cruelles journées à Hostchedt et à Rainillies devait trouver ses écueils en Italie. Le Prince Eugène en délivrant Turin du siège des Français , a délivré eatte contrée des fers que lui préparait ce Monarque dédaigneux, et s’est vengé lui-même de l’affront qu’il avait essuyé dans sa jeunesse. Le Duc Victor Amédée Second , qui dès le 170a , avait ordonné l’agrandissement de Turin vers la porte Susine, et avait fait exécuter beaucoup de travaux pour compléter les fortifications de la citadelle , tels qui sont représentés dans la planche sixième , dès qu’il fut couronné Roi de Sicile , après le traité dUtrecht, s’occupa de rendre sa Capitale digne de son Royaume , plusieurs beaux palais ont été bâtis à cette époque , et la ville de Turin, qui, du teins de Gregorio Leti , n avait que trentecinqmille habitans se trouvait en avoir le double avapt la mort du premier Roi de Sardaigne.

Au Règne long et glorieux de Victor Amédée Second succédèrent des teins calmes et prospères ; les armées Piémoniaises alloi-

ient cueillir des lauriers en pays étrangers, et à mesure que les états de Sardaigne s’étendoient à l’extérieur, l’agriculture, l’industrie et le commerce s'accroissoient à l’intérieur et la ville de Turin devenait plus florissante. Charles Emmanuel III. s’occupa du redressement des rues situées dans les quartiers de l’ancienne Ville. Par des patentes publiées en 1756, et en ij55j ce Roi accorda la faculté d’établir des Majorats et des fidéicominis aux personnes de la classe Bourgeoise qui anroient bâti des maisons dans les rues de Doiregrosse, de Suse et d’Italie. Cet exemple a été suivi par le Roi son successeur. Victor Àinédée III. , l’illustre fondateur du magistrat des Ediles, de l’Académie Royale de peinture et de sculpture, de FAcadémie Royale des Sciences , et de la société Royale d 'Agriculture , promettait à ses Etats des années de bonheur et de paix, si les événemens de la révolution n’eussent interrompu ces espérances. La ville de Turin fut de nouveau le théâtre de la guerre , et bien que ce Roi eut pourvu à sa défense , dès les premières années de son Règne, par un nombre d’ouvrages ajoutés à ses fortifications

depuis la porte de Suse, jusqxi à celle de Pô, et entre celle-ci et la porte-Neuve, tels qu’on peut les voir sur la planche sixième, cette rédoutable cité qui avait vu fuir ses ennemis, n’a pu résister** au choc des évenemens, et de Ville capitale cKun Royaume indépendant, elle devint le chef-lieu d’une province conquise.

C’est vers la fin de l’an 1798, que les . Français ont occupé le Piémont : peu de mois après la ville de Turin vît paraître sous ses murs l’armée des Alliés, et sa citadelle a été forcée de capituler, le 20 de juin, par l’armée Austro-Russe, commandée par le Général Suwarouf. Après la bataille de Marengo, favorable aux Français , les fortifications de Turin ont été démantélées , et beaucoup de personnes ont regretté de voir démolir ses quatre portes d’entrée , dont trois avoient un donjon et étoient décorées de façades en marbre avec des colonnes et autres ornemens d’une belle architecture. Les remparts du jardin du Roi ont été épargnés, non qu’il y eut en leur faveur une excéption , mais par l’intérêt que leur portèrent quelques personnes placées alors près du Gouvernement. Les Français ont en outre abattu le

pavillon qui fermait la place Royale et servait «lavant corps au palais du Roi, et ont jetté à bas la vieille tour qui se trouvait hors de l’alignement de la rue de Doiregrosse , et dont la démolition était arrêtée depuis long teins. Les Français ont Làti le pont sur le Pô en cinq arcades d’une construction en pierres de taille qui promet une longue durée * et ont projetté quelques autres evnbellissemens : mais la ville de Turin, qui en 1796 avait quatre-vingt-treizemille soixante-seize habitans, n’en avait plus que soixante-cinq-mille sept-cenl-trente en 1807. Pour satisfaire à ce sujet la curiosité de nos lecteurs nous avons pensé joindre ici le tableau de la population de la ville de Turin depuis le 1762, épocpse de la première publication des recenseinens annuels ordonnée par les Syndics et Administrateurs de la commune, jusqu’et compris le 1816. Le nombre des habitans de la Capitale du Piémont , qui sur la fin du dernier siècié s’était accru dans une série analogue à celle des agrandisseinens successifs de la Monarchie de Sardaigne , avait commencé à décroîti-e, dès que par le traité de paix on en avait séparé la Savoie et le Comté de Nice.

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