‹ Turin et ses curiositésChapitre 7 sur 55 · TABLEAU · texte numérisé non relu

TABLEAU

De la population de la ville de Turin depuis le 176a jusqu'en 1817.

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Dans le dessein où nous sommes de compléter Thistoire de la ville de Turin , nous avons représenté dans les planches septième, huitième et neuvième les trois sièges qu’elle a souffert en 1640, en 1706 et en 1799, non, que nous voulions entreprendre de raconter des événemens qui se trouvent déjà consignés dans l’histoire, mais simplement, pour rappeller des vicissitudes qui peuvent avoir influé sur l’état actuel de cette Ville. Nous avons fait mention des circostances extraordinaires où s’était trouvée la Duchesse Christine , veuve du Duc Victor Àmédée premier, en 1639, étant en guerre avec les Princes ses beau-frères , soutenus par les Espagnols qui aimoient à se faire jour en Piémont, tandis qu’elle même était soutenue par la France, gouvernée alors par le Cardinal de Richelieu dont la politique ambitieuse avait des vues sur l’Italie. Dès que les Princes lui eurent déclaré la guerre , elle avait fait réparer les fortifications de la Ville et de la citadelle, avec les nouvelles constructions dont nous avons parlé, et le Roi Louis XIII, son frère, lui avait expédié le Cardinal de la Valette avec une armée

île i2 à i5 mille hommes pour agir de concert avec les troupes qui ljui. éloient restées fidèles, et chasser les Espagnols du Piémont. Mais le Prince Thomas ayant surpris la ville de Turin la nuit de 26 au 27 juillet 1739, parceque des gens attachés à son parti lui avoient livrés la pièce dite de l’écurie , placée à côté de la porte du château, voyez planche 4-e» Madame Royale avait du se retirer en citadelle , et ensuite se rendre en Savoie avec le jeune Prince qui fut depuis le Duc Charles Emmanuel Second.

Le Cardinal de la Valette étant mort à Rivoli, le 27 de septembre , le Roi de France avait envoyé à Turin le Comte d’Harcourt avec des renforts considérables pour le remplacer dans le commandement de l’armée.

Ce Général ne tarda pas à paraître en Piémont , mais les grandes opérations récommencèrent en 1640. La citadelle de Turin, assiégée par le Prince Thomas, était occupée par les troupes restées fidèles à la Duchesse et par des Français ; la Ville était au pouvoir du Prince Thomas, et le Comte d’Harcourt y mettait le siège avec l’armée Française , tandis qu’il était lui même assiégé dans son

camp par les Espagnols commandés par le Marquis de Leganes. Il faut lire les détails de ces trois sièges dans l’ouvrage du Chev. Emmanuel Tesauro , intitulé i campeggiamenti del Piemonte; nous en avons tracé le plan d’après des pièces authentiques, et notre planche septième représente la ville de Turin en 16/jo, avec les lignes de circonvallation et de contrevallation où était l’armée Française, et avec les retranchemens faits au dehors par le Marquis de Leganes. Le Comte d’Harcourt, placé entre ses doubles lignes en s’appuyant sur la citadelle , ne savait douter de prendre Turin, mais il était affligé par le manque des subsistances, dont la pénurie se faisait sentir davantage dans la Ville. Le Marquis de Leganes se flattait d’avoir le Comte d’Harcourt entre ses mains, et par le moyen de bombes sans fusées dans lesquelles il faisait cacher des lettres , il correspondait avec le Prince Thomas dans Turin et agissait de concert avec lui. Après quatre mois et demi de sièges et de combats sanglans, Turin fut obligé de se rendre, et par une capitulation signée le 29 de septem-

bre, j64o, le Prince Thomas en sortit avec les honneurs de la guerre.

Ce siège qui prépara les moyens de pacification entre la Duchesse Régente et ses beau-frères, et dont le récit bien détaillé, avec les circostances qui Font amené et les accidens qui l’ont accompagné, serait d'un véritable intérêt, est aujourd'hui pres-qu’oublié, parceque tous les souvenirs se portent sur l’autre siège plus mémorable que la ville de Turin a souffert du tems de Louis XIV. Le Duc Victor Amédée IL avait pris part dans les contestations qui s’étoient élévées pour la succession au Trône d’Espagne: ayant réconnu le nouveau Roi Philippe V., il lui avait donnée sa fille en mariage: mais la Cour de France avait douté de ses sentimens , ses troupes qui combattoient à côté de celles de France , avoient été désarmées sur le Mincio. Le Duc de Savoie montra cette grandeur dame qui faisait le fond de son caractère ; il s’allia avec l’Empereur et brava toute la colère de Louis XIV. Le siège de Turin en fut la suite, et la lévée de ce siège décida du sort de l’Italie.

Les assiegeans s’étoient munis de tout ce cju’il fallait pour une si grande entreprise : 68 bataillons , 80 escadrons , 6 compagnies de bombardiers, 600 cannoniers, 600 mineurs, de la poudre en quantité, un nombre énorme de bouches à feu , et des projectiles de toute espèce : huitmille ouvriers travaillèrent pendant plus de quarante jours aux lignes de circonvallation et de contrevallation, et leur investissement fut plus complet qu’il ne lavait été en i64o. Le 26 de mai la tranchée fut ouverte. Dès le commencement du siège , le Duc de Savoie avait offert un asile dans son palais à ceux dont les maisons pouvoient être exposées au feu de l’ennemi , et avec un air , qui annonçait la calme et la sagesse, avait ranimé la confiance des habitans: plein d’activité, il courait le pays pour donner le change aux assiègeans empressés de le surprendre, ce qui empêcha que la Ville ne fut entièrement envéloppée.

Le quatre de septembre parurent sur la colline de Superga les premiers signaux de l'arrivée du Prince Eugène avec une armée de 44 mille hommes. Il n’y avait pas de tems

à perdre ; de larges brèches étoient ouvertes : les assiégés avoient été contraint de faire des coupures dans lintérieur de la place, et le 12 juillet, le 6, le 24 et le 3o août , on s était battu corps à corps sur toutes les brèches. Dès que de la hauteur de Superga, le Prince Eugène vit la position de l’ennemi , il rassura le Duc de Savoie. Le six les Français furent attaqués et culbutés dans leurs lignes , et la victoire fut complète. Cette victoire obligea les Français à évacuer toute l’Italie. La planche huitième donne le plan de l’attaque de la citadelle de Turin lors de ce siège mémorable.

Nous avons encore fait mention du siège mis à la citadelle de Turin en 1799, par Farinée Austro-Russe sous les ordres du Général Suwaiouf, après la défaite de Scherer qui avait du abandonner toute l’Italie. Ce siège offre moins des détails intéressans que les deux précédens, pareeque le nombre des assiégés n’y était point considérable , et que le corps des assiègeans , soutenu de toute la force des alliés , n’avait pas à craindre une armée d’observation. Ce siège ne fut pas moins conduit d’une manière très-active et

qui contraste avec la lenteur du siège entrepris par les Français en 1706. Le Général Keim en a dirigé les travaux. Comme après l'occupation de Turin par l’armée Austro- Russe , le 26 de mai , le Général Fiorella , commandant le préside resté dans la citadelle, avait jeté quelques bombes sur la Ville , ce feu cessa dès que le Général Suwarouf manifesta l’intention de ne point attaquer la place du côté de la Ville , pour épargner le sort de ses habitans. Dès-lors les travaux du siège ont commencé, et le 12 juin ils étoient presque terminés’: après la première et la seconde parallèle à peine a-t-on commencé la troisième. La nuit du 17 les Austro-Russes commencèrent le bombarde-

ment ; le 20 la place capitula , et l’armée Française sortit prisonnière de guerre avec ses armes et bagages.

Le jour à jamais mémorable du 20 de mai du 1814, la ville de Turin a senti renaître ses espérances par le retour de son Roi. Le traité de Vienne ayant ajouté le pays de Gènes aux Etats de Sardaigne, on a vu la capitale du Piémont prendre un nouvel essor : le grand nombre de propriétaires attirés dans son sein, la

présence delà Cour et de lEtat Major Général de l'armée; les Tribunaux et les dicastères , tout à concouru pour en augmenter la population. Elle était de 66781 âmes, le i.*r de janvier i8jî, et s’est trouvée de 88287 âmes, le premier de janvier 1816. Cet accroissement de population a fait monter considérablement le prix des loyers et a augmenté dans la même proportion la Videur des maisons. Circostances qui sont une preuve certaine de l’amélioration de son Etat , et qui semblent promettre de nouveaux agrandissemens. La prévoyance du gouvernement, qui fait achever la démolition des remparts , met à découvert des terrains qui sont trèspropres pour de nouvelles constructions.

En effet, de quel côté que le voyageur , qui met le pied dans Turin , veuille bien tourner ses régards, soit dans l’intérieur de la Ville, soit à l’exterieur, il doit éprouver de la satisfaction à voir des rues et des places si bien ordonnées, et des campagnes si variées et bien cultivées. Le palais du Roi, et ceux destinés au gouvernement, sont d’une grandeur et d’une magnificence convenable : tous les édifices consacrés au culte.

aux sciences , ou à des établissemens publics et de charité sont d’une construction solide et régulière. Dans les divers quartiers on a la commodité des promenades publiques, qui sont partout bien tracées et bien ombragées. Une végétation riche et abondante , un ciel serein et quelques autres accidens attachés à la nature du sol, ajoutent tellement à l'effet de l architécture , que par les charmes de l’atmosphère, les aspects delà ville de Turin semblent plus beaux encore, qu il ne le sont en réalité.

La ville de Turin était Episcopale dès l’an 38o , et fut érigée en Métropole par le Pape Leon X., en i5i5, lors du mariage de Philiberte de Savoie avec Julien de Medicis. Ses suffragans étoient Ivrée , Mondovi, Fossan, Saluces , Pignérol, Bielle et Suse. Les inonumens réligieux et écclesiastiques , que la ville de Turin renferme, sont une preuve de la piété des Princes de la maison de Savoie, qui dans tous les tems se sont rendus célèbres par des fondations pieuses. Aussi la beauté et la richesse des églises , le nombre des couvens et des monastères font que Tu-

rin peut rivaliser avec les principales villes d’Italie.

Quoiqu’en général la bâtisse n’y soit qu’en briques, et que la toiture des maisons y soit en tuiles, la ville de Turin, vue de loin, à quelque chose de pittoresque ; le grand nombre de clochers et de dômes renfermés dans un petit espace, lui donne cette forme pyramidale qui convient aux paysages. L’on y fait usage de pièrres de taille pour les parapets, les trottoirs, les bornes, les canaux et les soubassemens des maisons. Les vestibules et les escaliers des palais , en général, sont en marbre, et la décoration des portails des églises présente des sculptures qui sont dignes d’être remarquées. Si le pavé de Turin n’offre pas aux voitures comm’à .Florence, à Naples, à Rome une surface unie et plane où elles puissent rouler commodément, ce n’est pas que le pays ne donne point les pièrres convenables pour l’établir. Le pouvoir de l’habitude et la facilité d’avoir des cailloux ont maintenu à Turin, comme ailleurs, l’usage de leur emploi dans le pavage des rues : le naturaliste seul en est dédommagé par la variété et la rareté de

quelques unes des pierres qu’il rencontre sous ses pieds. Des serpentines dures , des quartz de toute couleur , des jades et autres pierres plus rares. On y a trouvé la diallage smaragdite de saussure , et la roche amigdaloide que l’on nomme variolite.

On partage la ville de Turin en i55 quartiers; et les rues qui les forment se coupent prèsque toutes à angles droits. La Ville a près de trois milles de tour; sa longueur est de 1800 mètres, et sa largeur est de 1200 mètres environs. Les droits d entrée se payent hors des fauxbourgs qui font partie de la Ville , et ajoutent considérablement à son étendue.

Sur les trois- cent-soixante-cinq- jours de l’année, on en compte à Turin 180 d un beau serein. Il y tombe annuellement une quantité de pluie équivalente à 75 centimètres d’hauteur, ce qui est suffisant pour la vie animale et végétale, et pour l’entretient des puits et des fontaines. Le terroir du Piémont, formé des alluvions 'causées par la chute des eaux, est d’une fertilité extraordinaire : 16 canaux sont dérivés de la Doire, depuis Suse, et servent à l’arrosement du pays si-

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tué entre Turin et les alpes. Que l’on tienne compte , que faisant partie de la grande yallée du P6, le Piémont appartient déjà au bassin de l’Adriatique , et l'on se formera une idée complété des beautés de ce pays.

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