‹ TurlutainesChapitre 12 sur 25 · COUTUME. USAGE, TRADITION. HABITUDE · texte numérisé non relu

COUTUME. USAGE, TRADITION. HABITUDE

La route... de !a Routine.

COUTURIER. — Tailleur pour dames; prélude forcé des railleuses pour hommes, que nous attendons impatiemment.

CRAPULE. — Un cran au-dessous de c la canaille », qui est elle-même un cran au-dessous de la « populace ». Vous sentez ça d'ici.

CRÉANCIER. — Ça vaut encore mieux que d"ètre « débiteur ». Car enfin on les rembourse quelquefois, les créanciers.

CREATION. — Il V aurait bien quelques critiques à en faire. Nous v reviendrons, avec tout le respect qui est dû à son auteur.

Nous avons lu à Marseille, sur une atïiche de théâtre. Reprise de : « Le Paradis perdu », drame en cinq actes.

Les rôles seront joués par les acteurs de la « Création ».

C'était peut-être aller... un peu loin.

CRÉTIN. — Un mibécile... qui en est venu à ses fins.

CREUSER. — Plus on creuse, moins l'esprit est

« creux. ». Mais on creuse peu, mais on ne creuse pas.

GREVER. — Quand on « crève », c'est, le plus souvent, d'ambition, d'orgueil, d'envie, ou d'indigestion.

MM. les « crevés » ne m'inspirent donc qu'un intérêt de seconde classe.

CRITIQUE (la). — L'auteur relève de la critique et lui appartient, comme tel. Elle n"a le droit ni d'entrer dans sa vie privée, ni d'écrire des choses de nature à porter atteinte à son honneur ou à sa considération personnelle.

Mais elle a le droit indiscutable de le juger, dans les termes les plus énergiques, les plus sévères ; surtout quand son jugement est motivé. Elle a le droit de le railler, de le siffler, de le huer, avec la plume, comme le public a le droit de le conspuer, au théâtre.

Surtout, quand l'auteur est lui-même un bêcheur, un éreinteur, un... Zoïle.

CROISSANCE. — Un pas de plus, l'enfant est perdu : c'est un homme !

CROQUER. — Se dit particulièrement d'une noisette ou d'un héritage.

CROUP. — ... Pauvres mères !

CROUPIR. — Voyez : Vivre.

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CUITE, — « ("/est drôle, disait le père Trinquefort, quand la rivière a trop d'eau, on appelle ça une « crue « ; et quand un homme a trop de vin, on appelle ça une « cuite » /

CUPIDITÉ. — Voyons, mon cher Rapineau, l'avarice, cette honne avarice ne vous suffit donc pas ?

CUPIDON. — C'est celui-là qui n'a pas besoin de mitrailleuse pour coucher le monde sur le dos

(Gavroche) !

CYNISME. — PVanchise de pourceau.

DADA manie). — Une monture, qui nous monte; et qui va toujours droit devant elle, à travers champs, à travers choux. Une espèce de béher breton.

DADAIS. — Un nij^aud ; pas tout à fait un imbécile, mais un candidat qui a des chances.

DAMERET. — En somme, ça vaut encore mieux que d'être un rustre et un malotru.

DANGER. — On est rêveur, en y allant ; on trouve le temps un peu long, quand on y est ; mais comme c'est bon, quand on en revient.

DANSER. — Avoir l'air d'accomplir un vœu, d'aller au martyre ou à l'e'chafaud.

DEBALLAGE. — Plus il cause de déception, plus c'est glorieux... pour M. Worth !

DÉBAPTISER une rue). —C'est un peu bébête.

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mais, en somme, ça vaut encore mieux que de la brûler.

DÉBAUCHÉ. — Ça, c'est son affaire. Mais le malheur, c'est qu'un débauche' est forcément un « débaucheur ».

DÉBOIRE, DÉCEPTION. — Un des breuvages que la Vie nous verse le plus libéralement.

DÉCADENCE DE L"ART. — Un cri, que la critique de tous les temps a poussé à toutes les époques ; une trique avec laquelle elle n'a jamais cessé d'éreinter le présent au profit du passé. Et la raison en est bien simple : à quoi bon cogner sur les morts, puisqu'ils ne sentiraient pas les coups?

DÉCAPITATION. — Une des recettes les plus simples... contre la « récidive ».

DÉCENT, DÉCENTE. — Une vieille garde disait, en parlant d'une contemporaine : — Quand elle était jeune, elle avait tellement de pudeur et de décence, qu'on l'avait surnommée : « La décente... de la Courtille 1 »

DÉCHIRER (son prochain). — C'est plus savoureux;, sans doute; mais le « mordre » nous paraît une joie suffisante.

DÉCIMAL (système). — On parle d'appliquer une langue universelle, quand on n'a pas encore pu, même en Europe, adopter le système décimal

et l'unité monétaire,. . Il est vrai qu'au moyen de cette unification, on ruinerait MM. les changeurs... et j'avoue que ce serait affreux!

DECIMER. — Nous demandions, un jour, à un voyageur qui revenait du Brésil : — Comme tu es maigri ! Est-ce que tu as été malade ?

— Ah ! mon ami, j'ai été décimé par la fièvre jaune !

Le pauvre homme !

DÉCISION, RÉSOLUTION. - Des fleurs qui ne poussent... que dans les dictionnaires.

DÉCLARATION D'AMOUR. — Mauvais moyen.

Pas de mots. Des gestes ! La pantomime !

DÉCONTENANCER QUELQU'UN. - On peut décontenancer un homme instruit ou modeste; mais un fat ou un ignorant, jamais !

DÉCRÉPITUDE. — « Préserve-m'en, sainte Apoplexie 1 »

DEDALE. — Ton cœur, son cœur, leur cœur.

DEDIRE (se). — On s'engage souvent rien que pour se donner ce plaisir-là.

DÉDUCTION. - L'imagination, par A + B.

DEFERENCE. — Nous en avons beaucoup pour : Vénus, Bacchus et Plutus.

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DEFIANCE. — Un des fruits de l'Expérience, et que, par suite, on ne mange guère que quand on n'a plus de dents.

DEFIER. — Quand vous voudrez faire faire une sottise à un imbécile, oh ! le moyen est bien simple : détiez-le de la faire; c'est comme si ça y était !

DEFUNT. — Un ange, une perle, un phénix!... à la condition qu'il ne renaisse pas de ses cendres !

DÉGAGER, REPRENDRE SA PAROLE. — Comment, vous donnez votre fille à un autre, quand vous m'aviez donné votre parole ?

— Eh bien, oui, je vous ai donné ma parole, et je lui donne ma fille... Je ne peux pas tout donner au même !

DEGAINE. — « La tournure d'une jolie femme » au dire de toutes les laiderons.

DÉJAZET. -- Sainville à Grassot : — En quelle année Déjazet est-elle née? — Déjazet !* Elle est née en l'an... de rirette : elle est née en l'an... de rira !

DEGRE. — Emile Augier, montrant du geste à Ponsard le splendide escalier d'une courtisane : « Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés ! »

DÉGRINGOLER. — Façon de descendre chez les peuples en décadence.

DEGROSSIR UNE PAYSANNE. - Opération qui consiste d'abord, le plus souvent, à la rendre « grosse ».

DÉGUEULER. — (Pardon, chère lectrice...) Avoir une indigestion... à Me'dan.

DÉGUISER (se). — Se montrer parfait, en tout point.

DÉISME. — Le faux nez de « l'athéisme ».

DÉLATION. — Le comble de l'indiscrétion.

DELICATESSE. — Nous sommes le premier à reconnaître que c'est trop demander, aujourd'hui; un peu de « probité » nous suffirait.

DÉLINQUANT. -- Un homme qui n'a commis qu'un « délit? » Mais c'est à l'envoyer en prison, pour lui apprendre à élargir son vol 1

DÉMAGOGUE. — Un soiffiird de populacerité.

DEMAIN! — L'excuse de notre paresse de la

veille.

DÉMENCE. — Une folie... plus avérée qu'une autre.

DÉMOCRATIE. — C'est, parfois, l'horreur du despotisme. . . poussée jusqu'à la tyrannie 1

Un smgulier fruit, d'ailleurs : souvent pourri, jamais mûr.

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DENT. — « Votre belle-mère me semble avoir une dent contre vous ?

— Une dent? C'est bien tout un râtelier ! »

DENTISTE. — C'est à n'y pas croire, mais c'est authentique. Un collégien, dont les dents e'taient en fort mauvais état, avait obtenu de son proviseur la permission d'aller chez son dentiste, jusqu'à parfaite guérison, pendant la récréation de midi.

Il rentre un jour en retard de cinq minutes.

— Vous êtes en retard, lui dit le proviseur.

— J'ai été forcé d'attendre quelques instants.

— Ça ne me regarde pas ! . . . Privé de dentiste ! « Privé de sangsues ! » dans une autre occasion,

eût été encore plus homérique.

DÉPAYSER, DÉROUTER. — Un menteur, un Normand, un diplomate ont un moyen certain d'arriver à ce but : c'est de dire, tout bonnement, la vérité.

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE. - Elle arrive...

parfois, presque aussi vite qu'une lettre; mais il ne faut pas s'y fier.

DÉPENSER — C'est le verbe le plus actif que je connaisse.

DEPLAIRE. — Nous avons, presque toujours, un moyen certain pour obtenir ce résultat : c'est d'être sincères, c'est d'être nous-mêmes.

DEPRAVATION DU GOUT. — Une charmante maladie ; elle fait croire à ceux qui en sont atteints que ce sont les autres qui sont malades.

DE PROFUNDIS. —On le comprend de plusieurs façons. Nous avons vu sur une épitaphe :

« Il laisse à sa famille des profundis regrets ! »

(Textuel.)

DEPUTE. — Il peut avoir son avis, sur toute chose. Mais il lui est généralement défendu « de le partager » .

DÉRACINER. — On déracine des arbres, des plantes, et parfois même des qualités. Quant aux vices, on ne déracine jamais les anciens,,, mais on s'en plante volontiers de nouveaux.

DERANGER (se). — « Depuis un mois, mon mari n'est allé, ni au club, ni aux courses, ni chez Amanda... Il se dérange 1 »

DÉRIVATIF. — Vous aimiez Tata, qui est maigre comme un clou, et vous voulez trouver un dérivatif à cette passion ? Aimez Nana, qui est plus maigre encore. Un « clou » chasse l'autre.

DÉROGER. — En être réduit à faire le foulard quand, jusque-là, on avait /azV... la montre.

DERRIÈRE (le). — Un euphémisme, dont le Naturalisme a fait bonne justice.

DÉSAPPOINTEMENT. — Un exemple : Saint-Al-

phonse a épousé une jeune fille, pauvre, mais d'une merveilleuse beauté. Il la laisse seule, avec le Nabab de Zanzibar, et il apprend, à son retour, qu'elle a flanqué le Nabab h la porte. — Désappointement !

DÉSARMEMENT. — Oh ! oui ! Et le plus... tout de suite possible !

DESCRIPTION. — L' A, B, C ; le pont aux ânes du romancier, comme nous l'avons déjà dit ; et, par conséquent, les choux gras du documentisme.

DÉSENCHANTEMENT, DÉSILLUSION. — La réalisation de nos rêves.

— Ah ! ma chère, disait une veuve à une de ses amies, crois-moi, le veuvage n'est qu'un « désenchantement » comme un autre !

DÉSERT. — Tout endroit où l'on s'ennuie ; si grouillant qu'il puisse être.

Et, par contre, si vous voulez faire un paradis d'un désert : emmenez-y Lisette et Pylade !

DÉSHONNEUR. — A Trouville une jeune veuve, qui n'a pas envie de convoler, mais qui n'a pas renoncé pour cela à Vénus et à ses œuvres, disait à une de ses amies :

— Depuis huit jours, j'ai reçu, en tête à tête, et dans mon peignoir de dentelles... (ô ce peignoir!), j'ai reçu Paul, Octave, Gaston, Raoul ; enfin, toute la haute gomme d'ici. Eh bien ! ma chère, je suis

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« déshonorée !... » Ils m'ont tous demandé... ma main !

DÉSINTÉRESSEMENT. — Ces mots-là font toujours bien dans un vocabulaire. Ils sont d'une application assez rare ; mais ils sont étoffés et décoratifs.

DESIRS. — On les prend, parfois, pour des réalités,. , Et l'on a bien raison 1 Ils leur sont souvent préférables. Ainsi, pour un écolier, le vrai dimanche, c'est le samedi !

DÉSIRER. — « Que désire-t-on le plus ? Oh ! mon Uieu, c'est bien simple : tout ce qu'on n'a pas.

Ce qu'on a, la santé, la fortune, c'est acquis, c'est Tair ambiant; ça ne compte pas! Ce qui compte, alors, c'est la députation, l'académie, la croix,., quand on n'est ni décoré, ni député, ni crucifié.

DÉSOBÉIR. — C'est la plus grande preuve... « d"obéissance » que nous puissions donner à notre instinct.

DÉSŒUVRÉ. — C'est un bâillement perpétuel — et contagieux.

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