MORALISTES, PENSEURS, PSYCHOLOGISTES
On fait, selon nous, beaucoup trop de cas de ces froids écrivains, dont tout le mérite consiste dans l'analyse, dans la dissection des passions et des sentiments.
En littérature, 1' « analyse » ne vient qu'au second plan.
La belle affaire que de se livrer à des raisonnements, à des dissertations sur l'orgueil, l'envie, l'e'goïsme, etc. ! Pour un romancier, et surtout pour un auteur dramatique, un peu digne de ce titre, l'analyse n'est qu'un sous-entendu ; une simple base d'opération, une des mille cordes de leur arc; puisqu'ils procèdent par la « synthèse », qui implique, force'ment, la connaissance préalable et l'analyse du cœur humain.
La seule excuse des écrivains qui se sont livrés à ce genre d'escrime, c'est d'avoir, peut-être, pénétré dans l'âme humaine un peu plus avant que M. Tout-le-Monde. C'est d'avoir précisé, plus nettement, ce dont chacun avait le sentiment et la connaissance, sans en avoir la meilleure formule ; c'est, enfin, d'avoir revêtu leurs froides réflexions d'un style plus net et plus précis... que celui de M. Edmond de Concourt.
C'est leur seule « excuse », disons-nous; car s'ils ne l'avaient pas, ce serait à leur rire au nez d'avoir osé découvrir l'Amérique, une fois de plus, et ressassé des vérités, que leur blanchisseuse et leur portier connaissaient, d'instinct, presque aussi bien qu'eux.
Les Molière, les Augier, les Dumas, qui, pourvus comme eux de l'analyse, ne s'en servent que pour mettre les sentiments, les passions en jeu, en présence, en mouvement ; pour en faire ressortir les effets, les dangers, par des chocs, des résultats et des conséquences ; laissant au public le soin facile de remonter des eff"ets aux causes... Ceux-là
sont de cent coudées supe'rieurs à MM. du Scalpel et du Microscope ; puisqu'ils ont, nécessairement, de par la synthèse, toute la science analytique du moraliste. Tandis qu'il est défendu à celui-ci de faire mouvoir, par la synthèse, des passions, des sentiments, qu'il a disséqués, mais qu'il tenterait, vainement, de revêtir de chair et d'os ; de faire agir, parler ; de faire rire ou pleurer ; de rendre enfin vivants et palpables.
Il n'est pas d'auteur dramatique ni de romancier, d'une certaine envergure, qui n'aient été en mesure d'exploiter la psychologie, en maîtres penseurs. Il est même peu de vaudevillistes qui n'eussent pu traiter la matière avec compétence et d'une façon très suffisante.
Tandis qu'attelés, soudés, vissés ensemble, tous les penseurs, tous les moralistes du monde auraient été incapables de faire, non seulement Le Gendre de M. Poirier, Le Demi-Monde ou Le Voyage de M. Ferrichon. Mais ils se seraient vainement battu les flancs pour en faire sortir L'Homme n'est pas parfait, Le Tigre du Bengale ou Le Misanthrope et l'Auvergnat.
Dans une pièce de Labiche intitulée Moi, un vieux garçon voulant épouser une jeune fille, l'amie de celle-ci, dans l'espoir de le détourner de son projet, lui racontait qu'une parente à elle, mariée dans des conditions semblables, avait été fort malheureuse. — Mais, le mari? dit le vieux garçon. — Oh ! il a été très heureux ! — Eh ! bien, alors ! ! !
Et soyez bien certain, monsieur le duc, que toutes vos maximes sur l'ëgoïsme n'en diront et n'en apprendront jamais autant que cet : « Eh ! bien, alors !... »
De même que, dans Le Gendre de M. Poirier, le: « Tous les enfants sont des ingrats... Mon pauvre père avait bien raison!... » mettra dans le troisième dessous toutes les dissertations sur l'inconscience et l'ingratitude.
L'analyse, c'est le moins.
La synthèse, c'est le plus.
Qui peut le plus peut le moins, sans que la réciproque en résulte; au contraire.
Donc, messieurs les analyseurs, moralistes et psychologistes, place au romancier, place à l'auteur dramatique. — Place à la synthèse !
MORGUE, SUFFISANCE, JACTANCE, INFATUA- TION, etc. — Je connais beaucoup de personnes qui en ont. Mais, je ne sais pourquoi, je les ai toujours trouvées plus à plaindre... qu'à envier.
MORT (la). — S'il y a un autre monde, il doit bien valoir autant que celui-ci. Si c'est le néant, il ne peut que lui être infiniment préférable. Donc, partons gaîment ! D'ailleurs, il est bien évident qu'on est mieux là-bas qu'ici... puisque personne n'en est jamais revenu.
MORTELS. — Heureusement pour eux qu'ils le sont. Sans cela, comment les hommes feraient-ils pour s'entre-tuer ? Ce serait à dégoûter de la vie.
MOTS (bons). — On trouve d'ordinaire que, plus ils sont « me'chants », plus ils sont « bons ».
MOUCHARD. — On n'est pas plus indiscret.
MOULE. — iM'"^ X..., disait un pécheur d"Etretat, c'est une vraie Ve'nus. Elle est faite... en moule !
MOULINS. — Pauvres moulins, ils ont dû être bien contrariés de la disparition des bonnets?
— Au contraire : maintenant, ils portent chapeau.
MOURIR. — Quelle singulière contradiction : nul, je crois, ne voudrait être « immortel ». Mais, il est évident, lorsqu'arrive la dernière heure, qu'on voudrait ne jamais « mourir ».
MOUQUETTE. — La Phœbé du beau ciel de Médanie. — Une bien drôle de lune : toujours couchée !
MOUSSELINE. — « Sainte mousseline », a dit Sardou.
Heun ! Une sainte... nitouche, alors. Car elle a des façons de cacher les choses, qui ne font que
les mieux montrer.
MOUVEMENT ^le premier). — « Méfiez-vous en, a dit M. dcTalIeyrand. C'est le bon. » Entendonsnous, pourtant. Au premier appel du clairon,
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pour un Murât, le premier mouvement sera de marcher de l'avant, oui.
Mais, pour Thersite, ce sera de prendre ses jambes à son cou ; et raide !
MULET, BŒUF, MOUTON, CHAPON. — Substantifs « neutres ».
MUR (adjectif). — Je connais des hommes verts, et des hommes mûrs, si l'on parle de leur âge. Mais des hommes « mûris? », j'en connais peu.
MURMURE, PLAINTE SOURDE. - Plus haut, si tu veux, qu'on t'entende — et tais-toi, si tu as peur d'être entendu.
MUSC. — Un parfum — qui empoisonne.
MUSELIÈRE. — Pas de chien, pas besoin de muselière ! (Voyez Chien, Laisse et Collier.)
MUSIQUE. — « La façon la plus désagréable de faire du bruit... », a dit Théophile Gautier. « La plus désagréable » est peut-être un peu... exagéré.
MUSIQUE (de l'avenir.) — Et dire qu'on l'appellera toujours comme ça... toujours !
MYOPIE. — Maladie purement physique. Au moral, il n'y a pas de myopes... il n'y a que des aveugles. — Et ce qu'il y en a 1
Un myope, à un opticien :
— Et après le numéro 6, qu'est-ce qu8 vous me ferez prendre ?
TUKLUTAINES 20Ô
— ■ Le numéro 4.
— Et après le numéro 4 r
— Le numéro 2.
— Et après ?
— Après?... un caniche!
MYSTIFICATEUR. — Avez-vous assez donné dans le godan, hein ?
— En effet, monsieur. Et je vous demande bien pardon de ne pas vous avoir pris, tout de suite, pour ce que vous êtes : un imposteur et un imbécile.
MYTHOLOGIE. — La meilleure preuve que c'étaient de faux dieux, c'est qu'ils venaient sans cesse, sur la terre... pour leur plaisir. Ce n'est pas notre bon Dieu qui ferait un pareil impair. Il a envové, une fois, son fils parmi nous, pour tàterle terrain ; et ça lui a suffi.
NACELLE. — Petite barque, qui sert à traverser.., les barcaroles.
NACRE. — Les opales de rigolette.
NADAUD (Gustave). — On a pu assigner à Nadaud sa « place » véritable dans la chanson, en lui décernant... la première.
Mais, jusqu'ici, ses fidèles eux-mêmes — • c'est-àdire, tout le monde — ne l'ont pas encore placé à son <■< rang ». On a reconnu, on a acclamé son talent ; mais on ne l'a pas spécifié.
Je m'explique.
Chacun s'empresse de lui accorder, sans conteste : l'esprit, la verve et la gaîté — et aussi la grâce et l'élégance — et l'humour, et la fantaisie. Puis, la franchise et la rondeur, marchant, bras dessus, bras dessous, avec la tendresse et l'ironie. Et quoi encore ? On reconnaît que, souvent Gau-
lois. Français toujours, c'est aussi un Athénien... de Paris.
On reconnaît, enfin, qu'il a toutes les cordes, tous les accents du cœur; et toutes les notes de l'esprit; sans compter les notes — de musique.
Bref, on reconnaît qu'il a tout.
— C'est bien gentil déjà, me dira-t-on ; c'est même beaucoup,
— Oui, c'est beaucoup... et, cependant, ce n'est pas assez.
Ce qui distingue Nadaud entre tous: ce qui doit lui faire une place àpart et unique, c'est qu'il ne procède, c'est qu'il ne descend, c'est qu'il n'est ni l'enfant, ni l'élève de personne. Il est h la fois son élève et son maître ; à la fois son fils... et son père.
Et vous Tallez bien voir.
■ Panard a été le fondateur ou, tout au moins, le Malherbe de la chanson. Et, si grand que fût son verre, Panard buvait dans son verre et le vidait, sans trébucher.
Jusque-là, tout va bien. Mais le malheur, c'est que ses enfants ont trouvé plus commode d'y boire aussi, que de s'en tailler de nouveaux, si petits qu'ils eussent pu être.
Piron, Collé, Gallet, Favart ; puis, Laujon, Barré. Radet, Desfontaines ; Piis, Brazier, Théaulon... de gais buveurs, sans doute ; mais des buveurs, à la suite ; et les fidèles apôtres de cette sirène, engageante et facile, qu'on nomme : la chanson h tiroir.
Oh ! le tiroir!... un moule, un corset, tellement despotique, un engrenage tellement implacable, que vingt chansonniers, attelés au même refrain — surtout si ce refrain est un dicton ou un proverbe, — ces vingt chansonniers nous feront tous la même chanson, à la forme près. Et mieux ils sauront leur métier, et plus leurs chansons seront... cousines.
Ces joyeux fils de Panard avaient tous, entre eux, un air de famille qui, s'il témoignait de leur respect pour l'aïeul, poussait un peu trop loin cette vénération.
Chacun, assurément, levait le coude, à sa manière, et ne versait pas toujours le même vin dans le calice paternel ; mais c'est dans ce trop vénéré calice que chacun se désaltérait.
Désaugiers lui-même, s'il a bu plus largement que les autres ; si son trait, son style était souvent plus mousseux, plus champenois 3 si sa rime était plus corsée, plus bordelaise, plus château-laffitte... Désaugiers, en somme, buvait aussi dans le verre à Panard.
Et, disons-le. Déranger, jusqu'au jour où il trouva sa voie personnelle dans l'ode et dans la satire politique, notre grand Déranger buvait, — en maître « beuveur », assurément, — mais il buvait dans ce verre.. . de Nessus! Enfin surgit Nadaud qui, dédaigneux de la coupe sacrée, tira de sa poche un gobelet neuf et de sa fabrication.
Un vrai gobelet de Robert-Houdin, oi^i coulaient successivement tous les nectars ; et des nectars
sortis de sa cuve, comme son gobelet était sorti de sa forge.
Oui, messieurs, non seulement Nadaud est le seul de nos trouvères qui n'ait proce'dé de personne et qui n'ait ressemblé à personne ; mais encore, — et c'est là le bouquet, — il est, de tous, celui qui se ressemble le moins, — à lui-même.
Vaguons un instant dans l'hypothèse. Voyezvous d'ici l'étonnement de Pandore, recevant la Réponse de l'étudiante PL'ébahissement desReines de Mabille, recevant le Message?... Du père Bonhomme, qui jouit d'une si belle santé, lisant une ordonnance du docteur Grégoire ?... De Boisentier, si sûr d'être le père de son fils, se croisant avec Madeleine, qui lui demande s'il connaîtrait le père du sien?... de Trompette, la terrestre, voyant passer le Voyage aérien?... Puis, elle, qui en a tant vu ! rencontrant ce pauvre bon vieux « qui n'a jamais vu Carcassonne? Voyez-vous l'épatement des Rats, coudoyant les Ecrevisses, au milieu du Pays latin ?...
Du joli mois de May, soupant avec Manon et très saillant à ce cri d'angoisse, partant du Nid abandonné.
Voyez-vous, enfin, l'effarement de la belle Adèle accostée par l'Aimable voleur, et l'effondrement de celui-ci, arrêté par les Deux Gendarmes ?...
Vovez-vous l'ahurissement de toutes ces oppositions, de tous ces contrastes, de tous ces antipodes, en découvrant qu'ils sont frères et sœurs ? que, bruns ou blonds, rêveurs ou folâtres, ils sont
les fils du même père ? Et voyez-vous en même temps, leur joie et leur orgueil, en apprenant que ce père Gigogne, qui fait des enfants si tranchés et si gaillards, n'est, lui, le fils de personne?
Voilà pourquoi j'ai dit, et pourquoi je re'péte, que si haut qu'ilait e'té placé, Nadaud, jusqu'ici, n'a pas été mis à son « rang » et n'a pas été décoré du titre qui lui appartient : « Le second fondateur delà chanson... » Comme il y a longtemps que j'avais tout cela sur le cœur, je n'étais pas fâché de le lui dire, à son nez et à sa barbe ; et de le remettre un peu... à son plan !
NAIN. — Une exception ; mais seulement dans l'ordre physique.
NAISSANCE. — C'est un don qu'on nous fait — mais c'est bien rarement « un cadeau ».
NANA. — Simple réflexion :
Jadis, le marquis de Sade, est-ce qu'on ne l'a pas enfermé à Charenton ?
NARCOTIQUE. — Le dépôt principal est à Médan. 3 fr. 5o le flacon — broché.
NASILLARD. — C'est généralement un grincheux.
Remarquez que les personnes mêmes qui ne nasillent pas d'ordinaire, parlent du nez quand elles sont de mauvaise humeur.
NATATION. — Nous apprenons souvent la nata-
tion, sans parvenir à nager. Les animaux nagent sans apprendre la natation. — Il est vrai que nous ne sommes que des hommes.
NATION. — Un troupeau de citoyens.
NATUREL (le). — Puisqu'il revient au galop quand on léchasse, je ne vois qu'une chose à faire •" c'est de le garder, dans notre e'curie.
NAUFRAGE. — L'homme n'est pas fait pour aller sur l'eau. — Fallait pas qui y aille !
NAUSÉABOND, NAUSÉE. — Ce qui est nauséabond cause, forcément, des nausées.
Il est donc tout naturel que le Documentisme, à jet continu... c'est compris.
NAVAL (combat). — Il paraît que la terre n'était pas, pour l'homme, un assez vaste champ de destruction.
NÉANT (le). — Le Documentisme, retournant à son point de départ.
NÉGOCIANT. — Ne l'appelez jamais « marchand... » Il vous battrait ; ni surtout, « boutiquier... » Il vous tuerait !
NEIGE. — Quand elle nous tombe sur la tête, c'est notre premier linceul ; celui de la jeunesse et de l'amour... Et nous n'avons plus qu'un vœu à faire : c'est que le second ne se fasse pas trop désirer.
NÉNUFAR, — L'oncle d'Eloïse en avait découvert un qui « tranchait « toutes les difficultés.
NÉOLOGISME. — Le besoin s'en fait-il bien sentir ? Tâchons de ne pas manquer « d'idées » et alors, crovez-moi, ce ne sont pas les « mots» qui nous manqueront.
NÉPOTISME. — Il est né... comme ça ; et il n'a pas l'air d'avoir envie de mourir de sitôt.
NERFS. — Une espèce de harpe, dont les femmes jouent dans la perfection.
NEUF, NOUVEAU (le). — Méfiez-vous-en, messieurs les auteurs; M™« de la Routine n'aime pas bien ça ; et M™« delà Routine est une grande dame, une très grande dame !
P. -S. — Ah! bath, tant pis! allez-y tout de même et allez-y gaiement. Toutes les vérités ont commencé par être des paradoxes, et ont fini par devenir des lieux communs.
NEUTRALITÉ. — Une prude, qui craint toujours de se compromettre.
NEVEU. — « Mon oncle... je viens... »
L'oncle (l'interrompant du geste et tirant son portefeuille) — Combien ?
NÉVROSE. VAPEURS. — Une maladie qu'on guérit comme par enchantement, avec un coupon de chantilly ou une pelisse en renard bleu.
NEZ. — Pardon, mon cher maître : le nez, c'est fait pour respirer, pour renifler... mais ce n'est pas fait pour « parler ».
NIAISERIE. — Le vagissement de la Bêtise.
NICHE. — Pas de chien, pas besoin de niche ! (Voyez : Chien, Collier, Laisse, Muselière.)
NID. — L'orchestre du père Adam.
NIER. — " Il faut toujours nier, mordicus, » disait Mi°2 Cardinal à sa cadette. « Qu'est-ce qu'on risque .'' Si ça passe, ça passe. Si ça ne passe pas, il n'en est ni plus ni moins... »
NITOUGHE (sainte). — Si elles allaient toutes au ciel, je crois qu'il faudrait reculer les cloisons de l'Empyrée et ouvrir des succursales !
NIVEAU. — Va pour le « niveau »... Mais pas celui de Procuste, s'il vous plaît.
Par celui qui consiste à rallonger les nains et à rogner les grenadiers.
NOBLESSE (la). — Par elle, on est un noble. Mais elle ne fait pas qu'on soit « noble ». Cependant, elle y contribue : « Noblesse oblige ».
NOIRCIR .quelqu'un). — Le blanchir me paraît plus facile — en principe.
NOM. — Un beau nom, c'est comme la fortune.
C'est souvent plus difficile à conserver qu'à conque'rir.
NON. — Si la dame a re'pondu •. Non, c'est qu'on l'avait suppliée de dire : Oui. On a eu tort. N'interrogez jamais. Tâchez de deviner; et partez de là pour prendre, ou la dame par la taille... ou votre canne et votre chapeau.
NOSTALGIE. — Si l'on en juge par leurs de'placements et ville'giatures, ce n'est pas de leur pays que les Anglais ont la « nostalgie » ; c'est du nôtre.
NOURRICES. — Elles donnent la vie aux enfants, pour 00 francs par mois — et le savon. Elles les tueraient, pour G5 — avec le battoir.
NUANCES. — Plante délicate, absolument inconnue en Médanie.
NUIT. — « Je dors douze heures par nuit, disait Mercadet à Vivier. Et, quand on dort comme ça, c'est qu'on a le cœur pur. »
Vivier (avec son plus doux sourire) : — Ou la conscience large.
NUBILITÉ. — En France, une jeune fille est nubile à quinze ans.
... « Mais aux âmes bien ne'es, La valeur n'attend pas !e nombre des anne'es. »
NUL, NULLITÉ. — On peut être « nul, » sans passer, tout de suite, pour une « nullité ». Ainsi, par exemple... J'ai oublié son nom ; mais tout le monde le connaît !
OBÉIR. — Nous n'obéissons .^uère qu'à nos instincts — • et surtout aux mauvais.
OBJETS D'ART. — Voici comment on les juge. Une Parisienne, à un marcliand : — Elle est ancienne, cette petite jardinière? — Non, madame, elle est moderne — Ah! c'est dommage... Elle était si jolie !
OBLIGER. — Encourir la reconnaissance de quelqu'un.
OBSCÉNITÉS. — La preuve la plus flagrante de l'absence de goût, de tact et d'esprit.
C'est assez dire à quelle boutique il faut frapper pour s'en procurer.
OBSESSIONS. — Je m'étonne qu'il y ait tant de gens qui s"y livrent. Il me semble qu'il doit être
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au moins aussi obsédant d'obséder qu'il est obsédant d'être obsédé. De même que j'aimerais bien mieux crever de faim, que de demander l'aumône aux passants.
OBSÈQUES, FUNÉRAILLES. — Oh ! oh ! Il paraît qu'il ne s'agit pas d'un « homme » qui est « mort » ; mais d'un « monsieur » qui est « décédé ».
OBSEQUIEUX. — Un personnage qui finirait par nous faire préférer M. Sans Gène ou Boireau.
OBSERVATOIRE (1"). — Dire que cette pauvre Phœbé ne peut ni se lever, ni se coucher, sans être lorgnée, sans être télescopée parce nouvel Endy-
OBSTACLES. — Des stimulants; des éperons.
OBSTINATION, ENTÊTEMENT. — En Bretagne, et dans bien d'autres pays, on appelle cela : avoir du caractère.
ODALISQUES. — Une trentaine de « femelles » qui sont obligées de se cotiser pour faire « une femme ».
ŒILLADE. — Télégraphie privée.
ŒUVRES. — On nomme ainsi les ouvrages de l'esprit, mûris et composés à loisir.
Mais ceux que l'on a pond » au jour le jour — et vous savez desquels je veux parler, — il nous
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paraîtrait plus logique de les appeler : des œufs!
OFFICIER (de la Légion d'honneur). — Le terme de l'ambition... tant qu'on n'est que chevalier!
OIGNON. — Les neveux en font une grande consommation, à la mort de leurs oncles. C'est la moutarde de la Sensibilité.
OISIF. — L'infortuné ! 11 s'ennuie bien. — Et ce qu'il y a de fâcheux pour ses amis, c'est qu'il n'est pas égoïste : il les associe à son malheur.
OISIVETÉ. — On dit qu'elle est la mère de tous les vices. Et c'est bien naturel, puisque le travail est le père de toutes les vertus, comme de toutes les joies.
ONCLES. — Des parents, qu'on aime à voir partir pour l'Amérique... Et, surtout, pour le ciel.
OHNET (Georges). — « Comment, vous en êtes encore à faire des romans, selon la règle? »
Mais, c'est de la folie, monsieur, c'est du délire L.. « Décrivez, mon enfant, décrivez n'importe quoi. Décrivez... votre potager; les navets, les carottes et, surtout, les flageolets; sans oublier le petit endroit, qui est au bout.
Décrivez-nous le marché au beurre, une belle charcuterie, une boucherie modèle ; une vacherie, une écurie et particulièrement une étable; décrivez-nous, minutieusement, le tas de fumier, sur lequel mâles et femelles vont travailler... de leur
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sexe; et n'oubliez pas de nous les bien montrer dans l'exercice de leurs fonctions.
Enfin, décrivez ce qu'on n'avait jamais de'crit, tout ce qui est inutile, oiseux ou par trop odorant; ne craignez pas de vous perdre un peu, de patauger dans tout cela; ne craignez pas de vous baigner dans une cuvette, de vous noyer dans un bourdaloue — et vous serez considéré... en Médanie. »
OPÉRA — Prononcez : mélopée, oratorio, contre-point, « fugue... » Et ce dernier mot vous dictera votre conduite.
OPINION. — Pourquoi n'en changerait-on pas? Est-ce que, quand le vent change, le marin ne retourne pas sa voile? Puis, ça rompt un peu la monotonie de l'existence. Enfin, ça prouve qu'on en avait une !
OPPOSITION. — Au théâtre, elle amène les « situations ». Au Parlement, elle les complique.
OPPRESSEUR, OPPRESSION. — Ah ! non ! nous en avons assez, de cette guitare-là. Un homme ne peut vraiment pas opprimer, à lui tout seul, tout un peuple qui ne s'y prêterait pas. On n'a que les menottes qu'on mérite et auxquelles on a tendu les mains.
OPTER, — A quoi bon ? Tirez à pile ou face. Le hasard ne peut pas être plus bête que nous !
OPTIMISTE. — Un monsieur qui, évidemment, n'a jamais voyagé... en Médanie.
ON. — Le bouc émissaire. Le bouclier de la médisance. « On m'a dit... On m'a affirmé. » Ah 1 il a bon dos, ce pauvre on.
OPUSCULES. — Un opuscule peut être un « ouvrage ». Voyez Colomba:, voyez Matéo Falcone, (qui a 19 pages). Et un gros volume peut n'être qu'un opuscule... Voyez Nana...^ etc.
ORANG-OUTANG. — Pauvre animal ; un pas de plus, et c'est un homme !
ORCHESTRE. — Son excuse, c'est qu'il empêche , d'entendre certains chanteurs. Que ces chanteurs arrivent, maintenant, à empêcher qu'on entende l'orchestre — et ce sera parfait.
ORDRE (1'). — Aussi indispensable à la ville qu'à la maison.
ORDURES. — Merci, je n'en use pas. Mais je vais vous donner l'adresse de quelqu'un qui s'en fera du nana.
OREILLE. — C'est celle-là qui doit avoir une jolie opinion de la Langue, sa commère !
OREILLER. — La clé de la caisse à Coquardeau.
ORGUEIL. — S'il est fondé, c'est une bêtise. — S'il ne l'est pas, c'est une sottise.
ORPHÉE. — • Est-ce bien « involontairement » qu'il s'est retourné, au dernier moment Me me le demande.
ORIGINALITÉ. — Une ohose peut être « neuve » sansêtre « originale» ; et originale, sans être neuve. Ainsi, il y a des mots qui e'taient vieux, avant d'avoir été' faits.
ORPHELIN. — Il est un cas où il est, peutêtre, un peu moins inte'ressant ; c'est quand il n'est devenu orphelin... qu'après avoir tué son père et sa mère.
OSER, AUDACE. — De même qu'il ne faut pas confondre : Liberté avec Licence ; Courage avec Témérité. De même, en littérature, il ne faut pas confondre >< l'audace » avec l'impudence. — Vous avez compris, là-bas? Oui ? Très bien !
OUÏES. — Angéla, d'un ton sévère : J'ai à vous parlez, Saint-.\lphonse ; prêtez-moi vos « ouïes » !
OURS. — Un pochard, à un de ses copains: Viens-tu boire avec nous ? — Non, je vais me promener. — Avec qui ? — • Tout seul. — Tu n'es qu'un chameau. — Pourquoi que tu m'appelles un chameau ? — Je t'appelle un chameau... parce que t'es un ours !
OUTRAGE. — M"= Tata, à Vivier:— Oui, mon ami, il a abusé de ce que j'avais bu trop de cliquot, pour me faire... le dernier outrage.
Vivier (de son accent le plus paternel) : — Rassurez-vous, mon enfant... ce ne sera pas <( le dernier ».
OUVRIER, OUVRIÈRE. — On cause de la belle M^^ X, qui est très bien faite. — Oui, elle a une jolie jambe. Mais les chevilles... Oh! les chevilles... — Enfin des chevilles... ouvrières.
OVATION. — Le jour où on lui en fera une, qu'iL se méhe. — Ça ne pourra être qu'un charivari — désuise'.
PACIFIER. — Traduisez : écraser, broyer un pays, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus remuer ni pied, ni patte.
PACOTILLE (livres de). — Des livres qu'on vendra, demain, « à la livre ». Et tout le monde sait desquels il s'agit.
PAILLASSE (une). — Elle vaut un lit de plumes, si l'amour nous y endort et si l'amitié nous y réveille.
PAIRE (la). — Dans un ménage, je vois bien la mère ; je vois même « le père » ; mais je vois rarement « la paire ».
PAIX. — La reine des ouvrières. Mais on ne la laisse pas assez travailler de son état.
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PÂLIR. — Après une faute, on devient rouge. — Après un crime, on devient pâle. =: Donc, se me'fier des pâles.
PALLIATIF. — Exemple : — Excusez-moi de vous avoir un peu rudoyé tantôt; mais que voulezvous, je ne peux pas entendre dire une bélise, sans bondir au plafond !
PAMOISON. — Elle n'a jamais l'air mieux sentie, que quand elle est feinte.