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SITES ET MONUMENTS

chaire du mufti. Une jalousie dorée ferme la tribune réservée au Sultan.

L'édifice, vu de l'extérieur, présente un aspect peu agréable, par le mélange confus de constructions hétérogènes :

cependant l'effet du dôme est imposant; mais les quatre minarets, que les musulmans ont élevés dès les premiers moments de la conquête, n ont pas la même élégance qu'on remarque dans ceux des mosquées impériales dont nous allons parler, et qui offrent un coup d'œil vraiment pittoresque par la légèreté de leur gracieuse structure.

MOSQUÉE DE SULTAN-AHMED oc AHMÈDUÈ.

Nous avons déjà donné, à la page 202 1 la description de ce bel édifice, appelé aussi AUy-Minarèli-Djami (mosquée à six minarets). Nous ajouterons seulement que c'est dans cette mosquée

3ue le Sultan va célébrer l'ouverture e la fête du Beiram. VAhmèdiU présente en ce jour solennel un spectacle plein de pompe et de grandeur : Sa Hautesseest entourée de ses officiers et des principaux dignitaires de l'empire; sur leurs riches vêtements brillent l'or et des pierres précieuses. Des derwiches de tous les ordres, des imams, des cheikhs, des muezzins, se pressent dans l'enceinte. Devant le mikrab (autel), un imam récite des prières que répètent les lidèles; ensuite un khatyb (prédicateur) monte en chaire et prononce un discours, écouté dans un profond recueillement par la foule. On ne saurait se faire une idée de l'aspect imposant de cette cérémonie religieuse.

MOSQUÉES DE SULTAN -MUHAMMED II ou MUHAMMKDIlfe. Et DE SULTAN-SULEIMÀR on SULEIMANIIÊ.

Nous n'avons rien à ajouter à la description détaillée que nous avons faite, aux pages 90 et 154, de la mos-

3uée de Sultan-Muhammed-el-Fatvh et e celle de Sultan-Suleïman-ef-Kanouni ; nous ne pouvons qu'y renvoyer nos lecteurs.

LB GRAND CIMETIÈRE DE SCTJTARl Et CELUI DE PÉRA.

Pour les musulmans comme pour les chrétiens , le cyprès est l'arbre des funérailles : cbez eux , ainsi que chez nous, sa verdure mélancolique est destinée à la décoration des cimetières; mais ces arbres sont bien moins nombreux dans nos champs de repos que dans ceux des mahométans. L'usage établi parmi ces derniers de placer un cyprès sur chaque tombe, et de ne jamais déposer les corps dans des fosses anciennes, fait de leurs cimetières d'immenses et lugubres forêts, qui donnent aux paysages de l'Orient uu caractère d'immobilité et de gravité en rapport avec l'extérieur du peuple qui hauite cette contrée célèbre.

On remarque de tous côtés , et surtout au bord de la mer, ces bocages de cyprès, qui acquièrent, dans cette terre sans cesse fécondée, une force et une hauteur prodigieuses. Mais de tous ces cimetières , le plus vaste et le

S lus curieux est celui qui est situé à cutari , l'un des faubourgs de Constantinople, sur la côte d*Asie. Cest une forêt magnifique, placée sur un plan incliné , percée de larges allées, et qui couvre une surface de plus d'une lieue. Les pierres tumulaires sont toutes en marbre, que l'on tire de l'île de Marmara ; c'est un cippe terminé par un turban dont la forme très-variée indique le rang du défunt ; celui des femmes est différent et facile à reconnaître. Une inscription , en caractères arabes sculptés en un relief saillant et dorés avec soin , indique le nom et les qualités du mort sur lequel on appelle la miséricorde divine. Ces épitaphes sont quelquefois en vers qui retracent le fragilité de l'existence, et l'éloge de l'être qu'on regrette. Une cavité creusée sur la tombe est destinée à recevoir les fleurs et les plantes que les parents du défunt viennent y déposer.

Les funérailles des musulmans sont empreintes d'un caractère de gravité et de simplicité qui éveille l'émotion.

Lorsque le corps a été bien lavé,

on Tessuie avec soin , et l'on jette du camphre snr le front, les genoux, les mains et les pieds. On l'enveloppe ensuite d'une étoffe blanche , chargée de versets du Coran , et on l'expose à la porte de la maison, dans une bière soutenue par des tréteaux. Cette exposition dure quelques heures : l'imam arrive ensuite, jette de l'eau sur le corps • et se met en devoir de le conduire à sa dernière demeure , où il est porté tantôt par des amis , tantôt par des mercenaires, et quelquefois par des personnes qui regardent ce pieux devoir comme un acte de dévotion méritoire. Le cortège n'est composé que d'hommes : on voit cependant assez souvent venir, quelque temps après, autour de la tombe, des femmes payées pour pleurer le défunt. Les musulmans ont sans doute hérité cet usage des Grecs et des Romains. Lorsque le convoi funèbre est arrivé au cimetière , l'imam place avec précaution le mort sur le côté, la figure tournée vers la Mecque, s'avance au bord de la fosse , et prononce d'une voix grave cette profession de foi :

« Je crois en un seul Dieu tout-pu is- « sant, et je n'adore que lui : je crois « que Mahomet est l'envoyé d'Allah « sur la terre , et le prophète des pro- « phètes. Je crois aussi qu'Ali est le « vrai chef des fidèles ; que cette terre « est à lui , et que les vrais croyants « lui doivent obéissance, etc. , etc. »

L'imam s'adressant ensuite au mort :

« Sache bien , lui dit-il , que le Dieu m que nous adorons est grand et glo- « rieux ; que lui seul est le plus élevé « et le plus puissant Dieu qui existe , « et que rien n'est au-dessus de lui.

« Sache bien aussi que Mahomet est le « plus grand de tous les prophètes, et « le plus chéri des envoyés de Dieu ; « qu'Ali et ses successeurs sont les « seuls et véritables guides des bons « croyants , et que tout ce qui vient « d'eux , ainsi que des prophètes , est « vrai; que la mort est vraie; que la « visite que vont te faire Mounkir « et Nèkir , les deux anges des ténè- « bres et les messagers d'Allah , est « vraie; que le ciel et la

« terre existent ; que l'enfer ainsi que « le jour du jugement sont vrais ; aie « la plus grande confiance dans toutes « ces choses , car elles sont véritables. « Maintenant , que Dieu ton maître , « que le Dieu grand et glorieux qui «viendra un jour relever tous les « morts de leur tombe , soit bon et « miséricordieux pour toi ; qu'il ac- « cueille tes réponses , et te conduise « dans la voie du salut ; qu'il t'accorde « la faveur d'approcher de sa divinité « et de ses prophètes , et que sa grâce « soit avec toi pour toujours ! Amin ! »

Alors l'imam s'éloigne d'une quarantaine de pas, et s'écrie d'une voix forte : « Approchez, Mounkir et Nèkir ; appro- « chez ! voici un vrai croyant ; venez , « il vous attend ! » Il revient ensuite au bord de la tombe : « Dieu grand et « glorieux, dit-il, nous te prions hum- « Elément de rendre la terre légère à « ton serviteur ; et puisse-t-il trouver « grâce et miséricorde auprès de toi ! « Amin ! •

Le cimetière de Scutari , dont nous venons de donner la description, et celui qui domine les quartiers de Péra et de Top-Khanè offrent un contraste remarquable avec le Champ des morts, destiné à la sépulture des Grecs , des Arméniens et des Francs. Dans les premiers, où les musulmans seuls sont enterrés , régnent un silence solennel et une paix profonde; tandis que le second offre l'aspect le plus animé. C'est le rendez-vous de la société fashionable du faubourg de Péra , qui vient jouir du plus admirable spectacle qu'if soit possible d'imaginer, et dont on ne se lasse jamais : ce cadre immense embrasse les rives de Scutari, de Calcédoine, les Iles des Princes, et à l'horizon l'Olympe de fiithy nie ; nuis l'ouverture du Bosphore dans la mer de Marmara , la pointe du sérail et la seconde ville aux sept collines avec ses tours, ses nombreux monuments consacrés à la religion, le grand port, Eioub, G a la ta ; en un mot, cet incroyable ensemble de beautés pittoresques , que rend harmonieuses dans leurs contrastes même le ciel qui les éclaire de ses magiques couleurs.

L'UNIVERS

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