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▲NBCDOTB «ISTORIQUB.
C'était en l 4 année 1382; l'Angleterre jouissait alors d'une profonde paix, d'un e entière tranquillité, et, comme le dit si bien La Bruyère : « Quand le peuple est * p«i$Une»oa ne voit pas par où le calme
« peut sortir; et, quand il est en mouve- « ment, on ne comprend pas comment « le calme peut y rentrer. »
Mais il suffit souvent d'une cause légère pour amener un incendie qui produit un embrasement général, ici, encore, l'insolence d'un simple commis produisit un grand mouvement populaire, dont la Grande-Bretagne a dû garder le souvenir.
lie roi Richard II avait établi un nouvel impôt qui frappait sur toutes les personnes : du moment que Ton avait passé l'âge de l'adolescence,* que l'on était considéré comme homme ou femme, en état de gagner soi-même sa vie, il fallait payer l'impôt, payer parce que Ton vivait, parce que Von respirait l'air épais et feruroeu*
de la Grande-Bretagne, et que Ton avait l'honneur d'être sujet ou sujette de Richard II. Cet impôt faisait probablement partie des contributions directes.
La femme de ïtyfer, couvreur du comté, Dartford, était au momeni de payer l'impôt pour elle, son mari et ses domestique»
( car Tyler était un couvreur aisé qui rie vivait pas misérablement). Mais elle ne voulait pas payer pour sa fille, qui n'avait que douze ans à peine, prétendant que la loi ne l'atteignait pas encore, et que, jusqu'à ce qu'elle fût femme, elle n'était point sujette à la contribution, et pouvait respirer sans payer. Le commis, chargé de recevoir cet impôt, était un homme méchant, brutal, aimant à vexer les malheureux, à faire couler des larmes, et toujour
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iuensibto aux prières du pauvre, aux supplication* de l'indigent
Il était désolé lorsque ceux chez lesquels il allait réclamer la taxe avaient leur argent tout prêt à donner; car, alors, point d* sujet de vexations, point de menaces à proférer, de prières à repousser : il fallait s'éloigner sans avoir vu répandre des pleur*, et le percepteur n'était point satisfait.
Un auteur a dit : « Chacun prend 'son « plaisir où il le trouve. » Mais il y a malheureusement trop de gens dont les plaisirs ne sont point généreux : là femme de Tyler était d'une humeur peu accommodante; elle venait de payer, et indiquait déjà au commis la porte» de sa maison, lorsque celui- ci aperçoit la petite Betzy,ria
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jeune fille du couvreur : cette charmante enfant n'avait encore que douze ans et quelques mois; mais, pour la taille, les formes et l'élégance, eliq paraissait quinze ans accomplis. Figurçz»vous une blonde et jolie tête, un teint blanc et rpsé tout à U fois, des yen* bleus, gracieux et doux f enfin des dente semblables à des perles ?
telle était cette jeune fille; c'était l'idéal de
la beauté anglaise, c'était un de ces types
que Ton retrouve, et devant lesquels on aime tant h s'arrêter, lorsque Ton considère un portrait de. Court qu de /^aw>rence.
Il s'arrête, examine Betzy, et prétend qu'on n'est pas quitté avec lai puisqu'on n'a pas payé pour elle.
— ■ « Ce nest encore qu'un enfant, »
répond la mère de Betzy en souriant à sa fille.
« — Oh! c'est bien une femme! » répond le percepteur. Et aussitôt, avec un sourire farouche, il s'approche de la jeune Betzy, lui prend le bras, et se dispoie à l'attirer vers loi : mais déjà la mère s'était précipitée entre sa fille et le commis, et, poussant un cri de désespoir, lui avait dit, avec cet accent qui part de Pâme : « — Àh !
« vous ne voudriez pas faire le moindre « outrage à mon enfant! »
Sans avoir égard à la prière d'une mère, aux larmes qui coulent déjà dans les yeux de la jeune fille, l'homme sans pitié va de nouveau s'emparer de l'enfant, lorsqu'une main, bien autrement forte que celle d'une
femme, le repousse et le précipite durement sur le carreau.
Tyler travaillait à la couverture d'une maison voisine; mais il avait entendu le cri de sa femme, les supplications de sa fille :
prompt comme la foudre, il était arrivé pour les secourir contre les violences du comnis. Celui-ci, furieux d'avoir été terrassé, se relève, et va pour frapper Tyler avec l'arme qu'il portait : le couvreur évite le coup, et, saisissant un de ses outils, fend la tête au commis.
Tous les habitants de l'endroit sont bientôt instruits de cet événement : le peuple applaudit au courage de Tyler, et jure de le défendre, de faire cause commune avec lui.
À partir de ce moment, Tyler le couvreur voit si bien grossir le nombre de ses défenseurs, de ses partisans, qu'en peu de jours il se trouve à la tête de plus de cent mille hommes, qui le reconnaissent pour leur chef, et jurent la mort de tous les fermiers collecteurs d'impôt, de tous les gens de loi; enfin, l'effervescence va si loin, que toute personne sachant lire et écrire, ou qui portait une écritoire dans sa poche»
était sur-le-champ mise à mort lorsqu'elle tombait entre leurs mains : c'était porter un peu loin le ressentiment. Mais un homme est rarement juste lorsqu'il est en colère : comment voulez- vous que des mas«e9 d'hommes irrités en tendent raison?
C'est pour cela qu'il est dangereux d'irriter les masses.
Le roi, ayant été informé de ces évène*
menft et de l'épouvante que ces furieux répandaient sur leur passage, voulait aller lui-même à leur rencontre, afin de s'entendre avec Tyler. L'archevêque de Cantorbéry détourne Richard de ce dessein, en lui disant qu'un grand monarque :
« ne doit point se commettre avec de vil* « factieux. »
Les rebelles, ayant eu connaissance de la conduite de l'archevêque de Çaptorbéry, jurent de l'en punir, et marchent droit sur Londres. C'est en vain que le lor^T maire essaie de leur en fermer la porte; Tyler les guide, Tyler est invincible, et, d'ailleurs, le peuple de Londres accueille avec confiance les rebelles, car il partage leur haine contre les impôts et les collecteurs. D'ailleurs, Tyler et les siens ne si»
permettaient aucun pillage; bien aueon«-
traire, ils punissaient, sur-le-champ, de mort celui d'entre eux qui se rendait coupable de la plus légère vexation.
Après avoir brûlé le palais du duc de Lancastre, le plus bel édifice de Londres/ Tyler craignant qu'on ne leur soupçonnât le projet de le piller, fit publier qu'il était défendu, sous peine de la vie, de s'approprier la moindre chose prise dans le palais, et que l'argenterie immense qui s'y trouvait devait être brisée et jetée dans la Tamise.
Les rebelles auraient fait subir le même sort à la Tour de Londres, si le roi n'eût enfin consenti à venir lui-même entendre leurs propositions : mais lorsque ce prince parut, les portes de la Tour ayant été ou*
vertes, Tyler, et les siens, entrèrent pèle - mêle, avec les gardes et la suite du roi.
La garnison de cette forteresse n'était que de douze cents hommes, et se composait de gens d'armes et d'archers : elle n'osait rien entreprendre contre la troupe de Tyler, qui pliait et venait librement partout; mais ces rebelles, qui, jusqu'à»
lors, avaient gardé quelque' (rein, ces bommes qui, en se présentant comme redresseurs de torts, comme vengeurs de la tyrannie, devaient bien se garder d'être tyrans eux-mêmes, ne tardèrent point à perdre toute retenue, à se porter aux plus coupables excès 1 Tant il est vrai que dans les révolutions les passions se mêlent à la politique, et qu'après avoir commencé
d'agir pour sa patrie, on finit bientôt par ne plus agir que pour soi.
L'archevêque de Cantorbéry fut découvert au fond d'une chapelle, où il était en prières : les rebelles le traînèrent jusqu'à l'esplanade de la Tour, où il fut mis à mort; le grand trésorier et le confesseur du roi subirent le même sort.
La troupe de Tjler étendit ses cruautés jusque sur les étrangers, et surtout les Flamands; pour les reconnaître, Tyler faisait prononcer, à ceux qu'il soupçonnait tels, deux mots anglais qui ont beau* coup de ressemblance avec deux mots de la langue flamande : ils ont la même signification et, cependant, rendent un son différent; ce qui fait qu'il est extrêmement difficile aux Flamands de les prononcer
absolument de la même manière qu# les Anglais. Ces deux mots en anglais : Brçeql and cheese, et en flamand : Brod an Awe f signifient : du pain et du fromage. Dès qu'on ne les prononçait pas biep au gré des rebelles, Tyler arrachait le bonnet a,u malheureux qui venait de parler, et il était livré au supplice.
Certes, le pain et le fromage jouaient là ntt vilain rôle, et pour lequel ils n ont point été faits.
Cependant, le roi avait eu des entrevues avec les rebelles, et leur avait, en vaiij, demandé une suspension d'armes : Tyler s'y refusait, et insistait sur plusieurs points que Richard ne pouvait accorder. Le couvreur voulait que le roi lui donnât une
commission pour faire couper la tète à tous les gens de loi : il avait même juré qu'il n'y en aurait plus d'autres en Angleterre que celles qu'il aurait établies :
maître Tyler devenait despote à son tours
Enfin, une nouvelle entrevue fut accordée par le roi au chef des rebelles :
celle-là eut lieu dans une vaste plaine où toute la troupe de Tyler était rassemblée.
Le couvreur était à cheval lorsqu'il s'avança près du roi, et il s'approcha si près du prince, que la tête de son coursier alla heurter contre la tête du cheval richement caparaçonné de Richard.
« Sire roi, » dit Tyler, « vois- tu
tout ce monde, là-bas ?.... » et le couvreur indique sa troupe qui n'était qu'à peu de distance.
« — Oui, sans doute, dit Richard; je « vois tes amis, qui sont aussi tes suie jets.... Quel est ion but.,., que voulez- « vous? »
(( — Tous ces gens sont à mes ordres» et « ils ont juré de m'être dévoués jusqu'à la « mort, de faire enfin tout ce que je leur « commanderai !....»
Richard ne répondit rien , mais sa figure n'exprimait aucun trouble : il écoutait avec le plus grand calme Tyler, qui
reprit :
<c |e te déclare qu'ils ne w retireront « point que tu ne leur aies donné les cbar-
cc tes qu'ils demandent ! »
Richard se disposait à faire entendre à Tyler qu'il était prêt à faire rendre justice âges sujet!, lorsque le couvreur trouva mauvais que sir John Newton, qui portait l'épée du roi, fût à cheval en sa présence; il Tappela traître ! en le menaçant de son poignard . le chevalier tira aussitôt le sien , et s'apprêtait à s'en servir t lQrsque le roi, l'arrêtant, lui ordonna $e descendre de cheval et de remettre son poignard à Tyler.
£# couvreur n'est point satisfait d* flttte nwrqtie de çQndwcwdaflça. il veut *wir aq*$i l'épie que pprte ]q ahQVftUer, il p*ti porter sa main dessus .
f Ç'eat J'épée çju roi! » s'écrie sir Jphp îfewtpn, « tu p'e* pas djgqe de \n tpupher* « St ?i ows étions seuls , tu nVserais pas
* ren<HiY§Ier fà çleiflande.
€ rr- Je n'oserais, » dit Tyler furieax ,
* ghl j'oserai bien davantage! car je jure i devant ion roi , devant ton maître 9 de « ne pcftnt manger que je ne t'aie faitsau- « ter la tête! »
En disant ces mots, le couvreur se disposait à fondre sur le chevalier, lorsqu'il vit arriver le lord- maire de Londres, suivi d'pn grand nombre de gentilshommes et d'écuyers, qui, alarmés de la position du monarque, venaient pour lui prêter mainfarte.
* Sire 9 » s'écria le lord-maire, «c iUe-
c rait aussi honteux qu'inouï de laisser «r assassiner un si vaillant chevalier en « présence de son souverain. Permettez- « moi de punir cet insolent rebelle. »
Le roi fit signe au lord-maire d'arrêter le coupable ; avant qu'on en eût le temps, Tyler avait déjà enfoncé son poignard dans le sein de John Newton , mlis presqu'au même moment la masse d'armes du maire écrasait sa tête , et le chef des rebelles, renversé de dessus son cheval, tombait sans vie aux pieds de sa victime.
Toute la multitude qui formait la troupe du couvreur remplit alors l'air de ses cris.
Richard , la voyant prête à lancer sur sa troupe une grêle de flèches , met son cheval au galop et se présente brusquement aux rebelles, en leur disant ;
« x Qu'allez-vous faire, mes amis , vou- « lez-* vous tuer votre roi pour venger la « mort d'un homme qui venait de se dés-
<t honorer par un lâche assassinat!
« Faites mieux, prenez-moi pour votre « chef, et je vous promets de vous accor- « der tout ce qui vous a mis dans le cas de « prendre les armes. *
Frappés de la noble hardiesse de ce jeune prince (Richard n'avait alors que dix-huit ans) , et désarmés par ses prouesses , tous les rebelles obéirent à l'instant même, et se remirent en route pour leur province.
Ce qui paraîtra peut-être aussi surprenant , c'est que le monarque leur tint parole, et rejeta avec une espèce d'indigna-
tien le Conseil que lui donnèrent ses courtisans , de faire exécuter au mot*i quelques-uns des rebelles pour effrayer ceux qui pourraient être tentés de l'ittoi»
ter.
Ainsi mourut Tyler le couvreur, dont la carrière politique fut courte. Il commença par un acte de justice et finit en commettant lui-même un acte de lâche tyran- i
nie. Suffit-il donc devoir un moment 11 '
puissance , pour faire ce qu'on a blâmé j
dans les autres? !