‹ Type gaulois ou celtiqueChapitre 113 sur 113 · Coin des concurrents à la couronne d'Angleterre · texte numérisé non relu

Coin des concurrents à la couronne d'Angleterre

Le comte Etienne partit en 11 S5 pour l'Angleterre, comme prétendant à la couronne , aidé d'abord par l'influence de son frère Henri , évéque de Winchester. Lorsqu'il se fut brouillé avec l'évéque, son adversaire le plus terrible, Robert, comte de Glocé^ter , soutenant la cause de Mathilde , remporta sur lui en 1141 , une victoire et le fit prisonnier. Bientôt le sort changea et se déclara pour le prétendant. L'évéque Henri reprit le parti de son frère ; la comtesse Mahaut avec le jeune Eustache , accourut pour soutenir son mari ; le comte de Glocester en 1142 , tomba dans leurs mains. Etienne et Robert sont échangés et recouvrent leur liberté. Robert mourut quelques années après, en 1 147 , et Etienne s'empara définitivement du royaume.

Si jamais celte époque a eu un coin de circonstance , qui se relatait à quelques événements , c'est le coin des monnaies des personnages qui figurent dans cette concurrence. Les noms de Robert de Glocester , d'Etienne de Blois , de Henri de Winchester , d'Eustache de Boulogne , et l'image de Mahaud , figurent

(6a) On peut compter au nombre des réapparitions druidiques de cette partie de Tancienne Belgique, Tétoile composée de deux triangles cléchés, qu'offre le coin d^Tpres en Flandre (u*43). Cette étoile ne se rattacherait-elle pas au sol par le pentagone , que le gaulois Lucotio plaça sur la monnaie au coin de la rondelle enfourchue. Le pentagone s^associa donc au coin où les fourchons prédominaient, etTétoile reparut à Ypres, quand tout près de Boulogne, les fourchons furent reproduits sur la monnaie.

1% RËAPPAHITIORS

sur des pièces blandies , dont le ooId, font exœptimnd, ne semble à aucun cofan de l'époque.

Ge coin, pour la plupart, est privé de la légende du côté de la croix; la légende y est remplacée par différentes figures : carrés, croissants, croix, esse , triangle , rondelle, artistement âaborés, décorent tout k l'entour la place de la légende.

Quelques pièces semblent foçonner leur coin à la byzantine^, mais quand on réfléchit sur l'ensemble des coins varié» de cette monnide du moment, on n^ voit qu'une similitude avec certains coins de sceattas saxmnes, ou la reproduction de quelques coins gaulois.

Quel que soit le parti qui a donné l'initiative à cette monnaie éphémère , quelques motifs qu'ils ont eus tous les deux à se distinguer si extraordinairement , il est certain qu'ils agirent dans le goût du moment , pour complaire , non-seulement à leur propre fantaisie , mais à leurs adhérents. On semblait rechercher à la fois l'esprit saxon britannisé et breton des temps druidiques , réprouvant l'esprit normand qui dominait.

Le comte Robert, au lieu de battre la monnaie de la reine Mathilde, forgea à son propre nom hotbbrtvs iv, plaçant dans le champ un cavalier brandissant l'épée d'une façon inusitée, dont le cheval et la coiffure du cavalier ne sont pas moins extraordinaires (n* 47) (63).

n est probable qu'il ne fut pas le premier qui s'empara du numéraire de cette façon , qu'il suivit plutôt FimpuMon donnée par ses adversaires. Car un coin si étrange ne pouvait être que l'invention des étrangers , qui n'étaient pas en possession du coin de l'état , ni familiarisé avec ce coin ; qui étaient habitués à un autre peu convenable à l'état normand , qu'ils voulaient acquérir ; qui cherchaient à rajeunir l'antique élément , afin de captiver Tesprit du peuple participant au combat.

Etienne, sans prendre encore le titre royal , s'associa sur certaines pièces le nom de son frère Henri rek vs epc. stbphaitvs. Il fit placer dans le coin des autres deux figures debout tenant entre elles un sceptre à long bâton , à l'instar de certaines sceat-

(63) Voyes sur toute cette monnaie , Ruding, annal, of ooinage. pi. I, II; Snelling, a view of the aocient coinage of England. — Je regrette beaucoup de ne pouvoir donner les figures de ces monnaies copiées diaprés les originaux que je n*ai pas Vus, à Texception de la pièce offrant les deui personnes debout (no S9, a).

tas saxonnes de Kent* Les figures représentaienUsa propre personne et celle de sa femme Hahaud , toutes deux dans un costume insolite ; la légende ordinairement y est incorrecte snb iio (64). ^^ ^

Son fils Enstache, en foif;eant la monnaie hors de son comtat , imitant son père, inventait durant l'expédition, des coins extraor* dinaires. Il plaça son buste dans le champ , et par-devant son firont, une épée bvstachivs (n» 48 et 59 à) , comme les anciennes sceattas qui plaçaient devant le buste une croix, en signe d'autorité, et cette épée rappelait Fépée gallo-bretonne qu'on voit sur des pièces gaUo-bretonnes, inscrites quelquefois Mhori (65). Il plaçait un quadrupède informe dont on ne sait pas déterminer l'espèce xisTÂohivs ( n<* 49 ). Cet animal est tout à fait gaulois, rappelle ces chevaux conduits , ces androcéphales parcourant tant de .monnaies gauloises: le quadrupède indéterminé , est accompagné d'une croisette , aussi fréquente dans le type gaulois , même chez les anciens Belgs. Un guidon carré y est jeté devant sa bouche comme il l'était en Armorik devant l'androcéphale {\oj.n9 71), et sur quelques pièces belgues empreintes de la rondelle enfourchue ( voy. ii? 69). Au-dessus, on voit une houlette courbée en limaçon, conune chez les anciens Belgs , et particulièrement sur quelques pièces de Dubnorex , en signe d'autorité militaire (66).

Ce concours d'analogies, surtout le quadrupède d'Eustache entouré d'emblèmes et de symboles druidiques , ne permet pas de douter que toutes ces monnaies de circonstances , de la concurrence à la couronne d'Angleterre, monnaies d'Etienne, de Robert, de Henri , d'Eustache , puisaient dans quelques réminiscences que les traditions vulgaires rappelaient, et dont l'origine remontait aux temps druidiques;

(64) Rndinç, pi. II, 3, explique la légende par Stef. et Heor.

(65) L*épée gauloise ou gaUo>bretonne a pu se changer en une harpe de David , qui forma les armoiries d'Irlande. On dit que ce fut Henri VUl qui ae senrit le premier des ces armoiries irlandaises ; Jacques I fut le premier qui introduisit la harpe irlandaise dans le coin de la monnaie.

(66) Sur ces monnaies d'Etienne et d*Eu8tache , voyex TexceUent article de L. Deschamps dans la revue numism , t. III, p. 120 ; t« IV, p. 284.

((•Imagief drakUiiiies en Skandiiunrîe.

On slmagine que les adorateurs d*Odin ou Wodan , confessaient une doctrine druidique. Recherchant le développement poétique de leur mythplogie chez les Skandinaves, où il y a tant de monuments écrits, je ne puis admettre cette hypothèse qui conduit à une confusion déplorable dans les investigations (67). Les quida, liod, edda, saga, comparées entre elles , attestent les grands changements de ce culte, à Fépoque du débordement de la race normande , à Tépoque d e la propagande et de l'installation du christianisme au nord.

Hais le fond du culte et de sa doctrine avait une base plus ancienne ^ car les Angles et les Saxons (457-491) adoraient le dieu Wodan; leurs chefs tiraient leur progéniture du père Wodan , comme les chefs skandinaves normands remontaient avec leur origine au père Odin. Le roi des Franks, Clovis , recevant le baptême (510), abjurait les divinités mortelles qui devaient périr ; or, les Franks de la même race que les Skandinaves normands, admettaient un ragnarokr , ou Fécllpse et la destruction de leur système divin , ce qui était un dogme de la doctrine skandinave.

On ne sait pas si le druidisme a jamais professé un dogme analogue à ragnarokr ; on cherche en vain quelques appellations qualifiées de divinités druidiques gauloises, dans les écrits skandinaves , tout y étant la création du langage germanique , skandinave , qui ne laissa substituer aucun nom étranger ; le gui y est loin d'avoir l'importance donnée par la croyance druidique, on n'y remarque aucune cérémonie avec cette plante; on n'y trouve pasd'œuf anguin. Sur les points les plus essentiels , les deux croyances et leur pratique se séparent , elles se montrent différentes dans l'essence du dogme, de la pratique, de la discipline et de la superstition.

Cependant il y a tant d'apparence , par ce que nous avons dit du type monétaire heptarchique , que des analogies rapprochaient les deux croyances , qu'il est impossible de repousser toute connexité entre elles. Oui, le druidisme s'était ingéré dans le culte skandinave, il y existait comme il existait dans le culte

(67) Naissance, développrnient et extinction du paganisme des anciens Skandinaves , et les ouTrages qui en traitent ; dissertation insérée h la fin de l'Edda, publiée en polonais pour la seconde fois à Vilna, en 1828, in-8^.

DU TYPE Gaulois. â\

gréco-romain des Gauloia, comme il s'implanta dans le christianisme même. Dans son temps, il avait fait une impression qui se perpétua et s'assimila à jamais au développement ultérieur tout poétique.

Des Gaulois se retirant en Germanie ^ des druides échappés y trouvant un asyle, communiquaient leurs usages, leurs opinions, leurs simulacres, leurs progrés dans les arts ; et les habitants des régions glaciales, endoctrinés par leurs hôtes, comprenaient les instructeurs selon leurs propres facultés, interprétaient l'instruction selon leurs propres conceptions , l'acceptaient conformément à leur croyance, et l'appliquaient à leurs usages et habitudes. Leur imagination , leur langage figuré dans la poésie et dans les images , reçurent une impulsion qui rapprochait sur certains points, l'extérieur des cultes. Les mêmes figures, simulacres, emblèmes, parurent dans les deux croyances avec diffé7 rentes explications. Le goût druidique trouva un bon accueil , des festons entrelaçaient les images souvent difformes et fantastiques des deux cultes. Les images analogues et conformes aux images du type monétaire gaulois , décorèrent les monuments, les petites plaques de métal et la monnaie des peuples germaniques au nord. Le sanglier ne s'y bardait pas , il était trop politique chez les Gaulois : mais des cavaliers, des oiseaux, dQS croix, des serpents, des chevaux et quadrupèdes difformes haletant ou tirant la langue , s'assimilèrent à la croyance skandinave, et y reçurent d'autres interprétations servant d'images aux mythes skandinaves.

Quand on réfléchit sur la réapparition du type gaulois sur des sceattas. et sur des tiers de sol , on retrouve dans ces derniers l'interprétation chrétienne ; dans les autres l'interprétation des adorateurs de Wodan, mieux connue par la poésie des Skandinaves, et constatée par des images identiques aux Saxons et aux Skandinaves. La croix , c'est le marteau mi'ôlner du dieu Thor ; le serpent, c'est jormungandur qui cerne le globe , qui sort des abîmes de l'Océan aux derniers jours de la destruction (68). L'oiseau, c'est l'aigle qui vole dévorer les cadavres , hrasvelgur, au jour de ragnarokr. Le cavalier sonnant la trom-

(68) On y a d'autres serpents : nuddhoggur ronge Técorce à'ygdrasiiy do gigantesque frêne.... Fafnir est un serpent ; des géants se métamorphosaient eu serpents,

a aËAPPAKlTJONS

peHe , c'est le plus voilant des gardiens , iTeiauiU , qui dctneare sur tine moalagne élesla , hùitMiorg, tout prèsdo pont, btrott, par lequel on passe dans les deux ; 1 fait des courses sur son cheval au panalie doré , golt(^pimr, et fait entendre le son le sa trompette , de sa corne, giallarhom , lar tout l'univers. D sonnera sans cesse ans les jours de la destruction, du ragnadkt, quand le serpent , le loup et toute la ace des monstres sortiront pour engloutir 38 dieux et le monde (6g]. Les sceattas ao- ^o-saxonnes , la poésie la plus ^evée du nord, la pins grande partie des image» des monuments skandisaves reivésentent par prédilection, les emblèmes de la dernière destruction. Une sombre imagination aimait i s'al^merdans ces mystères du dépérissement et du destin incompréhensible.

Dans la Skandinavie, surtout dans le Danemark on retrouve des plaques rondes en or de tontes grandeurs , et qndqoefois ea cuivre, gravées m creux , ou forgées à la manière des bracteates (70),

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($g) La ^ura ci-joinle m Ireote dtn* l'outrage d'Olini Wotm , dioiidihodU dinict. Elle fut raproduile du» l'ouirage de Cambry, monamenl) celtique! : je ue h» paurquol le detainalflar aTontu Tj reprodoire ioeuele- ■nmt. — On « TOuIn troBTer dant le ce»lier un Odin sur «om ileipner , iDii> ce eherel eit t liailjaaibe*. — Une loonDiie giuloiie iniorite Tatme (Con- . brou», 582), eTiit dau* ion coie, un caialier tannant la Irompetle. La monnaie de Cnnob^lin, préienle nn centiiuni lonnaat ta trompette (BudïngJ.

(^o) Lei deni piicet dont on Toil.lei fi^rea , lont connues par l'outrage de Bartholin. Ellei aont en or. La IroiiiérDe placée à la 6n eat en cuivre dard ; elle a vie trouvée en 1827 en Pologne, à Huaicu plaaiciiina, daiu un tertre diint le tombeau remonte au XXU aiécle. — J'ai dannd cea &gurea dan> la nuniam. du mojenlge, lll' partie, p. 44, 106 ) et lea obaerraliona que je lais axpli(|uer, rectifient ce que j'aiaii propoté dana non ouriage cil£ ï la p. 46,

Elles oA«nt dans leur empreinte, des chevaux, des quadrupèdes à la langue pendante, des croisettes, des oiseaux, des serpents entortillés, des images analogues aux images du type des sceatlas. Elles sont de lafabrique barbare, grossière, qui précéda les monnaies (foi^ées depuis 1040}, façonnées ordinairement sur lemodèledela monnaie anglo-saxonne, et quelquefois sur le modèle byzantin. Ces plaques ont un espace de trois siècles (760-1040), entre la cessation des sceattas et l'apparition de la monnaie anglo-danoise. Elles servaient d'ornement aux personnes, peut-être de talismans avecletemps. Il est possible qu'antérieurement elles serraient de monnaie , et que les espèces danoises commencèrent , comme tant d'autres, par la monnaie en or. Elles étaient unifeces k cause qu'elles étaient trop minces, et ne pouvaient recevoir l'empreinte de deux cdtés. Les empreintes plus analogues aux sceattas , pourront peut-être indiquer l'andenneté des pièces et rapprocher l'ancienneté de certaines , vers l'époque même des sceattas. Pour nous , il suffit d'indiquer qu'elles offrent une réapparition du f(oùt gaulois ( armorikain), quelques emblèmes et images druidiques ; que le type gaulois et le druidisme, dans le courant des siècles , réapparurent déjà plusieurs fois , sons différentes façons, par une impulsion variée, et réapparaîtront encore , si l'amour des antiquités gauloises emporlantl'esprit àdes études sérieuses et plnsappro fondies du type gaulois , inspirait une nouvelle époque à une nouvelle reproduction.

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