Coin du Ponthieu et de Boulogne, fourchons
Les Morins portaient le nom de leur situation maritime , placée dans un coin de TArmorik ou des côtes maritimes, appelées par les Grecs Parokeanite , et par les Romains Maritima. Dans la basse latinité on donna aux parages adjacents de Morinie, le nom de Pontica, Ponthieu. Le coin de la monnaie locale correspondait avec ces appellations. Le médaillon de Gonstans Bononia oceanen (Boulogne), portait une galère ; les deniers carlovingienis de Ouentovïc ont été empreints d'une galère analogue à celle de Bononia.
Du temps des Gapets, la monnaie du château Montreuil, situé entre Boulogne et Fembouchure de la Gauche , avait encore un navire hosterol. moksterolvm. rex lvdovicvs. philippvs rbx. (1187-1226) (n« ^5, 46) (58) ; mais la forme ne ressemblait plus à une galère romaine , elle offre quelque chose d'analogue à certain coin gallo-breton inscrit Eceai (voy. n*» 65) (5g). Gette ressemblance spécieuse ne serait rien , si Ton ne remarquait de suite, dans des coins du Ponthieu et de Boulogne, d'autres analogies avec Tancien type gaulois ; si l'on n'avait pas en même temps des complicités de la Bretagne avec Boulogne dans les reproductions des images gauloises.
(56) L. Dancoisne ei A. Delanoy, recueil de monnaie, médailles et jetons pour servir a Thist. de Douai ; Douai 1836, S».
(57) Lia revue numism., t. V , p. 139, nous prévient que M. Grasset de la Charité, doit donner une explication ingénieuse de Torigine du type des monnaies de Nevers (notre pi. 'n*> 44), qui se représente aussi sur celles des Bourbonnais, je puis donc m'abstenir de proposer d*y voir une faucile druidique dont on se servait dans la coupe du gui, et qu*on voit sur certaines pièces gauloises en or {d9 64.)
(58) RigoUot et Cartier, revue numism., t. IV, p. 48. Ces monnaies sont attribuées par RigoUot à Philippe-Auguste et Louis VIII (1180-1226); par Cartier, à Philippe I, et Louis VI (1060-1137). La pièce inscrite rex Ludovieus (numism. du moyen âge, pi. yill,28), offre, à mon avis, un coin plus aur cien que les autres pièces, et empêche d^attribuer celle de Philippus rex , à Philippe I.
(69) La forme du navire monsterol, ressemble infiniment au château de la monnaie des croisés en Asie et en Grèce.
Un comte de Boulogne, Eustache, participait aux etpéditîons des croisés. Retournant heureusement ( en 1 106 ) dans son comtat, il épousa une princesse d'Ecosse, et maria sa fille Mahaud à Etienne de Blois , qui , par sa mère , devenant prétendant à la couronne d'Angleterre, remit en 11S9 le comté de Boulogne à son fils Eustache. On n'a rien de certain si la monnaie de Boulogne , existait antérieurement, mais celle que le jeune Eustache forgeait avec ses successeurs, ofiEre plusieurs diversités assez remarquables. D'abord c'est un carré evstasulvs vbbs boloicis (1139-1154) (n"" 50), qui rappelle le coin carré des sceattas heptarchiques. Puis c'est une fleur qui n'est pas un lys wiLLELMVs VBBS bdloiiie (1154-1160) (u*" 51), enfin ce sont les fourchons accostés de deux croissants mathevs vbbs BOLoins (1161-1169 (n« 53) (60).
Les comtes qui possédaient Boulogne par des mariages réitérés de comtesses héritières, et ceux du Ponthieu , participaient à différentes agitations dans l'état avec un succès inégal. Le comte du Ponthieu,par son mariage,Sîmon Dam mar|in, encourut une disgràce,sous Philippe-Auguste qui lui confisqua Abbeville. Il entra enfin en grâce (en 1230) sous Louis IX, lorsque Boulogne par mariage , était en possession' de Philippe de France , comte de Clermont, fils du roi Philippe- Auguste. Simon recouvrant ses possessions et sa grâce, a pu conclure une convention avec le comte Philippe, et forger (entre 1230 et 1239) une monnaie de convention comme c*était d'usage assez fréquent dans les Pays- Bas. Cette monnaie, du côté de la croix, dit explicitement simon FECiT, du côté de la pile , elle porte [les titres du comte de Boulogne philipvs gomes, et dans le coin les fourchons de Boulogne accostés de deux fleurs de lys de Philippe de France (n« 52):(6i).
Ces fourchons devenus coin de Boulogne ( 1164-1239) , rappellent les fourchons gaulois, connus dans le coin gaulois appartenant aux mêmes parages (n"" 69).
Ils ressemblent à un A et ils semblent créer un A du coin de
(6o) Defchamp^ revue numitm., I. HT, p. 120.
(6i) De'Saulcy qui donne le premier cette monnaie dans la revue Dumitmatique, 8*6flbrce à l'attribuer à un comte de Champagne conjngné avec Simon, évéquede Meaux : mais la coïncidence des noms n^estpasun argument suffisant, quand le coin t*oppose à l'adjuger à un comte de Champagne ou à un évêque quelconque.
plusieurs localités du PontMeu dans le territoire dès anciens Ambieas et Atrebates, où les fourchons stigmatisaient les espèces gauloises. La maille d'Arras plaçait dans son coin un A simple ( n^ 54 ) ; le billon d'Amiens inscrivant dans son coin pax , -^ faisait ressortir extraordinairement le A du milieu (n** 55)^^
Le a est l'initiale des {appellations d'Arras et d'Amiens, et n'arrêterait pas Tattention des scrutateurs, s'il ne se trouvait dans le cercle où les fourchons marquaient le numéraire treize cents ans auparavant, et où les fourchons reparurent treize siècles pos* térieurement à Boulogne et au Ponthieu. Leur valeur a pu changer , llnterprétation de l'époque a pu lui donner la valeur de l'initiale a , mais Foriglne se perd dans le druidisme reculé , qui reparut spécialement à Boulogne (62).