TROISIÈME PÉRIODE
AGS &'AIRAIl!r DB 100 ANS, DEPUIS 100 JU5QU*A 60.
Influence italique et grecqtie : sanglier , animaux , oiseaux ; développement de Vépigraphique , perfectionnement de l'art.
4S. AggressioD des Romains dans la Cisalpine ; deux guerres consécutives.
Deux siècles de gloire et des triomphes , préparaieat dans la marche ordinaire de Thumanité , le crépuscule du soir à la race gauloise. Les reyers et la destruction se succédèrent les deux siècles suivants , et décidèrent de l'existence de cette race. Ces désastres sont non moins importants pour l'histoire monétaire que les victoires précédentes. Nous avons vu que ces victoires enfontèrent le monnayage et un type national; la fortune adverse contribua à la formation d'un nouveau type , opéra des changements dans le monnayage. L'orage grondait au loin. La race gauloise semblait aller au-devant, faisant face au danger et triomphant d'abord; elle succomba ensuite graduellement sur tous les points. C'est l'extension de Tesprit civilisateur des Grecs , qui minait l'état social ; c'est la spéculation mercantile punique , qui menaçait le libre arbitre des peuples; c'est le génie conquérant du Capîtole qui se présentait partout, pour en décider la destruction.
Presque dans les mêmes années les Tektosags firent la reconnaissance du nombril de la Grèce, et Rome s'enhardit d'aller attaquer les Gaulois, sur leur propre sol. Les Sénons attaquèrent en 284 , Aretium ; les Romains en prenant la défense des Aretins , furent d'abord battus, sous le conunendement de Céciiius, en 288. Bolabella vengea cet échec. Enfin les forces coalisées des Sénons , des Étrusques et des Boïens, sont vaincues (en 282) près du lac Yadimontium. Les Boïens demandent la paix , el le traité est conclu avec les Gaulois de la haute Italie , humiliés pour la première fois par Rome (i 73).
Les Gaulois vivaient donc en paix avec la république naissante. Les mercenaires gaulois dont Karthage s'était servi en Sicile (vers 261 ) , dans la première guerre punique, ne réveil-
(173) Polyb.ll, Liv. rpit. XIT.
lOâ TYPE GAULOIS.
lèrent point les hostilités assoupies. Une partie de ces mercenaires , entra même au service de Rome ; une autre partie sous la conduite d*Jutaritu$ , partagea la terrible révolte de Speadius et de Mathos , qui mit Karthage sur le bord du précipice (i 74)-
Cependant d'autres circonstances locales pouvaient occasionner une rupture. Rome parlait de la soumission des Gaulois cisalpins , elle prenait les armes.( en SS7 ) pour soutenir les traités et la paix. Les Gaulois se préparaient de leur côté à la guerre. Des divisions intestines chez les Boîens , où le peuple ( en 230 ) massacra ses chefs, j^tes et Galates, procurèrent encore quelques années de tranquillité à Rome. Mais elle-même offensa les Sénons par la loi agraire flaminienne , en s'emparant en âS5, des terres de Picenum, qu'ils possédaient. Les Sénons remuèrent les Insubres et les Boîens , appelèrent les Gesates d'au delà des Alpes et les Tauristes. Ils sont vaincus (en 225) entre Telamon et Clusium, où périt un de leurs chefs, Conœlitanus, et l'autre , Anéroesies, tomba dans les mains du vainqueur. Ils sont vaincus de rechef (en 223) par Flaminius , sur l'Adda. Les Insubres sont encore battus (en 222) par Marcellus, près de Glastidium, où périt rirdomar, roi des Gésates. Médiolanum tombe dans les mains des Romains. La paix est rétablie et le joug est imposé aux Gaulois cisalpins en 222 {i']S).
49. Les Gaulois partagent la seconde guerre punique : la Cisalpine
soumise.
Après cette seconde guerre gauloise, arriva la seconde guerre punique qui allait disputer l'empire de l'univers. A l'approche d'Annibal , les Gaulois cisalpins , ne voulant pas souffrir les colonies militaires que Rome voulait établir à Gréméra et à Placentia, prirent les armes et remportèrent (en 218) une victoire sur le préteur Mansius (176). Annibal parut dans la Celtique , la traversa et y stipula des alliances. Dans cette grande crise du monde antique , les belliqueux Gaulois , s'effrayant moins de l'empiétement mercantile de Karthage que du progrès de Rome
(174) A^cL^n%s TakaUf iyt/Atif. Polyb. II, p. 77-88.
(176) Ko^x«x/7«roç xai ^Atnft^tç fieLvikîii, Polyb. II, p. 1 10 ; occîso Iniubrium Galiorum duce Virdomar. Liv. cpit. XX. Fi^-y*?*» t fi^viXtvç Bf»/7f>«p l9ç. Plut, in Marcello.
(176) Liv. XXI, 25.
TROISIÈME PÉRIODE, AGE D'AIRAIN. lOSi
conquérante , épousa de cœur et d'àme la cause punique , anoblie par la grandeur d'Annibal (177).
Le Karthaginois remontant le cours du Rhodan , toucha la frontière des Allobrogs , où il affermit le pouvoir de Brancus, ' contre son frère cadet. Il y reçut les envoyés des Boîens et de leur roi Magilus , qui l'engagèrent à poursuivre son entreprise hardie. Brancus assista le capitaine karthaginois dans sa marche, en la préservant de dangers, et les dévoués conducteurs gaulois , venant de la Cisalpine , le conduisirent par le pays tricastin , vers le passage pratiqué , il y a cent quatre-vingts années , par Bellovèse, et depuis par différentes irruptions celtiques. Annibal ( en 218 ) franchit les Alpes (178). Intimement lié avec les Gaulois, il s'enfonça dans la péninsule en vainqueur, La défection des Gaulois dans l'armée romaine se déclara (179), et le chef des Insubres, Ducar , décida du sort.de la bataille de Trasimène (180). Yarro est battu à plate couture à Cannes , et en même temps (en 216) Postumius Albinus périt avec toute son armée dans les forêts litaniennes de la Cisalpine (181). Rome prit la défensive dans la péninsule, entretenant continuellement deux grandes armées , une contre le capitaine karthaginois , Vautre contre les Gaulois.
Pendant tout le temps de la guerre de quinze ans en Italie , les Gaulois étaient sous les armes, leurs contingents suivaient le sort et la persévérance sans exemple de l'armée karthaginoise; ils ouvrirent et frayèrent le passage àHasdrubal, dont la défaite sur le Métaorus ( en 207 ) , fut un désastre pour la Gaule. Les Arvemes participaient à ces événements importants (i8a).
(1^7) *'A/Aa ykp1i^yift9'^tt>il»ief{iifnfjtafiC€iflu*0^ivhv oi lectfetmifitîfa Kcx'ioj iiJet^av l^kf^t vfi^tfftf xai ^iK^ç yifiO'à'eit xat x*P*>*'^* '^'^^ cv/lfaltvutlùç lUfxnhfif^ti. Polyb. III, p. 218; Li?. XXI, 26.
(178) Polyb. III, p. 219; Liv. XXI, 26-38.
(179) Polyb. III, p. 219.
(180) LW. XXII, 6 ; Sil. liai. V, 645.
(181) Ut. XXTII, 24,
(i8a) De Hasdrubalis adventu in italiam cura in dies .crescebat. Massi- Uensium primum legati nuntiaYerunt eum in Galliam transgressum : erectosque adyentu eius, quia magnum pondus auri attulisse diceretur ad mercedes auiiUa condacenda, GaUorum animos (Liv. XXVII, 36). Non enim receperunt modo ArTerni eum, deincepsque aliœ gallicœ atque alpinœ gentes , sed eliam secufœ sunt ad belium... Alpibus inter mitiora iam hominuin transibat ingénia (LiY. XXVII, 39).... Postero die, mintiatum Livio consuti, Gallos,
lâL descente de Magon (en 205) remua les Gaulois (i83) et malgré Tévacuation de lltalie (en 908) par Annibal et par Hagon , nonobstant la fin de la seconde guerre punique , les Gaulois de la haute Italie restèrent sous les armes, et la troisième guerre gauloise que Rome avait i soutenir , était plus acharnée que les précédentes.
La première victoire de Furius , dans laquelle ( en 900 ) pàrit le karthaginois Hamilcar qui commandait les Insubres, n'avança pas beaucoup (i84): Bdoius Tamphiius est battu pair les Insubres (en 199) (i85). Les Génomaniens (en 197 ) égorgèrent les Romains établis chez eux,, et plusieurs affiiires sanglantes ne calmèrent point la Cisalpine ( 1 86). Plusieurs fois vaincus (en 194), les Gaulois renouvelaieiit les combats ; les Boïens et leurs dàeis, Doruloicus et Boiorix fatiguaient les armées romaines (187). Enfin Mérula (en 199) gagna une bataille sur les Boïens ce qui décida de l'indépendance de la Cisalpine (188). "Bdpion Nasica (en 191 ) remporta sur les m^es, des avantages qui ètèrent tout moyen de résistance , et la défection des Génomaniens , de la cause commune , décida du sort de la Gaule cisalpine : elle est soumise et asservie à jamais (189).
Les Boïens abandonnant le sol qu'ils possédaient depuis deux siècles (S90-190), allèrent en masse dans les possessions des Taurisks , voisins de leurs confrères hcmionymes du nord (1 90). Une forte émigration dépeupla le plat pays, i^ milliers de Gaulois expulsés ou se retirant de leur propre mouvem^ot , se dispersaient dans toutes les directions , et leur m^re-patrie .ne
cisalpinofl Liguresque, qui aul prsiio non' fuissent , aut inter casdem effugissent, uno agmine abiro, sine «erto duce, aine «ignis, sine ordioe nllo aut impcrio. (Lit. XXVII, 49.)
(i83) Et crescebat exercitus indies, ad famam nominis eius (Magonis) Gallis undique confluentibus (Liv. X&VIII, 46). Mago Gallorum et Ligurum (namque utriusque , gentis ingens ibi rouItiUido erat) concilium hibuit (LiT.XXlX,6);XXX, 19.
(i84) Lit. XXXI, 19,21,49.
(x85) Liv. XXXir,7.
(i86) Liv. XXXII, 29, 50, 31, 36, 37.
(187) Liv. XXXIV, 21. 42, 46, 49.
(188) Liv. XXXV, 4, 5.
(189) Liv. XXXV, 38, 39, 40.
(190) Mi7a09âr7u fiç 7ovç iripi Tt9 *t(T7fo» liwiviy fiilk TaupiVx»» 5«t«r-
StraboV,2l3.
TROISIÈME PÊRlODe , ACE D* AIRAIN. lOâ
leur reAisail point d'asile. En peu de temps , dans la haute Italie, il ne resta de leâr soucbe que dans de» cantons monta* gnenx (191). Ce fait est essentiellement important pour la numismatique gauloise , quand on se rappelle la coitformité des unifaees gauloises , avec les unifaoes de Populonia , ainsi que plusieurs autres indices de l'influence du coin étrusque , sur le type gaulois. Les émigrés cisalpins yenaîent de Tltalie où dans plusieurs guerres , ils iîE^ateril^penl et firent cause commune avec les Étrusques contre les Romains*
SO. Chute des Gaulois en Thrace ; leur monnaie.
En même temps les affaires des Gaulois commencèrent à décliner ailleurs. Les Aigosags appelés , il y a âS ans en Asie, sont détruits (en 217) par Prusîas, roi de Bithynie (192). La puissance de ceux qui dominaient du sommet de THémus , qui imposaient le tribut à Byzance , dont le chiffre s'élevait , sous les successeurs de Komontor , de 3000 pièces d'or , à une somme de 10,000 et monta en ce temps là ( en 219 ) à 80 talents (193), cette puissance n'a pu se maintenir sous le règne de Kavartis (en 201); leur état lut détruit par les Odryses (194) qui recouvrirent leur indépendance, et firent reculer les Gaulois vers l'occident. On connaît quelques médailles des successeurs de Komontor , nommément de Saria et de Kavartis. Elles sont frappées en cuivre ; ces chefs y prennent le titre de roî BAZIAEflS SAPIA. BASIAEfti: KATAPOT (pi. VI, S4, 85); elles sont tout à fait au coin grec : les têtes des divinités grecques marquent leurs avers; deux épis, carquois, corne d'abondance, victoire , sont les empreintes du revers (195). Ce coin est tout à fait étranger à la Gaule, tant pour son ancien type , que pour le nouveau. Jusqu'aujourd'hui, on ne connaît pas de carquois sur la monnaie celtique , on ne connaît de victoire et de corne d'abondance , que comme signes secondaires , ajoutés an coursier sur <{uelques pièces de la monnaie des derniers
(191) MfT oAi^tr xf^'^* «v7«vff 1» lti9 ntfilU Yliti^t xtiîttf l^tej^itlAç Tthnr >A;y«v1^«r79r vV MJ^ksT*i 'AMtkç jeif/«fr»r. Polyb. II, p. 132.
(193) Polyb. 111,2; V. 78,4.
(193) Memnon, ap. Ph«c. 20 ; Polyb. IV, 46.
(ig4) Polyb. IV, 52, excerpt. Vlil ; Athénée IV, 3.
(igS) Revue naitlinB., i. II, p. 491, 402; Froelloh ad num. re";. vet. anecd. Pe 23 ; E. de Cadalvène, recueil des méd. grecques inédites.
temps (ig6). Les deux épis seuls figurent comme empreinte principale sur une pièce d*argent des Volks (197). Comme les Volks Tektosags sont les principaux de ceux qui jadis s'établirent dans la Thrace , il semblerait que ce coin commun vint de la Tbrace et contribua au nouveau type de la Celtique méridionale. Mais les épis sont aussi le coin de plusieurs monnaies limitrophes de FËspagne (193), les autres objets monétaires des successeurs de Komontor, ne forment point le coin gaulois : il est donc douteux que leur type y fit quelque impression. Selon toutes les apparences, et par suite des démêlés qui eurent lieu du temps de Komontor, la colonie en Thrace eut quelque chose d'hétérogène aux Tektosags : il est donc probable que les Volks de la Gaule , eurent quelque répugnance à suivre l'exemple de cette colonie; ou bien la destruction totale de cette souche, exterminée du temps deKavar, par les Thraces, ne permit à personne de porter des souvenirs monétaires dans la Celtique (199).