Émigration des Helvèles arrêtée
Jusqu'à cette époque plusieurs peuples sortis de la Gaule, depuis deux siècles, soutenaient encore leur existence entre les Alpes et les Karpates. Les armées romaines , réduisant l'IIlyrié mMdionale , en soumirent plusieurs , subjuguèrent les Skordiks , humilièrent les Taurisks. Mais les Bastarnes, au nord du Danube, ne cessaient d'inquiéter les possessions de la république, tenant toujours main forte sur les indigènes Daks ou Gètes. Ils attiraient les regards de Rome quand ils conclurent un traité avec Mithridates, roi de Pont , pour effectuer une irruption sur l'Italie , projetée et concertée autrefois avec la Macédoine (709). La destinée suscita enfin un homme qui mit un terme à leur prépondérance, et appliqua son glaive exterminateur à la souche encore végétante. Bérebistas apparut (en 60) à la tété du soulèvement des Bako-Gètes, et les Bastarnes se replièrent dans d*étroites retraites des Karpates, où ils s'éteignirent imperceptiblement, n se tourna vers l'ouest et les Gaulois : Bolens, Camiens, Taurisks, sous leur chef Kritasir, ne purentîrésîster. Il ne resta de Taurisks que pour une facile conquête des Romains (en 15). Les Camiens furent exterminés et les Bo'îens moissonna en pleine retraite virent bientôt arriver leurs confrères, échappés en même temps du massacre dans la terrible irruption des Markomans , qui, sous la conduite de Marobod, s'emparèrent de leur possession Boïoemum(7io). En deux ans Bérebistas triomphant avec ses Dako-Gètes, tenait sous sa domination, d'un côté, les villes grecques échelonnées sur les bords de l'Euxin, jusque sous les murs de Byzance,bien peuplées et florissantes; de l'autre côté, lesso-
(7o8)>^iBiar, 1 , 2-4.
(709) Trog. ap. Justin., XXXVIII, 3.
(710) Taciti, Geriii.28; Vell. Paterc, H, 108.
litudes dépeuplées, rougies du sang des peuples qui y périrent,
perpétuant leur nom dans les appellations de la Garnie et de la
Boïoarie (711)- Lés derniers débris des Bolens réunis dans un corps , fuyaient
les déserts hercjoiiens , afin de regagner quelques terres possé* dées par les hommes de leur race. Bans leur retraite, ils traversent le Norik, surprennent sa ville Nordaet arrivent en Helvétie
( en 59 ) 9 au moment où tout se préparait à l'émigration : ils se réunissent à cette entreprise (71a). Ils y trouvent le vieux Divicon, qui avait su, soixante-six ans auparavant, conduire les Tîgurins à la suite des Gimbres , surmonter tous les obstacles , et vaincre Tennemi qui s'opposait à son passage. Son nom fut redoutable aux Romains mêmes, qui avaient voulu, empêcher sa marche.
A Rome, Divitiac, appuyé sur son bondier, plaida sans succès devant le sénat , la cause des Éduens humiliés, et de la Gaule épouvantée par l'agression germaine (71 3) ; aida les études de Gîcérpn de ses lumières, et prolongea son séjour (entre 63 et 57) dans la capitade de l'empire, se consolant seulement par ses illusions.' Ses espérances, se ranimèrent un peu quand le bruit de l'émigration helvétique, éveilla les Romains de leur insouciance. Le sénat envoya des agents dans les Gaules , pour empêcher la connivence des Gaulois avec les projets helvétiques (714); renouvela ( en 61 ) le traité avec les Éduens, qualifiés de frères, et décréta que le gouverneur de la province , serait tenu désormais de protéger les Éduens et les autres alliés du peuple romain (7 !&)• Mais les liaisons renouées s'obscurcirent à l'instant, quand le sénat jugea de nouer alliance avec l'oppresseur ' des Éduens, Arioviste , dans le but de le réduire à l'inaction. Aussi les agents romains visitant le camp des Germains, lui offrirent des présents magnifiques, et l'appellèrent , au nom du sénat , roi et ami. Arioviste, satisfait, se crut consolidé dans sa province,
(711) Btififii^Af^ Strabo, VII, ; Jornand ; Tgnominiam belio accep^
iam ▼irtute delerent, Trog. ap. Justin. , XXXII, 3. » Déserts des Boïens , Plin. , Iir, 27.
(71.2) Cœsar, l, 5.
(713) Eumen., panegyr, ad Constantin, 3; Cicero, de dÎYinat. I.
(714) Cicero ad Attic.^ I, 18.
(71 5) Cœsar, 1,33.
%i% TYPE GAULOIS.
comiiiie Rome dans la sieine, el resta speetaleiir de la grande latte, qui allail troubla les deux États de la dépendance de sa nouvelle province (716).
Enfin » aiHrès deox ans de ptéparatib , la population hèlTéte 8*éhranle au mois de mars, en 58, espéranitraverser sans obstade par le pays des AHobrogs. La province était, ieette époque, aseignée à Jvles;Gésar. Ds demandait par iVuméttia, leur vémdocht ( homme de la parde), la permission du passage qui leur est refusé. Mais ils se tournent vers le mont Jura. Par le crédit deCastic, ils gagnent le consentement des magistrats séquanais, franchissent le mont, se ^yrigoant vers la terre proAiise des Santons. Mais Dumnorix, qui secondait leurs vues, malgré la mort de son beau-père Orgétorix , ne put réussir auprès des magistrats éduens , et les légions romaines conduites par Mes César , accoururent et rejoi^rent Témigration helvète, qoand elle achevait le passage de TArar ( 717 1. Bivitiac qui accompagnait César ne sut pas disculper de sa cmmivenoe avecles Helvé^, m» bien-âimé frère Dumnorix , qui entravain César dans sa pour* suite des émigrés. Le magistrat suprême des £du«i& , le vergobret Lise, avouait qu'il n'était pas assez fort contre la poissante influence de Dumnorix , qui au-dessus de la loi, Caiisait taure h justice de l'État devantlaqudle il seraitreqN>nsable deses attentats (7 1 8). César luttant avec ces entraves , n*en discontinua pas moins à poursuivre les itelvètes, et remporta sur eux une vie* toire décisive. A la prière des Éduens , il permit aux Boilens sans patrie, et réduits à une population peu nombreuse, de s'établir sur les confins des Éduens et des Arvemes, sur les terres que leur assignèrent les Éduens, en les admettant à leurs dients ( 719 )- Quant aux Hdvètes il leur ordonna de retourner dans leur propre pays. Detroîs cent s<ttxant&*fanit mille tètes qui avaient passé le Jura , moins de trois mois auparavant , cent dix mille seulement revirent leur patrie ( 730 ). Dorénavant, placés à récart , ils ne partagent plus les commotions qui agitent la Gaule ; désappointés dans leurs espérances de posséder le sol santon , et hu-
(716) Cœsar, I, 43, 44.
(717) Cœsar,!, 7-13; Dio Cass., XXXVIII, 31,32.
(718) Cœsar, 1, 16-20.
(719) Cœsar, I, 28, VII; .9, 10, 14, 17; Plin. IV, 32 ; Tacîti, hist.,11,61.
(720) Cœsar, ï, 29; Dio Cass., XXXVIII, 33.
milles , Us n'onl pas kî$sé de moaumeat^ monétaires âJ^riqués au nom de leurs cbefe. On ne retrouve sur les cimes de iairs montagnes , que le numéraire romain, du temps de Jules César, entre*Biélé de pièces coulées au coin santon ( pi. IX , 16) ( 721 ). Ces pièce» sont en argent au poids denarial , sans inscriptions: triste réminiscence de l'illusion dont ils furent bercés , ou sou- Tenir de quelques relations entre eux et les Santons , que l'his^toire n'a pas voulu dévoiler {7%%).
129. Arioviste vaincu, joie, sanglier enseigne des Éduens ( en 58).
Aumilieu des félicitations, la triste attitude des députés séquanais, apprit au vainqueur que les Gaulois imploraient son assistance contre les Germains. César ne s'y refusa pas, et somma le roi ami de rendre les otages aux Éduens et aux Séquanais , se disant <^argé par le décret du sénat , de protéger les alliés du peuple r<»»ain, contre toute oppression. En même temps, les Trevères annonçaient que les Suéves, sous la conduite de Nasua et de Gim« berius, envoyaient de nouveaux renforts , et les Éduens se plaignaient que les Harudes dévastaient leur pays. Encoarageant ses légionnaires , César traversa Yesontio , et se rapprochant du camp germain, accorda une entrevue à Arioviste. La rupture fut déclarée et la bataille livrée sur-le-champ. La victoire resta à César. Les deux femmes d' Arioviste périrent : l'une d'elles était sœur du roi Yoeion, du pays de Norik. Arioviste Ini^méme s'enfuit en Germanie , où il survécut peu de temps à son malheur ; ses Snèves furent expulsés de la Gaule (7a3).
Une joie enthousiaste éclata dans toute la Celtique, à la suite de cette victoire; la Gaule se vit délivrée d'un ennemi redoutable, qui la menaçait depuis tant d'années. On avouait que l'alliance des Éduens avec Rome avait procuré eet avantage. Le respectable
(731) Revae numùoi., t. IV, p. 65^ 66.
(731) Lci Boîens établis sur les frontières écf Éduens, étaient le reste de la deitruotiMi des peupleS| dent quelfues débris devaient suivre la retraite def Boîens jusqu'eux frontières des !Ëduens : les débris des Taurisks,des Carniens. Ne serait-il pas possible que le cbef Critasir fût du nombre de ceux qui rentrèrent dans la Gaule, qu*il y fabriqua la monnaie, inscrÎTanUon nom Cricir (pi. IV, 56 j VI, 40). Le même nom, la même époque , les événement* favorisent ce rapproebement.
(723) Cœsor, I, 33-47 ; Liviî, epit. ; Plut, in Cœs. ; Dio Cass., XXXVHI,