Intrigues des ambitieux
L'expansion de la race gauloise , s'était éteinte depuis longtemps. Les courses malheureuses des Gimbres, désolèrent plus l'in^ térieur de la Gaule qu'ils n'agirent au dehors. Toute son activité se repliait dans son intérieur et allait rétrécir ses limites ; de nouvelles colonisations, des excursions mercenaires ne relevaient plus la gloire gauloise. Chaque désastre faisait refluer cette race de tons les points du monde, vers sa mère-patrie ; des débris de plusieurs peuplades échelonnées jusqu'au centre de l'Asie , des expulsés et expatriés cisalpins et transalpins de la Narbonnaise, rentraient dans son sein. Le sentiment pénible et l'infortune se concentraient dans la Transalpine ultérieure, encore libre , encore indépendante ; d'étranges idées se heurtaient, des éléments hétérogènes s'entrechoquaient , et la vitalité nationale renfer-
mée dans d'étroites limites, faisant des progrès , travaillant à la dissolution de l'ancienne société. £Ue se refroidit pour le droidisme , abolit l'hégémonie, alfoiblit les anciens liens, sans pou* voir en organiser de nouveaux ; impuissante à agir à l'extérieur, inquiète dans l'intérieur, elle soitit qu'elle n'avait plus de force à repousser l'agression étrangère. L'alliance avec Rome onbarrassait sa sécurité et révoltait son esspnty prévoyant qu'dle allait expier ses antiques exploits poussés jusqu'au fondement du Gapitôle. L'invasion d'Ârioviste et des Germains , l'effirayait de jour en jour plus cruellement.
Dans ses agitations intestines, de petites prétentLons des hommes influents, tantôt savaient gagner la faveur du peuple civique , tantôt la révoltaient contre leur ambition. Chez les Arvemes , CdHllus paya de sa tète ses tentatives à usurper le pouvoir royal (700) : tandis que DimHae avait une meilleure fortune chez les Suessions : non-seulement il y tenait la souveraineté dans ses mains, mais il fit des conquêtes ao delà de la mer, en Bretagne. Quelque temps après lui. Je vieux Gidba remplit chez les Suessions, les fonctions royales, avec le consentement de tout le monde (701). Ghex les Camutes , Tfuget- Elkesovtx déplorait la perte de l'autorité , possédée par ses pré. décesseurs (702). Chez les Scions, régnait ilfontoagf, en vertu du même droit, et contre le gré du peuple (703). Qiez les Nitîobrigs, Ollomeon était assez puissant pour pouvoir laissa en héritage le royaume à son fils ; dans un temps propice il s'était rapproché du Capitule et fut appelé ami du peuple romain (704].
Chez d'autres alliés de Rome, chez les Séquanais et les Êduens pullulaient des prétentions ambitieuses, dangereuses à la tranquillité de l'État. Castic ne possédait pas le pouvoir que son père Catamantaled avait tenu de longues années, comme roi dues tes Séquanais: mais il jouit d'une grande considération, il était paissant, nourrissait des prétentions. Chez lesÉduens, le jeune IHimnom s'imagina aussi pouvoir parvenir à la souveraineté. Frère du druide Divitiac qui séjournait à Rome , il réunit la fortune de son frère avec la sienne, s'empara en bail lucratif des revécu 00) CiBflar, VJI, 4.
(701) Caesar, II, 4, 13.
(702) Cœsar, IV, 25!
(703) C8Bsar,V, 54.
(704) Caïsar, VÏI, 31.
QUATRIÈME PÉRIODE, AGE DE FER. i09
nus publics , fonna des alliances avec plusieurs persoimes de différents peuples , oomptant sur Tappui d'un chef biturig , qui épousa sa m^e ; se forma une nombreuse clientèle , organisa une escorte de cavalerie , qui raccompagnait , et comme chef , ambacte, il marchait tôte levée au milieu des autorités de l'État. Quand Divitiac, le cœur navré de douleur^ implorait l'assistance de Rome , pour délivrer sa patrie du joug imposé par la horde germaine, alors , ni le dissentiment des peuples , peu assoupis par l'infortune , ni l'humiliation des pays respectifis , rien ne rebutait ces deux ambitieux, Gastic et Dumnorix, d'épier le moment propice pour s'emparer du pouvoir.
Ssuis ces entrefaites, intervint un troisième ambitieux Thelvète Orcitirùf Ccïot. Il comptait dans sa famille ou dans sa tribu dix mille combattants , et avait en outre une très-nombreuse clientèle , et beaucoup, de débiteurs qui dépendaient de lui (7o&). Puissant, il firappait monnaie blanche à son {Nropre nom et pour son propre compte (706), cherchant une occasion favorable d'ac* complir ses desseins. Il profita de l'inquiétude croissante qui travaillait les Helvètes à cause du voisini^e menaçant d'Arioviste , et il encouragea (ea.63) le projet d'échanger les montagnes ingrates, pour un »d plus fertile de la Gaule, d'abandonner l'âpre Helvétie , et d'aller s'emparer du territoire des Santons , projet qui fut enfin opté par toutes tes populations helvètes. Orcitirix Goïos pensait réaliser ses projets^ dans le premier dés- (mire inséparable de grandes commotions , et il courut chez les Séquanais et les Édueus , pour s'entendre et se concerter avec Castic et Dumnorix. A ce dernier il donna sa fille en mariage , et obtint de leur part la promesse de liblre passage, pour les Helvètes, sur les territoires séquanais et éduens, en s'ei^ageant de son côté de prêter secours à leurs proj^. Tous les trois pensaient déjà disposer en commun des affaires de la Gaule entière. Oreitirix, satisMt de ce succès, prenait dé|à le titre A'atpâlU sur sa monnaie (pi. lY, 50; YIII, 7) (707). U gagnait toujours déplus en plus Faristocratie de sa nation , quand le peuple prenant de l'ombrage, l'arrêta et lui intenta un procès , qui devait finir par le supplice du feu. Le jour delà justice , ses amis accoururent
(705) Clientes, obaeratosque suos. Cœsar, I, 3.
(706) Conbr.,529.
(707) Gonbr.,373; Taylor Combe.
en niasse et le délivrèrent de vive force. Le procès , cependant, ne pouvait pas'manquer, et le peaple courroucé s'armait, quand on apprit qu'Orcitirix avait cessé de vivre , non sans de graves soupçons que lui-même avait mis fin à ses jours (708). Cependant le projet de l'émigration ne fut pas abandonné par les Helvètes : ils se préparaient de longue main, engageant dans leur entreprise , des peuplades voisines, et ils reçurent un renfort considérable des Boïens poussés par de nouveaux désastres.