CII.VTEAl DE IIERSTMONCE.VIX, COMTÉ DE SISSEX
« Monceaux , sur tes ddbris le slylet de l'iiisloire
» A tracé pour jamais ces deux mots : Honte cl gloire !
» Oui , gloire aux anciens preux dont tu fus le berceau ;
» Mais éternelle honte au vandale marteau
» Qui , bien plus (juc le temps , sapa tes vastes salles ,
» Tes gothiques arceaux et tes tours féodales ! « ( 1 )
Le iio.Ho ;i niisoii , car la destruction do ce iniignifi(itic spécimen de notre nrchilecturc militaire du moyen âge est, en effet, une irréparable perte pour la patrie. Si elle avait eu pour cause un incendie accidentel ou un siège vaillamment soutenu aux temps de nos guerres civiles, les regrets, que l'on éprouve h l'aspect de ces ruines , se calmeraient en rénéeliissant que tel doit être tôt ou lard linévilablc sort de toute grandeur humaine; mais que penser de l'Iiommc sordide (jui, possédant un pareil trésor, a eu le triste courage d'en ordonner l'anéantissement ? Nous ne contestons assurément pas le droit qu'd avait, légalement parlant, d'en agir à sa guise, pas plus que nous ne pourrions le contester au révérend personnage qui fit abattre , à Strati'ord sur l'Avon , l'historique mûrier du grand Shakspcare ; dans l'ini comme d;.n^ l'aulrc cas , le droit de propriété était inattaquable ; mais nous pensons qu'il eut été heureux pour la mémoire de ces gentilshommes qu'ils eussent conq)ris que la possession de tout objet qu'un peuple entier admire et vénère à cause d'un fait ou d'un souvenir qui intéresse son honneur ou sa gloire, qu'ils eussent compris, disonsnous, (lu'unc telle reli-iuc n'est en queUp.e sorte, entre les mains de celui qui la possède, qu'un dépôt sacré dont il a la haute garde, et qu'il ne peut, par conséquent, la détruire sans exposer son nom à la juste vindicte de la postérité.
Le castcl de Herstmonceaux lut fondé en 1440 par le chevalier Roger Fiènes, en vertu d'une licence royale, datée de la 10- a.n.ée du règne d'Henry VI et qui autorisait ce gentilhomme à créneler et fortifier le manoir qu'il possédait dans cette localité .
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(1) Extrait d'un recued de vers publié en 18I,j sous le iiire ul . .iieuiuu
Casllcs and Cottages.
iiinsi (|u'ii .'igrnnclir de six ccnls acres l'enclos de son parc. La famille des Fiènes ( 1 ) descend d'une très-illustre souche. Jean, seigneur de Fiènes dans le Boulonais . èlait allié par le sang à Guillaume duc de Normandie ; et comme il l'avait accompagné dans la conquête d'Angleterre, en 1066, ce prince lui confia peu de temps après la charge de constahie du château de Douvres, alors considéré comme l'une des plus importantes forteresses du royaume. Ce même Jean de Fiènes était devenu propriétaire du domaine de Hcrstmonceaux par le fait de son mariage , sous le règne d'Edouard H, avec Malliilde , fille et héritière de sir Jean de Monceaux , dont l'unique lils était mort sans laisser de postérité. Dans les guerres de France , sous les rois Henry V et VI, deux frères de Fiènes, Roger et James, se sont rendus célèhres parleur valeur. Roger, qui était l'ainé, avait, avant l'âge de sa majorité et par faveur royale, hérité des litres et biens de son père. Chevalier en 1422, il fut élevé par Henry VI à la dignité de sliérilT des comtés de Surrey et d'Essex , ainsi que l'avait élé son père; et, devenu ensuite trésorier de la maison du roi, il finit par entrer au parlement en qualité de baron de Say et Sele. Son fils Richard , ayant épousé Jeanne, fille unique de Thomas, seigneur de Dacre, fut, en 14S7, créé baron de Dacre par Henry VI. En 1541 , un mendjrc de cette illustre famille , nommé Thomas et qui était le troisième héritier du titre de baron de Dacre, fut condamné et exécuté du chef de meurtre (2).
La Reine Elisabeth releva celte famille de la déchéance , en rendant plus tard à George le titre que le crime de son père lui avait enlevé ; et comme ce George mourut sans laisser d'Iiériticr de son nom , il fut le dernier baron de Dacre de la branche de Fiènes. Marguerite, sa sœur, ayant épousé sir Samson Lennard , écuyer. Jacques I" permit à ce gentilhomme de prendre le titre de Ijaron de Dacre ; leur fils Henry en hérita en 1611, et ses descendants continuèrent à le porter jusqu'à l'époque où Thomas de Dacre , quatrième baron de ce nom dans la lignée des Lennard , fut
(1) On trouve ce nom dcrit de diverses miinières ; ainsi: Fienncs , Kienes , de Fenis , Fenys , Fyncs , olc.
(2) Il parait que cet inforlund gcnlilhomme fui viclinie d'une erreur judiciaire, et qu'il n'assistait même pas à la chasse nocturne aux daims où un traqueur fui accidenloUemenl lue. Condamné comme complice de ce meurtre, il fut exécuté à Tyburn.
créi- comte de Sussox p;ir Clmilcs II . à la suite de son mnringe nvec Anne Palriur. dite de Filz-Uoy . (iile natiirclic de ee roi lilicriiii. Or, ce .senliiliommc , ayant obéré sa fortune par sa conduite extravagante , se vit bientôt obligé de vendre une grande partie de ses biens . nommément llerstmonccaux ; et c'est ainsi que ce domaine de\int, en 1701 , la pi-opriélé de sir Oorge Naylor . écuyer , (jui , n'ayant pas eu d'cnfanls de son mariage avec Grâce Pelliani (sœur du premier duc de iNcweastle sorti de la famille de ce nom), le légua, ainsi que son nom, à Francis llarc ^aylor, lils de sa sn^iir et du révérend docteur Francis llarc, évéque de Cliiclicslcr. Enlin . sir Francis étant mort sans lais>er d'Iiérilicr en ligne directe , le eliàtcau de llerstmonccaux éebut à son frère Robert Ilare , prébendier de Wincbester , et c'est lui qui le (il démanteler en 1777. Ce domaine appartient maintenant à M. T. Rcad Kemp , membre du Parlement . à qui un autre Francis Ilare le vendit dans les premières années de ce siècle.
L'honorable Horace Walpole , devenu plus tard comte d'Oxford , ayant visité Ikrslnionceaux en 1752 avec sir Jolm Chute, son ami, a laissé la spirituelle esquisse suivante de l'état dans lequel se trouvait alors le château :
.; îlcrstmonceaux est situé à l'extrémité d'une large vallée ; sa distance à la mer . est de 3 milles environ en ligne droite. Le eastel est encadré par de bleuâtres ■ collines boisées , dont l'une vient , en s'abaissant en pente douce et sur une étendue ' de cent acres , se fondre au pied même de l'édifice. Ainsi placé dans un bas- :. fond , on comprend de reste qu'il n'ait aucune vue sur le pays environnant. .. Comme c'est une véritable forteresse , cet emplacement fut très-probablement :. choisi pour faciliter l'alimentation des fossés qui l'entourent. Son enceinte est ;. aujourd'hui encore toute garnie d'un système complet de dispositions défensives , .. telles que ponis-levis , tours , tourelles , parapets , créneaux et archères. B'cn que » sa construction remonte au temps d'Henry M, il se trouve encore dans un parfait ■.. état de conservation. On dirait qu'il n'a jamais été complètement achevé, à moins :. de supposer cependant que le badigeon fût alors un luxe encore inconnu ; et en ;. effet , à part les parois intérieures des chambres principales , toutes les murailles y ont conservé leur native couleur de brique. C'est un vaste bâtiment carré de 200 :. pieds environ de coté; sa grande porte d'entrée et ses cloîtres rappellent beaucouji .. ceux du collège d'Élon , avec lequel il a d'ailleurs dans son ensemble une grande :. analogie de style. Cette ressemblance est surtout frappante en ce qui concerne la
cuisine, dont les trois vastes cheminées vont se réunir en une même souche, qui s'élève en tourelle à l'intérieur de i'édiliee. Les deux ou trois cours comprises dans l'eneeinte sont entourées de hàtiments de service ; on n'y rencontre aucune trace de mngnifieencc , et l'ameuhlement des principaux appartements consiste tout simplement en un certain nombre de lits et de sièges. Les fenêtres de l'un des côtés du quadrangle ont été modifiées pour recevoir des châssis à la moderne ; quelques-uns des appartements qui y correspondent ont été lan)brissés au temps du comte de Sussex , qui avait épousé une fille naturelle de Charles 11. On voit sur quelques-uns de ces lambris , notamment sur les cheminées , des armoiries délicieusement sculptées par Gibbons. A la vue de la cotte de mailles du premier des Lennard , qui porta le titre de seigneur de Dacre , et des nombreux écussons des familles alliées à la sienne , toutes choses qui décorent la cheminée du grand salon , M'. Chute se sentit transporté de bonlieur , et rappela avec orgueil son cousinage avec les Lennard et leurs dix mille quartiers de noblesse. La chapelle est petite et sans distinction ; on voit encore sur les \ilraux de ses fenêtres de maigres figures mal faites , représentant la Vierge et sept autres Saints. Il s'y trouvait autrefois quatre autres verrières peintes , qu'on en a otées pour donner plus de jour à la chapelle ; et c'est ainsi que nous avons rencontré , irrespectueusement reléguées dans la laiterie , Ste. Catherine et une autre dame tenant une église en main. On remarque aux deux côtés de l'autel deux cavités bizarres , garnies de très-petits écrans en bois et qui ont probablement servi de confessionnaux. Quant à rextérieur du château , c'est un mélange de pierres et de briques de trèsrespectable apparence. Les ponts-levis sont d'un effet assez romanesque , et la vue du donjon suffit pour vous donner une délicieuse idée de ce qu'était la vie dans ces beaux temps de manants et de seigneurs. On nous a montré une assez triste chambre dite : Halle du Tambour , d'où parait être descendue la comédie d'Addison. Les cloîtres sont surmontés d'une galerie qui donne accès à tous les appartements de l'étage; on remarque sur la plupart des fenêtres qui l'éclaircnt le molosse héraldique des Fiènes , ainsi que des banderoles portant leur chevaleresque devise : Le Roy le veut , devise qui , ainsi que je vous le conterai tantôt , a porté malheur au dernier lord de cette souche. Le revenu annuel du domaine est de 2,000 livres environ , et les terres qui le composent sont si compactes qu'on n'y compte que 17 maisons. En parcourant une antique et belle avenue . qui
. mène du tli;ilc;iu ;i lV|,'lisc, nous iivoiis ou con^lmnineul en vue, sur noire gauche, 1' des voiles de navires longeant la eole. ■<
Grosc a publié, dans le lonic V de ses Autiquiles , un liistori(|ue eouiplii dti château de Ilerstnionecnux , avec (lunlre vues (iiii in ont été prises avant son démantèlement. L'extrait que nous allons en faire nous fournira les éléments nécessaires pour pouvoir ensuite en essayer une description complèie.
•^ L'extérieur du cliàleau comporte trois cours , .loni une grunde et deux pentes ; . la grande porte d'entrée est située au centre de la façade sud du quadraniile : « c'est un donjon à plusieurs étages et llaïKiué de deux tours crénelées ; le passage » voùlé de cette porte débouclie à l'intérieur dans une cour entourée de cloîtres >• sur trois de ces cotés , le quatrième , celui du nord , étant occupé par la halle , .■ qui est irès-grande et ressemble beaucoup aux halles non modernisées des anciens " collèges d'Oxford et de Cambridge. Elle est encadrée , au couchant, par la laiterie, ■■' et , au levant , par l'appartement d'apparat , lequel consiste en trois belles pièces ). dont la jilus grande a 40 pieds de long. En arrière et au nord de la halle , se .. trouve la chapelle: et une suite d'apparicments et de chambres, à l'usage des prin- I. cipaux oflieiers et gens de service du château , occupe tout le côté du levant du >• quadrangle. Le grand escalier est également situé en arriére de la halle ; sa cage " occupe un espace de M pieds carrés ; après l'escalier vient la cuisine , qui est très- » grande ; et, à la suite de la cuisine , se trouvent les offices qui en dépendent . et qui » occupent tout le côté occidental de l'enceinte. Le four de la boulangerie a 14 pieds « de diamètre. La halle , la chapelle et la cuisine, n'étant pas surmontées d'un étage, :. ont en cerveau toute la hauteur de l'édilice. Quant au côté sud du quadrangle . .. e'est-à-dire celui où se trouve la porte-donjon , son aile gauche se compose d'une '< vaste pièce délabrée , ayant la forme d'une ancienne galerie et qui semble avoir '• été destinée à mettre en surclé tous les chevaux et le bétail du domaine lors 1. de la mise en état de siège du château ; tandis que son aile droite consiste en de :. si nombreux logements pour la garnison . que l'on se perdrait aisément dans leurs ■■< dégagements. Les fenêtres du grand corridor de l'étage sont décorées de l'alan ou :> molosse héraldique des Fiènes. On communique d'un étage à l'autre par de i> nombreux escaliers en vis dont la conslruction , tout en briques , est très-curieuse. .. On remarque , sous la tour dangle qui termine cette aile droite , un souterrain n octogone qui servait de prison , ainsi que l'attestent la borne garnie de chaînes qui
— ÔG —
' en occupe le centre et le cabinet d'aisance place à l'un de ses angles. La hauteur ' des tours flanquantes du donjon est de 84 pieds , et la longueur des cotés de • l'enceinte est de 206 1/2 pieds sur 214 1/2.
■• Un recensement de ce domaine eut lieu sous le règne d'Elisabeth; on lit dans " le procès-verbal qui en existe encore dans les archives du château , que c'est par ■■< mesure de salubrité que l'on a desséché le fossé, autrefois plein d'eau, i]ui entoure I les trois côtés sud, occidental et nord de l'enceinte, ainsi que l'étang qui en baignait
■ le ([ualrième côté.
' Le chùteau est entièrement construit en briques ; les murs sont très-épais , et
' l'on n'y a employé la pierre que pour les cordons, consoles, larmiers, fenêtres
:> et portes. Tout est encore parfaitement conservé ; on ne remarque de lézardes ou
» fissures en aucune partie de l'édifice. Notons en passant que celte construclion en
■■< briques est une des plus anciennes de l'Angleterre , depuis la rénovation de ce
■■< genre de matériaux au moyen âge ( 1 ).
" Le site du château est des plus agréables. C'est un gracieux mélange de collines
■' et de plaines , les unes couvertes de beaux bois , et les autres arrosées par de
' limpides étangs. Du haut de l'édifice, on embrasse un superbe horizon, dont les
■ points les plus saillants sont, d'une part, le plateau de Pevenscy, au centre duquel ■■ s'élèvent, sur une légère éminence, la ville de ce nom et son vieux château en '• rume , et , d'autre part , la mer , les collines d'IIastings et des dunes hautes 1' comme de véritables montagnes. Relativement à ses dépendances , le château est ' situé à la limite sud du parc, et son sol est très-sec, bien que son niveau soit ■• au point le plus bas de la vallée (2). »
.V. 9. Planche l. — Plan général; façade du côté sud; élévation, coupe et [ilnn de l'une des tours de l'enceinte.
Il ne reste plus de ce noble caslel que ce qui figure au jilan général que nous en donnons ici , c'est à-dire le mur d'enceinte et le donjon d'entrée-
( I ) Les Romains bâiissaient beaucoup en briijucs, mais, h la chute de leur Empire, les peuples du Nord abandonnèrent généralement l'usage de cette excellente espèce de matériaux.
(2) Extrait du tome V des Antiquités de C Angleterre et du pays de Galles, par Francis Grose, écuyer et membre de la Société des Antiquaires.
Toutes les consiniclions intérieures ont clé démolies . et leur emplucenienl est maintenant converti en jardin. D'après les indications des auteurs susmentionnés , l'intérieur du ciiàleau était donc autrefois divisé en iniis cours, dont la plugrande . située au sud-est . était entomée de galeries sur trois de ses cotés , tandis que la liallc en occupait le (luatriémc. (Jrose a donné une vue du cùté sud de cette cour; et comme la façade intérieure du donjon y est comprise, on remarque (jue la grande porte d'entrée y déboucliail vers langle sud-ouest . et qu'elle se trouvait en ligne droite avec la i)orle de la halle . ainsi qu'avec la porte qui se trouve encore au centre du coté nord de l'enceinte. Les galeries se composaient d'une suite d'arcades ouvertes , en ogive surbaissée, et portées par de minces piliers; elles étaient surmontées d'un étage consistant en une suite de chambres dont les fenêtres étaient semblables à celles de la façade intérieure du donjon. A gauche de cette cour principale s'en trouvait une autre plus petite, contenant un puits, et c'est là qu'étaient renfermés la boulangerie, la cuisine, la laiterie et les autres offices qui se trouvaient dans le prolongement de l'aile gauche de la halle. Il semblerait , d'après la vue que Grose nous a laissée de l'intérieur de cette halle , que sa charpente ornementale était dans le genre de celle de la halle du palais de Croydon : elle était composée de belles fermes dont les retombées arquées s'appuyaient sur des culsde-lampe sculptés en tête de molosse ; les murs étaient recouverts de lambris jusqu'à hauteur d'appui des fenêtres, et un écran, surmonté d'une galerie d'orchestre, traversait la salle vers son extrémité occidentale, pour y former l'antichambre et cacher les communications avec les offices. Ainsi que c'était alors la coutume, des bois de cerf étaient mêlés à l'ornementation de cette salle, que l'on suppose avoir été longue de 80 pieds au moins. La chapelle, située au nord de la halle, en était séparée par une étroite cour; mais il ne reste plus de tout cela le moindre vestige, et nous en avons en vain recherché quelque trace de substructions. Les principaux appartements qui composaient le coté oriental du quadrangle, avaient été décorés dans un style plus moderne que celui de l'architecture primitive du château , et plusieurs de leurs ancieimcs fenêtres avaient été agrandies et garnies de châssis en boiserie. Il est probable que ces changements dataient . ainsi (jue le grand escalier , de l'époque du mariage de lady Dacre avec sir Lennard.
On peut juger , d'après l'élévation entière que nous en donnons ici . de l'ordonnance générale, des belles proportions et de la parfaite régularité de la façade sud du
château. Les tours octogones angulaires ont même hauteur que celles du donjon ; mais ces dernières sont surmontées de tourelles rondes servant de postes d'observation . Au centre de chacun des trois autres cotés de l'enceinte se trouve appliquée une tour semblable à celles des angles : cl le milieu des courtines qui relient toutes ces grandes tours est fortifié par une tour sémi-octogonale , de moindres dimensions et ayant la même élévation que le mur d'enceinte. On remarque, dans les anciennes vues de ce château prises avant son démantèlement , un très-grand nombre de souches de cheminées qui se projettent au-dessus des parapets de couronnement comme de sveltes tourelles (1 ).
La tour centrale, marquée C sur le plan général et qui est représentée, lig. 2. on élévation , coupe et plan , parait avoir servi de grande fenêtre ou de loge d'éclairage à un salon qui était contigu au haut-bout de la halle, La partie supérieure de celte tour formait une petite chambre dont la coupe et le demi-plan B font voir la disposition intérieure. Toutes les grandes halles qui datent du même temps que celle de Ilerstmonceaux étaient disposées de la même façon ; ce salon contigu était appelé la grande chambre ( great-room ), et son ornementation comportait, ainsi que celle de la halle même, une grande fenêtre en saillie, dite oriel , et un dais d'honneur sous lequel était placée la table du seigneur châtelain ( 2 ).
rV". 10. Planche II. — Plans divers du donjon.
Le passage de la grande entrée du château était couvert d'une élégante voûte d'arête qui n'existe plus. Ses nervures étaient en croisées d'ogives el se coupaient, par conséquent, diagonalement (3). On remarque avec surprise que ce passage était muni d'une cheminée.
(1) Voir, à ce sujet, la gravure qu'en ont publiée, en 1757, Samuel et Nathaniel Buck. C'est une vue prise du côté sud-ouest ; elle suffit pour donner une idée satisfaisante de ce qu'était alors ce remarquable édifice. Dans la première des gravures que Grose en a données dans le tome V de ses Antiquités, on voit également poindre un grand nombre de cheminées au-dessus des combles, et l'on remarque , en outre, une girouette qui se trouvait très-probablement placée au-dessus de la chapelle.
(2) Voir, à ce sujet, le tome II des Spécimens de Pugin et les Environs de Londres, parLysons- Il se trouve dans ce dernier ouvrage un plan complet du palais de Hampton-Court.
(3) C'est par erreur que notre planche donne une autre forme à celte voûte.
Los (ItMix cli;iinl)ivs (lu |(rciiiicr et du second étage du donjon éliiienl échiiiées pyr de jolies renoties percées diins les fneadcs exlérieure cl inlérieiire , el elles eoinnuini- (imient directement avec les |)cliles pièces situées sur leurs paliers respectifs , ainsi (|u"il est indi(]ué aux plans.
Los tourelles rondes qui surmontent les tours llanquantcs de la porte d'entrée servaiciil de postes d'observation dans les temps de gueire ou de troubles. Elles sont d'un cITct très-piltorcsque dans l'nspect général du chiiteau. On y entre au moyen de petites portes qui s'ouvrent sur la couverture en plate-forme des tours ; et leurpetites fenêtres sont disposées de telle manière qu'elles ont vue sur tout le développenicni de l'enceinte.
N". 11. Planche IH. — Façade extérieure du donjon.
Celle façade , si pleine de noblesse , mérite une attention toute particulière. Les détails de son ornementation sufdsenl pour lui donner un certain air de richesse ; mais ils sont traités avec une sage sobriété qui n'oie rien au cachet de force et de sévérité dont l'ensemble de l'édifice est empreint. Elle mérite d'être comparée à celle de la tour d'entrée du château d'Oxborougb , qui n'est postérieur que de quelques années au donjon de Herstmonceaux. Sous le rapport du style architectoni(|ue, comme sous celui des matériaux, il règne entre ces deux édifices la plus grande analogie. La tour d'Oxborough a un peu plus d'élévation , mais le donjon de Herstmonceaux a beaucoup plus d'étendue , el il l'emporte surtout sur sa rivale par ses qualités défensives el par son aspect plus militaire ; bref , ces deux édifices sont deux types (jui mettent parfaitement en évidence les différences caractéristiques qui existaient . dans rarchilccture anglaise du moyen âge, entre le véritable château fort destiné à soutenir un siège , et le manoir sémi-militaire , qui n'avait d'une forteresse que les apparences, ou qui était tout au plus assez fort pour pouvoir faire face à un coup de main de brigands ou d'émcutiers.
On accédait à cette tour d'entrée au moyen d'un pont sur arches , terminé par un pont-Ievis. La grande arcade qui décore le centre de la façade couvre une batterie de mâchicoulis pratiqués dans le plancher du second étage. Le parapet de couronnement des tours est également armé de mâchicoulis. La pierre ornementale qui se trouve entre les fenêtres de l'étage supérieur représente la bannière du fondateur, portée par le molosse héraldique des Fiènes.
1\°. J2. — Planche IV. — Coupe longitudinale du donjon.
Au moyen de cette coupe et des deux dernières planches, on possède tout ce (ju'il faut pour connaître à fond ce qui concerne la composition , l'étendue et les proportions de cette admirable tour d'entrée, et nous donnons d'ailleurs, sur cette planche , les profds des principales moulures qui la décorent. L'étroite rainure verticale, pratiquée de chaque coté de la porte dans l'épaisseur du mur de façade, semble avoir été disposée pour le jeu d'une herse , mais cette pièce défensive n'a jamais existé, et cela probablement parce qu'on aura pensé que le tablier ihi pont-levis pouvait en tenir lieu. Les deux autres rainures que l'on remanine à droite et à gauche de la fenêtre du premier étage , étaient destinées à loger les flèches et à permettre la manœuvre du pont-levis.
iN". 15. Planche V. — Détails du donjon.
Les lîg. ! et 2 représentent en élévations intérieure et extérieure, ainsi qu'en coupe, l'une des meurtrières qui éclairent et défendent les tours du donjon aux divers étages. Elles sont en forme d'arbalétrière , et l'on remarque en contre-bas de celles du rez-de-chaussée des embrasures circulaires qui étaient probablement destinées au tir des anciennes arquebuses à mèche et à chevalet. La lîg. ô donne l'èlèvalion et les moulures principales de la belle fenêtre du premier étage.
j\°. 14. Planche VL — Autres détails du donjon.
On peut juger, d'après le tracé complet que nous en donnons ici (flg. 1 et 2). de la hardiesse et du talent dont l'architecte a fait preuve dans la composition du couronnement de cette belle tour. Son arcature ogivale est en briques , et ses consoles , en pierre de taille, sont formées de trois assises en retraite qui assurent une grande solidité à l'encorbellement. Tous ces détails ont été levés d'après nature et avec la plus grande exactitude. — travail qui n'a pas été sans danger pour l'artiste qui l'a exécuté, vu l'état de délabrement dans lequel se trouve maintenant cette partie de l'édifice.
La tig. 5 représente l'amortissement de l'une des fenêtres géminées du deuxième étage, ainsi que les profds de ses jambage et meneau.
CIIATEAl DE WARWICK, COMTÉ DE CE NOM.
i> Magnificiue monument de la splendeur des temps » chevaleres(iues qui a rdsistcî jusqu'à ce jour aux >> injures du temps. »
( Wai.ter Scott.)
Lii piTiiiiùre fomlntioii ilii chàleau fort de Warwiek est antérieure à la coiiquètc des .NOniiiinds, mais on n'a pu jusqu'ici en ilétenniner l'époque |)récise. (îuillauinc I" in accrut retendue et les fortifications, et c'est à partir de là cpiil fut considéré comme étant l'une des plus importantes forteresses du royaume. Sous les règnes d'Edouard III et de Hicliard II, les comtes de Warwiek, de l'illustre famille des Beaucliamp, y firent conslrnire de magnifi(iucs bàlimenls d'habitation qui se trouvent mainicnant encore dans un éiat presque parfait de conservation , ce qui fait (|ue ce ehàleau est actuellement un des pins précieux spécimens de notre ancienne architecture nn'Iitairc.
Kn 1004. , sir Fulke Greville . ([ui , de domestique de la reine Klisabcth , était devenu conseiller de Jacques I" et ami de Philippe Sydney , reçut en fief de la (Couronne le chàleau de ^\'ar^vick, alors en ruine et dont les restes les mieux conservés avaient été convertis en prison du comté. Ce gentilhomme, connu plus tard sous le nom de lord Brooke , dépensa vini;l mille livres sterling à le restaurer et à l'embellir, et c'est à raison de ces travaux que William Dugdale , dans ses Antiquités du Wanvickshire , le proclame la résidence la plus princière de la partie centrale de l'Angleterre.
En 1G42, le château de Warwiek. défendu par des troupes de l'armée parlementaire, fut débloqué, après seize jours de siège, par lord Robert Brooke, le même qui, après avoir pris une part irès-aetive aux événements de celte époque , fut tué à la prise de Licblfield. Ayant été excepté de l'arrêt de démantèlement porté par le long parlement contre tous les châteaux forts du pays, celui de Warwiek fut de nouveau restauré sous le règne de Charles II par Kohert, comte de Brooke. Depuis lors, de grandes dépenses y ont été successivement faites par des mend)res de celle noble famille , surtout par le dernier comte de ce nom . en vue d'en améliorer le> bâtiments d'habitation et d'en rendre les abords plus commodes. On conçoit de reste que , pour atteindre ce but , il a été porté plus d'une atteinte au caraelcre primitif
de ce vieux monument , craulanl plus que l'on n'csl que trop porté à s'imaginer qu'il y a incompatibilité réelle entre les liabitiitions si pleines de grandeur du moyen âge et les exigences du eomfort domestique moderne. Pour être juste, nous devons toutefois reconnaître ici que les nobles propriétaires du domaine de Warwick ont héréditairement fait preuve d'une louable et intelligente sollicitude pour maintenir , autant que possible, en harmonie de style les anciennes et les nouvelles constructions qui composent ce château.
IN». 15. Planche I. — Tour de Guy, ou donjon du château.
Cette majestueuse tour fut fondée et achevée en 1393 par Thomas Beauchamp , comte de Warwick. Ce personnage , aussi remarquable par sa haute intelligence que par sa capacité militaire , avait été nommé par le parlement membre du conseil de régence pendant la minorité de Richard II; mais ce prince ayant, à l'époque de sa majorité , éloigné de la cour ses anciens conseillers , pour les remplacer par d'incapables et licencieux favoris, le comte se retira dans son domaine de Warwick et y consacra son temps à faire bâtir et à fonder des œuvres de charité. C'est alors qu'il dota la ville de Warwick de l'église collégiale de Notre-Dame , et qu'il ajouta au château le donjon dont il s'agit ici, et auquel il donna le nom de Tour de Guy, en souvenir de Guy , comte de Warwick , héros qui , suivant la légende , vainquit , en 926, à Winchester et en présence du roi Alhelstan , le fameux géant danois Colbranl dans un combat singulier ( 1 ).
L'aspect de ce donjon est imposant et formidable ; engagé dans l'enceinte murale du château , à son extrémité nord-est , il est en forme de décagone régulier , et ses murs extérieurs s'élèvent verticalement depuis le soubassement jusqu'au couronnement crénelé. Les eaux d'un fossé, actuellement desséché et comblé en partie, en baignaient autrefois la base du côté extérieur à l'enceinte.
( 1 ) D'après Dugdale , une tapisserie de Flandre reiirdsentanl ce fait d'armes décorait autrefois une des salles du château, et elle était considérée comme un meuble tellement précieux, qu'il en est fait mention dans les patentes royales relatives aux concessions du fief.
l.;i 11,;;. I di" tvtlc |ilanclie loprésciUc rclcviiiinii ixlriicure de ce donjon : les troi.s giiindes rcnclros ogivales que l'on y voil éelairenl les pièces principales des premier . deuxième cl troisième étages ; les petites fenêtres rectangulaires ijui les surmonteni apparticMneiil à I étage supérieur; les escaliers, de même que les cahiiiets des divers étages , ne reçoivent de jour que par d'étroites meurtrières ; enfin , la prison , qui occupe la hase de la tour , est également éclairée par d'étroites meurtrières , mai* seulement du coté intérieur à l'enceinte.
Ainsi que U' montre la coupe (fig. 2). chacun des cinq étages que comporte le donjon est couvert dune voûte d'arétc à nervures en pierre. On remarque une cheminée à chaque étage , sauf à celui supérieur , qui ne se compose que d'une seule pièce , laquelle servait probahlement , en cas de siège , de dernière place d'armes pour la défense.
Les cinq plans de la figure 3 suffisent pour faire connaître la distribution de clia(iuc étage. La hauteur des points de section y est indiquée par des lettres de repère. L'épaisse voûte du couronnement est couverte d'une plate-forme légèrement conique en plomb. Des deux escaliers en vis qui sont pratiqués dans l'épaisseur des murs . lun donne accès à chaque étage , tandis que l'autre n'a de débouché que sur la toiture et prend naissance à l'extérieur du donjon au moyen d'une rampe à ciel ouvert qui est située sur le rempart d'enceinte , côté du nord.
CHATEAIJ DE KENILWORTII, COMTÉ DE WARWICK.
« Les ruines massives du château de Kenilworlli ne
« servent plus qu'à montrer quelle fut autrefois sa
» splendeur, et à faire sentir au voyageur la valeur
» passagère des biens de ce monde et le bonheur
» de ceux qui jouissent d'une humble fortune et de
» la paix du cœur. »
( Walter Scott. )
Moins favorisé par le sort que ne le fut celui de \\'ar\vick , le château de Kenilworlh a depuis longtemps été démantelé , et les restes de ses anciennes tours et de ses vastes salles achèvent maintenant de tomber en ruine. C'était autrefois un immense et magni-
li(|ue édifice , composé de bâtiments successivement construits pendant une longue l)ériode de cinq siècles, et qui constituait par conséquent une précieuse collection de spécimens de tous les styles architectoniqucs qui furent en vogue, depuis le lourd normand jusqu'au capricieux mélange de golliique et d'italien connu sous le nom (le style Elisabeth (1). On trouve dans les Antiquités du Warivickshire . ouvrage publié en 1G3C> par sir "William Dugdale, un liislorique fort bien fait de Kenihvortli; il est accompagné de très-bonnes gravures par Ilollar, qui sont d'autant |)lus intéressantes que les vues qu'elles représentent ont été prises avant la destruction du château par la hache républicaine.
Le château de Kenilworth fut fondé par Geoffrey de Clinton , personnage de naissance obscure t[ui sut s'élever par sa haute capacité aux premières dignités de l'Etat. Henry I" lui conlia successivement les charges de lord-chambellan , lord-lrésorier et iord-clief-de-justice d'Angleterre. Ayant acquis de grands biens, il établit sa principale résidence à Kenilworlli , où il fonda d'abord un prieuré de moines réguliers de saint Augustin , et puis un château auquel était annexé un grand pare pour la chasse. Dans les premières années du règne de Henry II, le domaine de Kenilworth faisait partie des biens de la Couronne, car un shérif était chargé, en 11G4 , d'en administrer les revenus. En 1172, le mémo monarque fit fortifier, approvisionner et occuper le ciiàteau par des troupes royales pour le mettre à l'abri des entreprises du parti insurrectionnel , qui avait pour chef le prince Henry , son fils aîné, qu'il avait eu l'imprudence d'associer à son pouvoir souverain. Geoffrey de Clinton , fils du fondateur, rentra plus tard en possession du domaine de son père , mais ne le garda que peu de temps ; car, d'après les documents historiques cités par Dugdale , le château de kenilwortli fit partie des biens de la Couronne jusqu'en 12b3 , époque à laquelle Henry III le concéda en fief viager à Simon de Montfort, comte de Leicesler. et à Eléonore , sféur du roi, que ce gentilhomme avait épousée.
(1) Bel édifice, dit Waltcr Scolt, qui présentait sur ses différentes façades de magnifiques échantillons de toutes les espèces d'arcliiiecture , depuis la conquête jusqu'au règne d'Elisabeth , avec le style et les ornements particuliers à chaque époque. L'histoire ne fait pas remonter l'antiquité de ce château plus haut qu'aux temps de l'heptarchie; mais quelques antiquaires prétendent qu'il fut fondé au temps de Kenelp , roi saxon de la Mercie , qui lui donna son nom; tandis que, suivant d'autres , il doit avoir été bâti peu de temps après la conquête des Normands.
Peu d'années après celle iiivcstiliiif . le comte de Leiccsler se mil à la tète de lu ligue des barons contre l'aulorité royale el se distin^'ua par sa valeur cl son liabilelé dans In guerre civile qui s'ensuivil ; niais il lui tué , ainsi que son (ils Henry de Monllori t'I un grand nombre d'autres gentiisiioinmes , ;.u conibal livré à I^cslir.m le 14 aoùl riO.'i. Henry de Ilastings , qui avait été nonuné sfouverneur du eliiiteau de Kenilvvorlli |iar Simon de Monllori, (ils eadel du comte de Lcicesler, le défendit courageusement pendaiil six mois contre les troupes royales el ne capitula, vers la fin de 12GG, que pour cause de famine. Le roi lit alors don de ce domaine à son second fds Edmond Crookback [le bossu), comte de Laneustre, de Leiccster et de Derby, et qui portail, en outre, le litre de roi de Sicile. En 1322, kenilworlh fit retour ù la Couronne |)ar suite de la forfaiture encourue par Thomas , comte de Lancaslre , (jui. ayant été fait |)risonniir à Borouglibridge. dans le Vorksliire , fut décapité quelques mois après à Pontefracl.
L'infortuné Ldouaid II fut. en 152G, transféré comme prisonnier du cliàteau de Moiunouth à celui de Kenilworlli, tt c'est ici que. le 20 janvier suivant, une dépulation , conduite par les évè(]ucs de Lincoln et d'IIereford, vint lui notifier l'arrêt de sa déchéance ( 1 ).
Le roi Henry III rendit à Henry de Lancaslre , frère et héritier du dernier comte de ce nom , le château de kenilworth el tous les autres biens de sa famille qui avaient été confisqués du chef de forfaiture . et c'est le fils et héritier de cet Henry de Lancaslre qui fut, en 13S5 , créé duc, titre jusque-là inconnu en Angleterre. Le duc Henry étant mort sans laisser d'héritiers mâles, ses domaines passèrent à ses deux (illes . et le château de Kenilworlli échut en partage à Blanche , la cadette , qui épousa le prince Jean de Gaunl ( ou de Gand ) , créé depuis due de Lancaslre. Le roi Henry IV ayant hérité de Kenilworth du chef de son père . ce domaine fut . dès lors , annexé au duché de Lancaslre, el y resta jusqu'en 148b, première année du règne de Henry VI , et époque à laquelle il fut transféré de ce duché à celui de Cornouailles , en vertu d'un acte du parlement. Kenilworth continua de faire partie
( 1 ) Lb aussi , dit Walter Scott , Mortimer , comte de Marck , fameux par son élévation el par sa chute, avait donné de brillantes fêles pendant que son souverain détrôné, Edouard II, languissait dans les cachots du château.
des domaines de I;i Couronne jusqu'à ce qu'il plût à la reine Elisabeth d'en gratifier, par lettres patentes datées de I.j6"2, son favori lord Robert Dudlcy, qu'elle créa plus tard baron de Denbigh et comte de Lcicester. A sa mort, survenue en 1588. Leicester légua ce domaine à son frère Ambroise, comte de ^^ arwick , qui ne lui survécut que d'une année j et, comme il n'avait pas d'enfants, Robert Dudlcy, (pii était fils naturel du favori d'Élisabetb et qui avait pour mère une lady Douglas Sheffield , prit possession de Kenihvortli en vertu d'une disposition testamentaire de son père ; mais , à défaut de pouvoir prouver la légilimilc de sa naissance et par suite de l'une de ces mesures arbitraires qui ternirent le régne de Jacques I", il fut déclaré en état de forfaiture et inhabile à hériter des biens du comte de Leicester, qui furent, en conséquence, saisis au nom du roi. Il fut constaté, par le reeenseaient fait à cette occasion , que la valeur de ces biens montait à ô8,oo4 livres sterling 15 schellings. Henry, prince de Galles, considérant Kenihvorth comme étant la plus noble et la plus magnifique résidence de cette partie du royaume, oflVil en ICll , à sir Robert Dudlcy, une somme de 14,500 livres pour prix de sa renonciation à toute prétention au château et à ses dépendances , — proposition qui fut acceptée par cet infortuné propriétaire ( 1 ).
Lorsque le prince Henry mourut, en \G\-2, il n'avait encore été payé que 3,000 livres en à-compte sur ce marché , ce qui n'cmpéclia pas son frère Charles de réclamer Kenihvorth comme faisant partie de son héritage , et c'est à la suite des négociations qui eurent lieu à ce sujet que le parlement autorisa, en 1C12 , lady Alice, femme de sir Robert Dudlcy , à aliéner ses droits de copropriétaire pour une somme de 4,000 livres. Peu après son avènement au trône, en 1625, Charles I" concéda en dotation viagère et successive le château de Kenihvorth et ses dépendances à Robert Carey , comte de Monmouth, et à ses fils Henry et Thomas; mais, en 1649, ce domaine fut saisi par le parlement , comme appartenant aux biens de la Couronne , et donné en dotation à plusieurs officiers de l'armée révolutionnaire. C'est la sordidité de ces nouveaux propriétaires qui fut cause de la destruction de ce magnifique mo-
( 1 ) Robert Dudley, dlant alors allé habiter l'Ilalie , y jouit de loulc la faveur du grond-duc de Toscane et de l'empereur Ferdinand II , qui le crdèrcnt duc.
niimont dos temps pnssés , c;ir, pour TiiiT de l'nr^ciit . ils on lirciU niTaclicr le plDnil) (les toilures , iiinsi que tous les iiiatérijuix veiuliiblos. Kiilin . à ré|)0(iue de h lesluiiration do Charles II , In lamille du CDUile de Monniniilli l'ut renii-;e eu jouissuucr viagère de kciiilwdrlli , et, à rexpirulioii de l:i doiiiiiiini Icuiiiornire que lui cti avait laite Ciiarles 1", inie piilcule royale eu aceorda la réver<iou à Laureiiee , lord llyde , eréé ensuite baron de Keniiworlli et conile de Iloeliester , et e'est du chef de ce dernier el par suite d'alliauee que ee (louiaiiie a|)|)arlieMt niaiiileuaiit au comte de Clarendoii.
kciiilwortli , vu son ('(at de ruine, serait de|)uis ion^temps oublié, si la niagiqui' plume de l'auteiu- de Wavcrlcy ne l'avait fait revivre par la description des splendides fêtes que le comte de Leieester y donna en lo7i> à la reine Elisabeth ( 1 ). Les admirateurs de notre vieille architecture doivent re^M'cttcr la destruction prématurée de cet inléressaul monument, car ce qui en reste encore suffit pour prouver qu'il n'était inférieur à aucune des résidences baroniales du royaume.
Les princijjaux bâtiments du chàleau entouraient une cour qiiadrangulaire de lormc oblougue el irrégulière. Le côté du nord était oceiq)é eu majeure partie par la tour île César (2) , épais donjon carré dont la construction, contemporaine à la première fondation du château , parait remonter aux premières années du XII" siècle. Pour le mettre hors d'état de défense, CromvvcU le fil démanteler du côté extérieur; et, grâce à l'énorme épaisseur de ses murailles, il est probable que ses débris dureront beaucoup plus lontemix que les autres ruines de l'ancien château. A la gauche du donjon , le coté nord du quadrangle était complété par de vastes cuisines et offices qui le reliaient à la halle. A l'est de la cour se irouvaienl deux grands bâtiments dont l'un , eontigu au donjon .
(1) Le roman de Keniiworlli fut publié en 1821. La description arcliilccluralc qui y est faite du château s'accorde irôs-bien avec celle que nous traduisons ici , bien que cependant les deux auteurs semblent avoir puisé à des sources différentes. Il est, en effet, assez étrange que Walter Scoit ne fasse nulle mention de Dugdale , seule autorité citée dans le texte de M. Willson , et que ce dernier ne dise mot du Kcnilworlh Decril de Robert Lancham , que l'illustre romancier signale comme étant une des plus belles publications, en fait d'antiquités, qui aient paru depuis longtemps. C'est probablement dans ce dernier ouvrage que Walter Scott a puisé plusieurs données historiques très-intéressantes,
que M. Willson a eu tort de ne pas comprendre dans le cadre de sa notice.
( 2 ) « Ainsi nommée peut-être à cause de sa ressemblance avec le donjon de la tour de Londres >> qui porte le même nom. » (Walter Scott.)
éuiit appelé Logement du roi Henry VIII, et l'iiutre portait le nom de Bâtiment de Leicestcr {\); ce dernier était un édifice irrégulier , de grande élévation et contenant plusieurs grands appartements décorés dans le style mixte qui dominait au temps d'Elisabeth. Le corps de logis du roi Henry était aussi à deux étages, mais il avait moins de hauteur que le précédent. Le côté sud du quadrangle consistait en une suite d'appartements d'apparat dont les pièces principales étaient désignées sous les noms de Chambre Privée , Chambre de Présentation et Salon Blanc. Enfin la halle , ou grande salle des cérémonies, complétait le circuit, en embrassant avec ses dépendances tout le côté occidental de la cour; ce corps de logis s'a|)pelait Bâtiment de Lancastre (2).
Ce vaste édifice occupait à peu près le centre d'une grande cour extérieure qu'entourait un immense mur d'enceinte, couronné de parapets crénelés, fortifié par des tours et contreforts et embrassant un espace de sept acres (5).
La description générale qui précède étant suffisante pour donner une idée exacte de ce qu'était ce magnifique monument à l'époque de sa plus grande splendeur , c'est-à-dire au temps du favori d'Elisabeth, il ne nous reste plus, pour rester dans les limites de notre cadre , qu'à faire l'exposition des types que nous lui avons empruntés pour en enrichir ce Recueil.
iV". 16. Planche i. — Vestibule servant d'entrée, par la cour intérieure, aux appartements d'apparat.
Les bâtiments qui composent le côté sud du quadrangle sont en ruine ; mais la partie de leur façade intérieure, qui comprend l'appendice que nous allons décrire, est assez intacte pour qu'il nous ait été possible d'en faire le lever complet. C'est un ves-
(i ) « On dit que Leicesler ne dépensa pas moins de 12 millions de francs à l'embellissement du » château et à l'amélioration des domaines qui en dépendaient. 11 avait surpassé ceux qui l'avaient » possédé avant lui, tout magnifiques et puissants qu'ils eussent été, en élevant un autre corps de » bâtiment qui maintenant est enseveli sous ses ruines, emblème de l'ambition de son fondateur. ■
(2) « Le vieux Jean de Gand, de l'antique race des Lancastre, avait beaucoup agrandi le château, » en élevant le vaste et massif bâtiment qui porte encore son nom. »
(3) « Une partie de cet enclos était occupée par de vastes écuries et par un jardin de plaisance « avec ses bosquets et ses parterres; le reste formait la grande cour ou cour extérieure du » noble château. » ( Walter Scott. )
— 41) — tibule ou porche ferme , de forme oclonone , à deux étages , faisant saillie sur la façade de 1 édifice et renfermant, à l'un de ses angles, un escalier en liélice qui conduit à léluge. Ainsi que le montrent la grande coupe et les détails que comporte cette planche , le rez-de-chaussée de ce vestibule est couvert d'une voi'ile d'arétc à nervures élégamment moulurées.
iV. 17. Planche II. — F:ic;u!c du niénic vcsti!)n!c et détails.
Les fenêtres de lelage sont rcnianinai)k'mcnt helles , cl il e:t i)lus (pic probable qu'elles étaient semblables à celles qui éclairaient le premier étage de tout ce corps de logis. On voit, h la planche précédente, quelle était la disposition intérieure de ces fenêtres, ainsi que leur plan. On croit que l'étage du vestibule donnait jour à une pièce qui séparait la ChamOre de Présentation de la Chambre privée , et (piil était en communication avec une cage d'escalier située en saillie sur la façade extérieure de ce côté du quadrangle.
ÎV°. 18. Planche III. — Coupe longitudinale cl plan de la halle.
Cette coupe embrasse toute l'étendue du coté occidental du quadrangle : elle comporte donc la halle et ses deux ailes ou tours. Le plan qui l'accompagne est celui de la façade extérieure. La halle est longue de 80 pieds et large de 4S ; ses murs de côté ont 52 pieds de hauteur. Ses combles, peu élevés, étaient divisés en six travées par des fermes en charpente ornementée j mais, comme il n'en reste plus la moindre trace, il est impossible de savoir quels étaient le genre de construction et le style d'ornementation de celte charpente. La principale entrée de la halle était couverte par un porche voùlé qui occupait l'angle nord-ouest de la cour intérieure , et l'on y accédait au moyen d'une large rampe d'escalier maintenant en ruine. Le haut bout de la halle était disposé d'une manière toute exceptionnelle : ainsi qu'on le voit sur la coupe, ce haut bout embrassait toute une travée, et son plafond en voussure, formant dais, était beaucoup plus bas que le plafond en charpente de la salle. A cette même travée correspondait , du côté de la cour intérieure , une grande fenêtre en loge, de plan polygonal, formant cabinet avec foyer et communiquant par une porte avec les grands appartements d'apparat; tandis que, du côté de la cour extérieure, lui correspondait un autre cabinet embrassant la moitié de la largeur de la grande tour angulaire qui termine ce côté du quadrangle , et communiquant avec la galerie
— ;jo —
qui occupait l'aulrc moitié de cette même tour et (|ui menait aussi aux grands appartements d'apparat. Quant à l'autre extrémité de la halle (côté du nord), trois portes percées dans le mur de pignon menaient aux cuisines et offices , et une autre porte, pratiquée dans l'embrasure de la dernière fenêtre (côté delà cour extérieure), débouchait dans un corridor étroit où se trouvait l'escalier de la tour nord-ouest. Cette tour était divisée en trois étages solidement voûtés ( 1 ). Sous la halle s'étendait une vaste cave voûtée à double rang d'ogives , dont les retombées ou pendentifs portaient sur huit colonnes. On entrait dans cette cave par une descente voûtée pratiquée sous le porche et débouchant dans la cour , et c'était par le même passage que l'on arrivait à une poterne située sous l'angle sud-ouest de la halle. Cette poterne, munie d'une herse, avait sans doute pour destination de servir de porte secrète de secours en temps de siège.
i\°. 19. Planche IV. — Élévation et coupe d'une fenêtre de la halle.
La halle était éclairée par sept fenêtres pareilles à celle ici reproduite. La façade donnant sur la cour intérieure n'en comportait que trois , à cause du porche d'entrée. A l'extérieur, ces fenêtres sont d'une très grande simplicité et sans aucune ornementation; mais, à l'intérieur de la salle, leur ébrasement endirasse toute l'épaisseur des murs, et leurs tableaux sont ornés de compartiments moulurés en conformité de dessin avec le réseau et les meneaux des fenêtres. Comme composition et comme proportions , ce fenétrage est d'une beauté sans égale ; il diffère de ceux des plus belles salles connues de l'espèce , telles , par exemple , que les halles des palais d'Eltham . de Hampton-Court et de Crosby , en ce que dans eelles-ci l'appui des fenêtres est à une très-grande distance du sol , tandis qu'à kcnilworth les fenêtres descendent jusqu'au plancher et n'ont de plein que tout juste ce qu'il en faut pour recevoir les petits bancs en pierre qui garnissent leurs embrasures.
(1) Cette tour est celle de Mervyn , qui joue un si grand rôle dans le roman de Kenilworlh. Elle est tout aussi fidèlement , mais beaucoup mieux décrite par le romancier que par l'archéologue Willson.
N". 20. Planche \ . — Détails do l;i iiicnic iVrirtrc.
Toulcs les ligures (juc coniporle celle planclio élaiil désignées par la légende tpii les aceompagnc , il serait superflu d'en donner ici de plus amples explications.
N". 21. Planche VF. — Fenêtre en loge (ou oriel ) située à l'angle sud-ouesi de la cour intérieure.
C'est le cabinet dont nous avons parlé en décrivant la disposition intérieure dn haut bout de la halle. Il est éclairé par quatre baies , dont deux à simple jour et deux à double jour sur la largeur. Les lettres de repère A et B indiquent la Jiauleur des points (le section auxquels ont été pris les deux demi-plans de celte loge. Son fenétrage est en parfaite concordance de style avec les fenêtres représentées à la planche II ci-dessus. Toutes ces fenêtres étaient autrefois garnies de barreaux de fer, qui n'existent plus ( I ..
N". 22. Planche VII. — Cheminée de la halle.
Deux cheminées de même dessin servaient à chaufl'er cette grande salle. Elles étaient situées, en face l'une de l'autre, le long des grands murs de coté. On peut juger, par celle ici reproduite, de la hardiesse et de la pureté de leur composition; quoique moins élégante que celle des fenêtres, leur ornementation est en harmonie avec cette dernière.
Comme il ne se trouve plus parmi les ornements des magnifiques ruines de Kenilworth aucun ccusson qui indique l'époque de construction des divers bâtiments qui le composent , ee n'est que par analogies de style que l'on peut en déterminer les
( 1 ) Celle arnialure consistait , pour chaque fenêtre et jmur chaque jour , en deux montants verticaux et sept traverses. C'était la disposition ordinairement suivie; et, dans la plupart des anciens châteaux , on mettait aux fenêtres , en outre d'un semblable barrage en fer , d'(îpai3 volets de chêne garnis de peutures ornementées el portés par de solides gonds.
;'iges respectifs. C'est ainsi que l'on suppose que In lialle a été fondée vers le milieu du XV° siècle, cinquante années environ après la mort de Jean de Gand, qui avait été cependant considéré jusqu'ici comme fondateur des bâtiments dits de Lancastre (1).
( 1 ) Notamment par Dugdale. Comme le chambranle de la iiorle de la salle est d'un style plus ancien que le reste de l'cîdilicc , on est en droit de supposer que c'est une pièce de rapport, provenant des travaux entrepris par Jean de Gand. Les d<5lails de ce chambranle sont en effet trèsdifférents de ceux des fenêtres.
L'illustre romancier que nous nous sommes plu à citer plusieurs fois en notes dans le cours de cette description , à cause de sa lidélilé en ce qui concerne l'historique du château de Kenihvorlh , et de la concordance remarquable que nous avions constatée entre les détails descriptifs qu'il en donne et ceux contenus en cette notice de M. 'Willson sur Kenihvorth, Walter Scott , disons-nous, a commis, au sujet de la halle, la même erreur que Dugdale , car , ainsi que nous l'avons déjà vu , il attribue à Jean de Gand la construction du vaste el massif bâtiment qui porte encore aujourd'hui son nom , c'est-à-dire la halle.
ClIATEAi: DE RAGLAN, COMTÉ DE MOXMOLTII.
Comme le Moniiiouilishiro ne fut iriforpoir ;'i l'Aii^ilelerre (m'en 155j, é|ioque à huiuelle Henry \'in sii|i[iiiinii h vii ille ofg;inis;ili()n iiolilique ilu pays de Galles el partagea cette principauté en 12 comtés , on doit à la rigueur ranger le cliàteau do Raglan au nombre des anciennes forteresses galloises ( 1 ). Il règne (luclqu'obscurilé sur liiistoire primitive de ce domaine féodal , et sir W'dliam Dudgale cite à ce sujet, dans son Livre du Baronnage, deux documents qui impliquent cotilraiiiction. Suivant l'un de ces documents, en effet, le manoir de Raglan aurait été, au temps de Richard II , la résidence du chevalier John Morley, et ce domaine serait passé à la famille des Herbert par le fait du mariage de Malhilde, fille et héritière du chevalier John , avec un membre de celle famille ; tandis que d'après l'autre version , — et nous croyons celle-ci plus authentique que la première , — il se trouvait à Raglan , dès le règne de Henry II , un château dont le puissant seigneur était Richard de Clare , comte de Pembrokc , surnommé stronrjboiv , qui le transmit à Walter Bloet , dont une des descendantes, Elisabeth, fille et héritière de sir John Bloet, eut pour époux le chevalier James Berkeley, qui mourut en 1403. Issu de ce mariage, sir James hérita du château de Raglan et fut créé, en 1420, lord de Berkeley par Henry V. A sa mort, ce domaine échut en héritage à sir William ap Thomas , père de ce William Herbert qui, zélé partisan de la maison d'York, mit au service de celte cause ses grands talents et sa remarquable activité. A son avènement à lu Couronne, en 1461, Edouard IV le combla de ses faveurs, lui confia, entre autres charges importantes, celles de chef de justice et de chambellan dans la Galles du sud. et lui donna le titre de baron. Grâce aux munificences de ce monarque, >\"illiam put successivement acquérir de nombreux châteaux et de vastes domaines. 11 fut créé plus tard chevalier de l'ordre royal de la Jarretière, et Edouard lui conféra enfin, en 1468, le titre de comte de Pembrokc, que la forfaiture de Jaspar Tudor , demi-frère
( 1 ) Ce n'est pas en 1535, mais bien en 1541 que Henry VIII supprima la vieille conslituiion léodale de la principauld de Galles.
cl'IIenry VI, venait de rendie disponible. Il lut donc le premier comte de ce nom dans la famille dos Herbert; mais, par un de ces retours de fortune qui n'arrivaient que trop souvent dans ces temps de troubles, le nouveau comte de Pembroke , ayant pris part, l'année suivante, à une prise d'armes contre son bienfaiteur, fut fait prisonnier au combat de Danes-Moor, près Beanbury, et décapité trois ou quatre jours après en compagnie de sir Richard Herbert de Coldbrook, son frère, et de plusieurs autres gcntilsliommcs. Le titre de comte de Pembroke échut alors à son fils VVilliam , qui n'avait que neuf ans, et qui, entré très-jeune au service d'Edouard IV , reçut plus tard de ce souverain la mission de garder eonmie prisonnier dans son château de Raglan le comte de Richmond , prétendant à la Couronne, le même qui devait régner plus tard sous le nom d'Henry VII, et qui, délivré de cette captivité en 1471 par son oncle, Jaspar Tudor, réussit à se sauver en Bretagne. Edouard IV ayant témoigné le désir de conférer au prince de Galles, son fils, le litre de comte de Pembroke, le jeune William dut y renoncer, mais il reçut en échange, en 1479, celui de comte de Huntingdon. Il épousa ensuite Marie, sœur de la reine et fille de Richard Widville, comte de Rivers. A sa mort, survenue en 1491, son unique fille et héritière, Elisabeth, épousa sir Charles Sommerset, fils naturel de cet Henri de Beaufort , duc de Sommerset, qui, fait prisonnier en 14G3 à la bataille d'IIexham , perdue par les troupes d'Henry VI, avait été immédiatement décapité, ainsi que plusieurs autres lords et gentilshommes. Sir Charles de Sommerset joignait à de hautes capacités un physique plein do distinction; et comme, d'ailleurs, il était allié de près à Henry VII, ce souverain le combla d'honneurs et de dignités ; et c'est à raison de son mariage avec l'héritière du comte de Huntinglon qu'il prit, en ISOG, le titre de baron Herbert de Raglan, de Chepstow et de Gower. Il conserva à la cour d'Henry VIII le même crédit que sous le règne précédent, et, lorsqu'il mourut en 1S26, ce souverain l'avait créé comte de Worcestcr.
Au temps de Charles l"., le château de Raglan fut occupé sur le pied d'une grande magnificence par Henri de Sommerset , cinquième comte de Worcestcr , ainsi qu'on en peut juger d'après l'extrait suivant d'un récit contemporain :
u Conformément au vieux cérémonial féodal, les portes du castel étaient fermées i> tous les jours à onze heures, pendant toute la durée du dîner. Deux tables » étaient dressées dans la salle à manger. A la première prenaient place le n marquis, sa famille et les étrangers de haute distinction qui lui rendaient visite;
» le service de celle Uible d'Iionncur éitiil fail par l'inlondant du cliùtcau , par le '« contrôleur de la bouche, armé de son hàtuii , par lecujcr traiiclianl, par plusieur»
• autres ol'lieiers, el par de nombreux fils de gentilshommes atlachés comme pages
• à la personne du seigneur ehàlelain. Quehiucs-uns de ces pages, issus de haut
> lignage, jouissaient d'un revenu de 200 à 500 livres cl étaient élevés au cliàteau. » La seconde table était destinée aux chevaliers et gentilshommes. Après le repas
• du m.iitre venait celui des gens du château. Les trois tables dressées à cette
• lin dans la grande halle étaient occupées hiérarchiquement : l'intendant présidait
> la première, où prenaient place les principaux officiers du château, ainsi cpic les >• gentilshommes d'un rang inférieur à celui de chevalier. L'écuycr tranchant avait ' la direction de la seconde table, destinée aux serviteurs nobles de naissance et aux ■ vingt-quatre pages. A la troisième table dînaient le majordome , les gardes et les
• autres fonctionnaires de moindre rang. Le clergé du château avait une table particulière, " et il s'en trouvait en outre deux autres, disposées dans l'appartement du majordome, " pour les femmes attachées au service des dames châtelaines. Chacun des départements ■< composant ce vaste établissement princier était dirigé par des officiers spéciaux .
• ayant en sous ordre de cent à cinquante domestiques ( 1 ). <
La biographie de ce somptueux châtelain présente un grand intérêt historique. Elevé au rang de marquis en 1642, époque à laquelle les dissentiments qui existaient entre le roi et le parlement éclatèrent en une guerre ouverte , ce fidèle gentilhomme leva à ses frais, pour la cause royale, un corps d'armée composé de 1,jOO fantassins et de oOO cavaliers; il fortifia son château de Raglan et y maintint également à ses frais , et indépendamment du personnel ordinaire de sa maison, une garnison forte de 800 hommes. Rien ne put égaler sa chevaleresque loyauté envers son prince, au service duquel il consacra sans réserve son existence et son immense fortune. Le roi Charles visita plusieurs fois le château de Raglan pendant les quatre années qu'il fut militairement occupé pour la défense de sa Couronne; il s'y réfusia en 1G43, après la bataille de >"aseby, et vint fréquemment y loger durant les trois mois qui suivirent cette fatale journée. Assiégée l'année d'ensuite par les troupes
(1) Voyez, a ce sujet, l'iiuéressant ouvrage publié par l'dvèque Percy sous le litre de Norlhumberland household book ( Livre des familles du Nonhumberland ). Il en existe plusieurs éditions.
parlementaires, cette noble forteresse dut se rendre par capitulation, le 19 août, à sir Thomas Fairfax j et le vénérable marquis , alors âgé de 84 ans , fut enfermé à JM Tour de Londres sous la garde de l'huissier de la verge noire. Ses biens , dont le revenu s'élevait à 20,000 livres, furent confisqués par le gouvernement révolutionnaire; sa famille fui complètement ruinée et son château démantelé. Malgré ces immenses revers , il sut conserver toute la sérénité et la grandeur de son- caractère jusqu'au jour de sa mort, survenue en décembre 1646. Ses restes mortels furent déposés dans la chapelle de St.-Georges, à Windsor, près de la lombe de son aïeul Charles, premier comte de Worcester issu de celte illustre maison. Son fils Edouard, second marquis de VVorcesIcr, fut créé conile de Glamorgan ;ivant la mort de son père, et c'est sous ce titre qu'il figure dans l'histoire de ces temps malheureux. De même que son loyal père, Edouard embrassa chaleureusement la cause de Charles I". Ce prince l'envoya en mission en Irlande investi des pouvoirs les plus étendus; mais, poursuivi par les haines et les jalousies qui bouleversaient alors le royaume, le marquis eut le chagrin de voir désavouer par son souverain plusieurs des actes qu'il avait posés en son nom et en vertu des pouvoirs qu'il en avait reçus. A l'avéncment de la république, le marquis de Worcester émigra en France ; mais, s'élant ensuite rallié au gouvernement de Cromwell, il fut accueilli à While- Hall et vécut à la cour du protecteur au moyen des 2,000 livres de pension qu'il accepta de lui. Il recouvra néanmoins sa fortune paternelle lors de la restauration de Charles II , mais il alla vivre dans ses terres et y consacra ses loisirs à des spéculations littéraires et philosophiques. C'est à litre de descendant de ce gentilhomme que le duc de Beaufort est aciuellement le propriétaire du château de Rnglan.
Le site de ce château est des plus agréables: il s'élève sur une colline aisément accessible de toutes parts, ce qui fait qu'il n'offre point ce cachet de hardiesse et de force naturelle qui distingue d'une manière si pittoresque la plupart des anciens châteaux gallois. Au reste, aucune des tours et autres constructions composant ce splendide édifice ne parait être antérieure au XV° siècle. Leland, qui visita Raglan au temps d'Henry VIII, dit, dans son itinéraire (tome VI, page 30) avoir appris de Morgan que la plupart des grandes constructions de ce chàleau ont été fondées par l'un des derniers lords de la famille des Herbert; tandis, d'un autre côté, que, suivant Thomas Churchyard, qui s'est beaucoup étendu sur ce domaine dans son poëme des Beautés du pays de Galles, ce serait au premier comte de
Pembrokc , cito par lùloiianl IV , qu'il fiiiil oiltiliiiii- le |iiviiiicr (•lahlisscmciil (.kce niagiiiri(|ue cliàtaiu ; cl c'csl ce (|ui lui l'ail dire, dans sou |i(Miiie |irécilé, à propos de Charles Somuicrscl, premier eomlc de Worecsler :
C'est (le lui que dcscenil le seigneur aclucl , Comlc de Worceslcr, fondateur du caslcl.
Des lémoignages (|ui préeèdcnl, cl smlout d'après le style arcliit('ct()ni(|ue des bàlimens de Raglan , nous croyons pouvoir eonelure avec probabilité ipie ce fui William Herbert , deuxième comte de Worecsler, ensuite nommé comlc de Ilunlingdon par Edouard IV, qui fonda la majeure partie des majeslueux édifices de ce château, et que son œuvre fut eomplélée sous les règnes des Henry VH cl \Ul par son gendre , sir Charles Sommerscl , comte de Worecsler. Les travaux (|ui y furent faits depuis lors se bornent à quelques détails d'ornementation , dont une partie date du temps de' Charles I".
Plam;iie I. — Plan général du château. Façade extérieure de la grande toiu' d'entrée.
On voit, d'après ce plan, que l'intérieur du ehàtcau est divisé en deux cours irrégulières et d'inégale grandeur. La grande entrée, marquée A, est située au sud de la grande cour ; elle est défendue extérieurement par deux tours engagées. A l'angle sud-est de l'enccinle se trouve une autre tour semblable aux précédentes , mais plus grosse ; cette tour , autrefois appelée Tour du Cabinet , coinporle trois étages voûtés , dont chacun se compose d'une seule pièce ; el c'est là que se trouvait autrefois la bibliothèque du château. Les chambres comprises dans les tours d'enlrée sont également voûtées. Le passage était défendu par deux herses. Le colé oriental de la grande cour , qui a été en grande partie démantelé à la suite du siège mentionné plus haut, consistait en une suite d'offices dépendants de la cuisine I que renfermait la grosse tour hexagonale, située à l'angle nord-est de l'enceinte (1). Dans la tourelle .\, qui occupe le milieu de la courtine du levant , se trouvait la boulangerie. H y avait deux grandes cheminées dans la cuisine, qui était surmontée d'une chambre et
( 1 ) Il est à remarquer que toutes les grandes tours du chsteau ont la forme hexagonale.
au-dessous de ln(niclle se irouvail une cave voûtée appelée Garde-Manger humide. La dcmi-courline située entre la cuisine et le grand bâtiment central dont la halle fait partie était occupée par quelques autres offices culinaires. Ce bâtiment central se composait d'un grand salon , dit parloir , qui était autrefois lambrissé en boiserie sculptée et qui recevait son jour , au sud , d'une belle fenêtre circulaire et de deux autres fenêtres situées à ses deux extrémités , et qui ont été entièrement démolies. Au-dessus de ce parloir était une salle à manger de même grandeur, soit 49 pieds sur 21 .
Venait ensuite la balle D , longue de 64 pieds et large de 28. Contre le mur occidental du parloir et de la balle étaient adossées l'étroite chapelle G ( longue de 40 pieds) et la galerie H. A l'étage de ces pièces se trouvait une autre galerie ayant 126 pieds de long. La seconde cour K, dite de ta Fontaine , à cause de la fontaine monumentale ( composée d'un cheval en marbre blanc sur un socle en marbre noir ) qui la décorait , était entourée de plusieurs appartements d'apparat ; on accédait à cette cour par la tour carrée 0. Au sud et hors de l'enceinte s'élevait le donjon , vaste et très-forte tour défensive de forme hexagonale , d'où l'on communiquait avec le château à l'aide d'un pont-levis. Il comporte cinq étages et était autrefois couronné d'un parapet crénelé qui n'existe plus. On peut encore suivre aux alentours du châleau les traces des fortifications bastionnées que le marquis de Worccster y avait fuit élever à l'époque du siège qu'il eut à soutenir contre les troupes du Parlement, et l'on y découvre aussi quelques vestiges des terrasses, étangs, etc., que contenait l'ancien jardin de plaisance. Quant aux doux parcs qui faisaient partie du château , et dont l'un était appelé Parc privé et l'autre Parc aux cerfs , ils sont maintenant convertis en champs cultivés.
La figure 2 de cette planche reproduit la façade extérieure de la grande entrée du château , ainsi que la grosse tour angulaire dont il a été parlé ci-dessus. Le parapet à mâchicoulis qui couronne les trois tours ici représentées est un excellent modèle à imiter autant pour la hardiesse que pour l'élégance de sa construction. Les fenêtres de cette façade sont d'un beau fini ; elles ont été faites fort étroites en vue de la défense. Ici , comme dans toutes les autres parties de ces magnifiques ruines . la maçonnerie est remarquablement belle.
Planche II. — Corps de bâtiment qui sépare les deux cours. Nous avons déjà vu que le rez-de-chaussée de ce bâtiment comprend la halle et le parloir. La figure 1 en reproduit la façade et la coupe, prises du coté de la grande
— !i9 — ciuir. I,i> iilnroiiil lie ces doux siillcs s'élevait à 'ri \ncds nu-dessiis du «,\. l.c^ nmr^ lie In Imlle sont encore debout, iiiius le plidond en a eoniplètemcnt disparu; ou dit <|u'il consistait en \m curieux iambrissagc en elièue d'Irlande , dont le centre était eouiposé d'un grand lanlernon ( t ). Il fut démoli lors du siège dont il a été plusieurs l'ois Init nienlidu dans celte iioliee. On peut, il'après le plau ici reproduit de la façade de la ludle donnant sur la grande cour , juger de la disposition (pi'avaient le porche, la cheniinéc et la grande fenêtre eu loge.
La (ig. '2 donne le pian d'ensemble de la halle.
La Kg. ." est une coupe longitudinale, ayant pour fond le côte oriental de la halle et de ses annexes. Il a déjà été dit ce qu'était la pièce attenant à son extrémité sud. Au coté opposé étaient pratiquées . au-dessous de la galerie d'orcliestrc, plusieurs portes menant aux offices et de là à la cuisine. Au-tkNsus de ces offices se trouvaient, au premier étage, une seconde salle à manger (probablement celle où dînaient les femmes du château), et, à l'étage supérieur, une suite de chambres à loger. Les fenêtres de ces appartements, quoique d'une grande simplicité , sont larges et bien proportiomiécs ; elles sont d'ailleurs dans le style ipii était en vogue dans la première "partie du règne d'Henry VIII.
Pi.AxxiiE III. — Fenêtre de la chambre à coucher d'apparat.
Cette fenêtre, de même que plusieurs autres que l'on rcmaniue dans les ruines des principaux appartements du château, se distingue par la grande richesse de composition et d'ornementation qui caractérisait ce membre d'architecture à l'époque d'Henry VH et durant les premiers tenq)s du règne d'Hcnrv VIH.
La fig. \ en donne l'élévation extérieure ; la fig, 2 une coupe verticale et la lig. 3 l'élévation intérieure avec sa voussure à soffiies. Les profils A et B sont ceux des larmiers supi'ricur et inférieur.
(1) Le lanternon , aussi appelé coupole ou louvre, servait primitivement de cheminée d'appel pour la fumde du grand foyer qui occupait généralement le centre de la halle. On retrouve la même disposition dans l'antiquité romaine. Mais lorsque la coutume vint d'adosser les cheminées aux murs des appartements, les lanternons furent vitrés et servirent à l'éclairage ainsi qu'à l'ornementation des halles.